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«Le peuple veut le bleu-blanc-rouge»
?<B> Quel est votre état d?esprit quel-ques jours après votre démission du Parlement et de toutes les instances du Mouvement socialiste militant (MSM) ? </B>
Je suis très serein. C?est presque comme si un fardeau m?avait été enlevé. (Rires?) Je dors même mieux. Et la réaction du public me conforte dans ma position.
?<B> Etait-ce une décision difficile à prendre ? </B>
Très difficile. C?est enivrant d?être assis dans le fauteuil de ministre avec tout ce que cela comporte comme privilèges et responsabilités. Mais c?était une décision qui s?imposait. Cela dit, je suis satisfait d?avoir bien fait mon travail. Personne ne peut me montrer du doigt.
?<B> Vous avez donc le sentiment d?avoir bien fait votre travail ? </B>
Tout à fait. Et je mets quiconque au défi de venir dire le contraire. Je pars la tête haute en tant que ministre et politicien qui a accompli sa mission.
?<B> Vous nous rassurez donc que le Premier ministre ne risque pas de vous traiter d?«intellectuellement limité»?</B>
Le Premier ministre dit parfois des bêtises. S?il veut jouer à ce jeu et être insultant, libre à lui. Mais il doit en assumer les conséquences.
?<B> Dites-nous, y aurait-il une stratégie derrière ces démissions en série ? Le moment choisi était-il délibéré ? </B>
Nous en avions discuté, c?est sûr. Nous savions qu?il fallait partir, mais il n?y avait aucune stratégie définitive. Je ne peux parler pour les autres, mais après le départ d?Anil Bachoo, je me suis demandé ce que j?attendais pour en faire de même. J?avais fait ce que je devais faire en tant que ministre; j?ai rétabli ma réputation et mes mandants me mettaient la pression. Il ne faut pas oublier que la circonscription d?Anil Bachoo est voisine de la mienne. C?est le même état d?esprit au sein de l?électorat.
?<B> Si cela fait un moment déjà que vous étiez insatisfait, pourquoi avoir attendu tout ce temps avant de vous en aller ? Cela ne vous discrédite-t-il pas quelque peu ? </B>
Je ne pense pas. Comme je vous l?ai dit, c?était important pour moi de faire mes preuves en tant que ministre, après avoir été blanchi par la justice. Pour ma tranquillité, pour mon état d?esprit. L?épreuve de l?Icac est terrible; on avait sali ma réputation et celle de ma famille. Cela a été corrigé et maintenant je suis tranquille. Je devais revenir et faire mes preuves.
?<B> Et que répondez-vous à ceux qui vous accusent d?être un ingrat parce que vous avez tourné le dos à un parti qui vous a tout de même soutenu lorsque vous viviez des moments difficiles ? </B>
C?est un faux procès. Je ne suis pas un ingrat. Sir Anerood Jugnauth avait pris un engagement envers moi et il m?avait promis que j?allais retrouver mon portefeuille si j?étais blanchi. J?ai été blanchi et je suis retourné. Mais il s?en est fallu de peu que l?on fasse fi de cette promesse. Pravind, alors, est intervenu et tout est rentré dans l?ordre.
?<B> Justement, puisque vous aviez le soutien de votre parti pendant ces moments difficiles, ne pensez-vous pas que votre acte puisse être interprété comme un acte de trahison ?
Je n?ai trahi personne. Mais je ne peux empêcher les autres de penser autrement. L?important pour moi, c?était de ne pas trahir mon électorat. C?est lui qui décide. C?est lui qui vote et c?est à lui de me juger. J?ai décidé de me désolidariser de l?alliance et il faut que je l?explique au peuple. Je ne pouvais pas le faire en restant ministre.
?<B> «Limité intellectuellement», «traître», «Nimakaram», «poltron», «suicide politique»? autant de termes utilisés par vos anciens leaders et collègues. Cela vous choque-t-il ? </B>
C?est quand les gens paniquent qu?ils deviennent insultants. C?est aujourd?hui que Bérenger réalise qu?Anil Bachoo est «intellectuellement limité»? Ce même Paul Bérenger qui promettait la lune à Bachoo ? Aussi bien que le poste de vice-Premier ministre ? Bérenger est à court d?arguments. Ce slogan dégradant va rester, Bérenger l?apprendra à ses dépends. Pradeep Roopun, lui, me fait rire. C?est le courage qui nous a fait partir et non pas la lâcheté. «Poltron»? Le «poltron», c?est lui. Pas plus tard que la semaine dernière, il disait qu?il allait partir parce qu?il était découragé. Aujourd?hui qu?il est ministre, n?est-il plus découragé ?
?<B> On a l?impression que vous avez tous ce problème de nostalgie de l?ancien MSM. Mais n?est-ce pas tout bonnement une nostalgie de SAJ ? </B>
Définitivement.
?<B> Cela veut-il dire que sans SAJ, il n?y a plus de MSM ? </B>
Le MSM est bel et bien là mais voyez ce qu?il est devenu.
?<B> Mais que recherchez-vous ? Vous ne pourrez recréer le MSM d?avant. </B>
Non mais nous pouvons perpétuer les valeurs, les principes et l?idéologie du parti. Le MSM n?a pas été créé pour satisfaire l?ambition de Bérenger. Bien au contraire.
?<B> Qui sont ceux qui sont influents au MSM aujourd?hui ? </B>
Je pense qu?il y a deux différents groupes. L?un composé des ministres Lesjongard, Soodhun et Bodha et l?autre, un peu plus discret, composé de deux personnes qui ne font pas partie du MSM à proprement parler. Leur agenda à eux est quelque peu obscur.
?<B> Quels sont les sentiments de Sir Anerood concernant ces démissions ? </B>
Je ne suis pas allé le voir jusqu?ici mais c?est clair qu?il ne se réjouit pas de ce qui se passe. De ce que j?entends dire, il est très agacé par les événements. Je comprends qu?il ne soit pas content que nous ayons délaissé le parti mais c?était devenu invivable.
?<B> Votre ancien leader vous accuse, vous et vos amis, d?être des communalistes. Que dites-vous à cela ? </B>
Qu?il a fait un mauvais assessment. Quand vous êtes à l?écoute de vos mandants, cela fait-il de vous un communaliste ?
?<B> Et vos mandants ne veulent pas de Bérenger comme Premier ministre ? </B>
Non. Et puisque certains se plaisent à l?oublier, ce sont les électeurs qui décident.
?<B> Donc ceux qui disent que vous avez délaissé votre parti parce que le vent a tourné, ont raison ? </B>
Ecoutez, le bateau va couler. En tant que membre du MSM, il était de mon devoir de prévenir mon parti. Mais si le leader refuse d?écouter, est-ce ma faute ? Je ne coulerai pas avec eux. Et cela, je l?ai appris avec Anerood Jugnauth !
?<B> Est-il vrai que vous êtes parti parce que le MSM ne vous aurait pas donné de ticket pour les prochaines élections ? </B>
Faux. Le MSM allait me donner un ticket. Nous en avons discuté avec le leader. Jim Seetaram, qui donnait un coup de main, est allé dire à qui voulait l?entendre qu?il allait me remplacer. Archi faux.
?<B> Aurons-nous droit à une alliance bleu-blanc-rouge ? </B>
Oui, certainement. Le peuple veut une alliance bleu-blanc-rouge. C?est ce qui apportera la stabilité.
?<B> Pendant toutes ces années, Navin Ramgoolam n?était pas bon et subitement, il devient le sauveur ? </B>
Ramgoolam a changé. Il n?y a pas que moi qui le dit, mais tout le monde. Je pense que c?est un gentleman et d?ailleurs je ne suis pas le seul à le penser. (Rires?) Paul Bérenger n?avait-il pas market Ramgoolam comme le ?gentleman from England?? Je pense qu?il était trop jeune en 1995 et qu?il avait quelques difficultés à gérer le pouvoir. Il était aussi mal entouré. Mais au moins, il a l?humilité de reconnaître ses erreurs et il demande des excuses quand il le faut. Ce n?est pas un arrogant et un borné comme certains.
?<B> Après ces démissions et peut?être d?autres à venir, pensez-vous que le gouvernement a toujours le droit moral de gouverner ? </B>
Le gouvernement doit rendre le pouvoir au peuple. Mais il s?accroche, voyez-vous. Et il va présenter un budget simplement pour démontrer qu?il a pu tenir cinq ans. Je donne raison à Navin Ramgoolam qui n?avait pas hésité à dissoudre le Parlement en 2000 et à retourner au peuple ce qui lui appartient : le pouvoir.
«C?était important pour moi de faire mes preuves en tant que ministre après avoir été blanchi par la justice. Pour ma tranquillité, pour mon état d?esprit. L?épreuve de l?Icac est terrible, on avait sali ma réputation et celle de ma famille. Cela a été corrigé maintenant.»
«Ecoutez, le bateau va couler. En tant que membre du MSM, il était de mon devoir de prévenir mon parti. Mais si le leader refuse d?écouter, est-ce ma faute ? Je ne coulerai pas avec eux. Et cela, je l?ai appris avec Anerood Jugnauth !»
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