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«Nous vivons en pleine pourriture»
> Êtes-vous satisfait de la manière dont se déroule la commission d?enquête ?
Oui et non. Oui dans la mesure où il y a eu plus de 200 témoins qui ont déposé et je pense que le rapport ira dans ce sens. J?aurais d?ailleurs pu m?opposer à la nomination du président qui siège au sein de cette commission, Sir Victor Glover. J?ai eu, dans le passé, des problèmes avec lui alors que j?étais un habitué des prisons. Je pense que c?est la raison pour laquelle il a été nommé. Mais j?ai décidé de collaborer à 100 % et je suis satisfait du « response » de Sir Victor. Il a écouté les victimes, a été ému et voit ce qui se passe?
D?un autre côté, je suis également déçu. Il n?y a pas eu les arrestations que j?attendais?
> L?arrestation de l?avoué Agowan est quand même un pas en avant?
Oui, mais je dois avouer qu?à un moment j?étais impatient. L?Independent Commission against Corruption (Icac) ne faisait rien et j?avais cessé de lui référer des cas. Et puis, maintenant il y a eu l?arrestation d?Agowan et celle de Dauhoo est imminente. Enfin, les choses commencent à bouger.
> Pourquoi cet acharnement dans votre croisade contre les procédures de la vente à la barre ?
La raison est très simple. Elle est humaine. Quand vous avez des gens, des petites gens, qui viennent vous voir et vous racontent leur tragédie, vous ne pouvez pas rester les bras croisés.
> Et pourquoi vous ? Pourquoi viennent-ils vers vous ?
Je ne sais pas. Peut-être qu?ils ne savent plus vers qui se tourner. Peut-être qu?à travers les médias, ils ont l?impression qu?ils peuvent me faire confiance. Malheureusement, ils pensent, parfois, que j?ai une baguette magique. Mais en tout cas, je peux vous dire qu?ils sont venus en très grand nombre.
> A quel moment avez-vous décidé de vous impliquer dans ce combat ?
Ces problèmes vous interpellent. Après avoir écouté tous ces drames, j?ai mené ma petite enquête. Ce que j?ai découvert, m?a dégoûté. J?ai rencontré tout le monde, pour connaître un peu les rouages de cette pratique. C?est cela l?ironie la plus cruelle. C?est alors que Sunday Vani a commencé sa croisade contre la vente à la barre. C?était le 14 mars dernier.
> D?où viennent les documents publiés par votre journal ?
Ces documents sont issus des témoignages des victimes. Ce sont les résultats de mes recherches. Nous avons fait mouche à tel point qu?à un certain moment, la Cour suprême avait essayé de bloquer l?accès aux dossiers. Le problème a ensuite été réglé après un coup de fil donné au chef juge. Il était ensuite temps d?écrire des lettres au Premier ministre, aux ministres, aux membres de l?opposition et autres. Mais je tiens à souligner que je ne fais pas de la politique.
> Ils sont nombreux à dire que le cerveau dans la mafia de la vente à la barre, un autre avoué, se trouve ailleurs ?
Je sais de qui vous parlez. Son nom est répété à chaque fois que la commission d?enquête se réunit. Je ne peux qu?espérer qu?Agowan et Dauhoo soient les deux premiers maillons d?une chaîne. Et il ne faut pas oublier que ce que l?Icac n?est peut-être pas en position d?accomplir, la commission d?enquête pourra le faire. Elle a eu assez de témoignages.
> Mais c?est l?Icac et non la commission d?enquête qui a procédé à l?arrestation de l?avoué?
Oui, c?était l?Icac. Mais les gens associent cela avec la commission d?enquête. Ils commencent à avoir espoir que leurs témoignages servent à quelque chose. Je crois que nous allons dans la bonne direction. Au vu de tout ce qui se passe à la commission, je suis satisfait que le commissaire et ses assesseurs ont compris le problème. Le rapport ira dans ce sens. Ce n?est qu?une fois les recommandations faites que le vrai travail va commencer.
> Comment voyez-vous les choses après la publication du rapport ?
Si le rapport est fidèle aux délibérations, il sera temps que la population se réveille. J?organiserai un rassemblement public devant la Cour suprême. Les gens descendront dans la rue et diront « enough is enough ». L?île Maurice devra recevoir un électrochoc pour qu?elle se réveille. Parce que la fraude et la corruption sont devenues de véritables épidémies. Nous sommes devenus comme le Kenya. La fraude et la corruption sont devenues une façon de vivre et la grande majorité de fraudeurs et corrupteurs sont des professionnels.
> Pour continuer à s?adonner à ces pratiques, ces personnes, casseurs et autres, doivent se sentir protégés ?
Bien sûr qu?ils sont protégés. De tous fronts politiques. Et pas que du gouvernement. Avez-vous entendu le leader de l?opposition s?élever contre ces pratiques ? De par son silence, Navin Ramgoolam est aussi coupable.
> La Law Society insiste pourtant qu?il n?y a pas de maldonne et que la loi est là pour protéger tout le monde?
Cela ne m?étonne pas. Après tout, certains frontliners de la société s?adonnent à des pratiques douteuses. Voulez-vous que je vous choque ? La machinerie de la fraude et de la corruption est huilée, graissée par des avoués, avocats et notaires de ce pays. Et je pèse bien mes mots. Il s?agit de toute une industrie, l?industrie de la drogue, l?industrie de la fraude, l?industrie du vol et l?industrie de la corruption.
> C?est très grave, ce que vous dites là?
Mais je sais ! J?en suis conscient. Et il est temps d?arrêter tout cela. Et je montre un doigt accusateur aux politiciens de ce pays. C?est leur faute. Nous avons affaire à un pays qui est gravement malade. A un système judiciaire anémique et une si-tuation de laisser-aller, de laisser-faire et de laissez-passer qui est devenue un mode de vie.
> Qui serait à blâmer pour une telle situation ?
D?abord, ces transfuges politiques, ces roders de lair, qui sont des véritables carapates. Ils n?ont qu?un seul but : l?argent, l?argent, l?argent. Il faut se débarrasser d?eux.
Et puis, vous savez, malheureusement notre économie est mauvaise. Puisqu?il y a la misère, puisque l?estomac est creux, le frigo est vide et les poches sont vides, il y a l?exploitation. Cela donne lieu à la corruption, à toutes sortes de tentations.
Et nous vivons dans un pays où dans plusieurs cas pe met lisien vey sosis, mangous vey ti poucin. L?exemple aurait dû venir d?en haut mais si vous nommez Dr Miko comme recteur d?un collège de filles, que va-t-il se passer
> Selon vous, où se trouve la solution ?
Que la population se réveille de son sommeil profond. Qu?elle descende dans la rue. Vous savez, les gens sont découragés aussi. Qui voter ? Tir sousou met kalbas ? Il nous faut un réveil.
La commission d?enquête peut servir à tirer la sonnette d?alarme. Parce qu?il ne faut pas se leurrer. Tout ce que nous entendons, n?est que the tip of the iceberg. Nous vivons en pleine pourriture. Notre pays a été attaqué par la gangrène. Et notre peuple est endormi. C?est notre devoir de le réveiller. L?île Maurice entière devra descendre dans la rue. Il nous faut une désobéissance civile pour paralyser ce pays et faire comprendre à ceux qui ne veulent pas comprendre que nous en avons assez.
> Vous voyez les Mauriciens descendre dans la rue pour réclamer un changement ?
Peut-être que je rêve trop pour ce pays. Mais il faut que les Mauriciens comprennent qu?ils doivent prendre leur destin en main. Si le gouvernement ne veut pas l?écouter, il peut le forcer à écouter. C?est cela la démocratie. Les Européens sont sensibles à leurs droits. Que les Mauriciens apprennent de cela Même le peuple malgache a pu se débarrasser du dictateur Ratsiraka quand ils sont descendus dans les rues de Tananarive. J?espère que les Mauriciens ne reculeront pas. Mais je n?y pourrai rien si la population elle-même se contente de ce qu?on lui donne et refuse de réclamer ses droits.
> Mot de la fin Harish Boodhoo. Un retour à la politique active ?
Pas pour le moment. Maintenant je porte des ?illères. Je ne vois que justice et vente à la barre. On ne sait jamais après.
«Le judiciaire est malade. L?exploitation, la souffrance, l?injustice, la tragédie humaine se trouvent dans l?enceinte même de la Cour suprême.»
«Notre pays a été attaqué par la gangrène. Et notre peuple est endormi. L?île Maurice entière devra descendre dans la rue et se faire entendre.»
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