Publicité

«Les Américains respectent ceux qui sont forts»

19 mai 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B> Vous avez été appelé à remplacer Peter Craig après que ce dernier eut été accusé d?avoir mal conseillé le gouvernement. Qu?auriez-vous fait différemment ? </B>

Aux états-Unis, il y a cette expression, «Monday morning quarter backing». Le match de foot est joué le dimanche et le lundi matin, il est très facile de dire, j?aurais pu faire autrement. Je ne pense pas que ce serait juste envers Peter de faire des commentaires sur tout le travail qu?il a accompli. Ce que Peter a fait, il l?a fait dans des circonstances précises à un moment précis. Les circonstances ont changé aujourd?hui. Peter Craig a donné des résultats. Ce serait présomptueux de ma part de passer un jugement sur son travail.

<B> Quelle est exactement la nature de vos fonctions ? </B>

Dans un sens général, je suis responsable de la promotion des intérêts

commerciaux et économiques de Maurice

aux états-Unis.

<B> quels sont ces intérêts économiques et commerciaux ? </B>

Pendant longtemps, c?était le sucre et le textile. La fonction était très liée à la question de l?African Growth and Opportunity Act (Agoa). à l?heure actuelle, nous nous concentrons sur l?obtention d?un renouvellement de la dérogation concernant l?utilisation du Third country fabric qui permettra au textile mauricien d?entrer sur le marché américain hors taxes. Ainsi je travaille avec les officiels de l?administration américaine, avec le Sénat et avec la House of Representatives pour que les amendements nécéssaires soient votés au Congrès pour que Maurice puisse avoir le renouvellement de sa dérogation qui a expiré l?année dernière.

<B> Et quelles en sont les chances ? </B>

(Hésitations?) Je suis cautiously optimistic. Mais c?est difficile à dire. Il y a des sénateurs et des membres du Congrès qui sont prêts à soutenir notre demande et il faut élargir ce soutien.

<B> Dans combien de temps pouvons-nous espérer être fixés sur notre sort ? </B>

Il y a le cycle législatif, vous savez. Cela doit impérativement passer comme une clause dans un projet de loi au Congrès. Ce projet de loi s?appelle le Miscellaneous Tariff Bill.

<B> Maintenant que nous allons perdre nos tarifs préférentiels, comment vos fonctions s?adaptent-elles aux nouvelles données ? </B>

Effectivement, ce que je viens de vous dire représente l?aspect traditionnel de ce poste. Mais le monde change avec l?Organisation mondiale du Commerce MC et nous avons des nouveaux défis. Mon travail, comme je le perçois, consiste maintenant à aller au-delà de l?Agoa. C?est dans ce contexte que je suis actuellement en train de travailler ? par courriels et par téléphone ? en collaboration avec mes collègues du ministère des Affaires etrangères aussi bien que celui des Finances. Je connais Ally Mansoor de longue date et nous échangeons nos idées régulièrement dans ce contexte. Ce que je veux dire, c?est que je veux être partie prenante des questions économiques plus larges au-delà de l?Agoa.

<B> Dans quel sens ? </B>

Nous parlons par exemple de la restructuration de l?industrie du sucre et du textile, de la diversification économique avec les Tics, le seafood hub, etc. Cela implique l?investissement étranger. Je suis donc en train de travailler avec le Board of Investment pour voir comment attirer des investisseurs étrangers. L?approche traditionnelle est d?organiser un séminaire, d?inviter les gens et de leur parler mais ce n?est pas ainsi que les gens d?affaires fonctionnent. Vous devez faire un suivi de ces séminaires avec des rencontres en tête à tête avec ces investisseurs potentiels. Nous avons un consul honoraire à San Francisco et il se trouve pas loin de la Silicon Valley. Nous devrons littéralement frappé à la porte de ces «décideurs» pour leur parler de Maurice. J?ai aussi été consulté concernant les Equity and Investment Funds. Un autre volet concerne le tourisme.

<B> Nous nous décidons enfin ? </B>

Ce n?est pas nouveau, je dois dire. Nous avons essayé dans le passé sans grands résultats. J?ai rencontré Xavier-Luc Duval et Karl Mootoosamy mercredi, sur les conseils de mon ministre de tutelle et nous en avons discuté.

<B> Le marché américain a-t-il du potentiel pour notre tourisme ? </B>

Il ne faut pas oublier que la distance

entre Maurice et les états-Unis est énorme et les billets d?avions sont chers. Mais l?Amérique est le pays des millionnaires. Il faut cibler ces millionnaires. Je suis un ancien étudiant de l?université d?Harvard et je sais que chaque année les anciens

d?Harvard organisent des croisières et ils viennent jusqu?à l?océan Indien. Ils vont à Madagascar, aux Comores mais ils ne

viennent pas à Maurice. Pourquoi pas à Maurice ? Beaucoup d?universités américaines organisent des voyages pour leurs anciens. Beaucoup de ces gens sont retraités et ils ont beaucoup d?argent qu?ils veulent dépenser en voyageant. Je propose de les cibler pour leur vendre Maurice comme destination.

Savez-vous ce que fait l?ambassadeur sud-africain à Washington ? Il va régulièrement visiter les universités pour donner des conférences sur son pays.

<B> Et qu?allez-vous vendre à ces gens? </B>

Certainement pas que le soleil et la mer. Nous pouvons vendre Maurice comme une destination culturelle. Je suis en train de parler de gens cultivés qui ont une soif de connaissance des cultures étrangères, pas de l?américain moyen. Ils ont beaucoup de temps, beaucoup d?argent, il faut les stimuler.

<B> Il faudrait donc laisser tomber l?idée d?attirer l?Américain moyen? </B>

Mais cela va coûter trop cher si l?on esaye d?attirer les Américains en général. 99,9 % des Américains ignorent l?existence d?un pays qui s?appelle Maurice. Pour que l?Américain moyen connaisse Maurice, il faut créer cette conscience mais cela est un travail de longue haleine qui nécessitera des moyens considérables. Savez-vous ce que fait l?ambassadeur sud-africain à Washington ? Il va régulièrement visiter les universités pour donner des conférences sur son pays. Si on ne veut pas faire ça, trouvons-nous une niche. Concentrons-nous sur les croisières des millionnaires. Et puis, avec le bouche à oreille, les gens commenceront à connaître Maurice.

<B> Tout compte fait, êtes-vous libre de prendre des initiatives dans l?exercice de vos fonctions ? </B>

Quand je leur parle, je ne leur parle pas en tant que représentant d'un petit état faible et vulnérable. Les Américains écoutent les arguments rationnels.

Disons que c?est la façon dont je vois ma fonction. Dans le cycle de Doha, on a parlé du concept d?Aid for Trade pour aider les pays qui sont en train de libérer leurs marchés pour s?ajuster au libre-échange. Quand vous sortez d?un environnement protectionniste pour le monde du libre-échange, il y a des coûts comme les gens qui perdent leur travail par exemple, des gens qu?il faut former pour d?autres emplois. Il faut aussi de l?assistance technique. L?Aid for Trade est toujours au stade de concept et il y a un comité à Genève qui a été mis sur pied pour en discuter. Maurice fait partie de ce comité, de même que les états- Unis. Je peux à mon niveau, entamer un dialogue avec les officiels de l?administration américaine pour essayer d?influencer dans la mesure du possible sa position.

<B> Quelle a été leur réaction ? </B>

Des membres du Congrès m?ont suggéré d?organiser une équipe d?ambassadeurs africains pour communiquer les points de vues de la position africaine au Congrès. Ils pensent que les chances que le Congrès écoute ces points de vues seront plus grandes si nous formons un bloc. J?ai commencé à travailler sur un tel regroupement.

<B> Quelle est la position américaine au sujet des petits états vulnérables ? </B>

Les Américains respectent ceux qui sont forts. Quand je leur parle, je ne leur parle pas en tant que représentant d'un petit état faible et vulnérable. Les Américains écoutent les arguments rationnels. Si nous arguons notre cas rationnellement et nous expliquons que nous avons besoin de cette dérogation parce que nous sommes en train de perdre des emplois, ils écoutent. Donc je dirai que nous sommes en train d?avoir une oreille attentive et compréhensive mais nous devons encore travailler le sujet.

<B> Il y a cette perception que les états- Unis vont seulement aider les pays qui peuvent leur rapporter quelque chose. Qu?est-ce que Maurice peut apporter aux états-Unis ? </B>

Mais cette perception est vraie pour tous les pays. Tous les pays au monde vont d?abord protéger leurs propres intérêts économiques.

<B> Est-ce qu?un éventuel développement dans l?affaire des Chagossiens contre le gouvernement anglais va affecter nos relations avec les états-Unis ? </B>

(Sourire?) C?est une question politique et je préfère ne pas exprimer d?opinion.

Publicité