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«Le gouvernement ne doit pas céder face aux opérateurs de taxis marrons»

10 juin 2006, 00:00

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par Ashvin RAJARAI

● Les compagnies d’autobus haussent le ton et demandent au gouvernement d’être intransigeant avec les opérateurs illégaux de transport. Qu’est-ce qui explique une telle attitude ?

Notre prise de position s’explique par une raison bien claire. Nous demandons aux autorités d’appliquer la nouvelle version du Road Traffic Act, une loi qui est entrée en vigueur depuis le 1er juin, et qui durcit les peines contre les passagers et les chauffeurs de taxis «marrons».

Avec l'application de cette loi, les propriétaires de taxis «marrons» risquent une amende comprise entre Rs 3 000 et Rs 10 000. Les passagers qui utilisent un taxi «marron» ne sont pas en reste. Car ils peuvent eux aussi être réprimandés par le Road Traffic Act.

● Pourquoi montez-vous au créneau maintenant ? Les taxis «marrons» existent depuis longtemps.

Nous avons formé une plate-forme réunissant tous les opérateurs d’autobus en voyant les pressions exercées par les propriétaires des taxis «marrons» pour faire infléchir les autorités par rapport à cette loi. Ce regroupement comprend Triolet Bus Service (TBS), Rose-Hill Transport Ltd, United Bus Service (UBS), National Transport Corporation (NTC), et Mauritius Bus Transport (MBT), soit 2 500 autobus. Mais il n’y a pas que les compagnies d’autobus. Il y a aussi les propriétaires de taxis qui se sont joints à notre cause. Notamment la Taxi Proprietors’ Union, la Contrat Bus Owners’ Association, et la Taxi Operators’ Association. Ces associations représentent près de 20 000 personnes. Nous avons voulu nous réunir pour nous exprimer d’une seule voix.

● Quelle a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ?

C’est un problème qui dure depuis longtemps. Mais ces dernières années, il s’est aggravé. Nous constatons que les taxis «marrons» rongent une bonne partie de notre clientèle. Pour vous donner une indication, ils grignotent près de 10 % de notre revenu total et mettent notre situation financière en péril.

Pour rappel, cette loi a été votée, il y a trois ans. Les opérateurs illégaux de transport avaient protesté. Le gouvernement avait alors mis un comité sur pied pour étudier les genuine cases. Parmi eux, 474 propriétaires ont pu avoir un permis pour opérer un taxi. Tous ceux qui ont postulé pour un permis pour opérer comme taxi, n’ont pas eu satisfaction. Alors ils continuent à opérer dans l’illégalité.

Nous voulons soutenir le gouvernement dans sa démarche d'appliquer la loi et de ne pas céder face aux taxis «marrons».

● Pourquoi réagir maintenant ?

Nous avons toujours été contre les propriétaires de transports illégaux dans le passé. Mais ce que je ne comprends pas, c’est qu’à chaque fois qu’ils n’ont pas obtenu satisfaction pour leurs requêtes, ils sont descendus sur le terrain pour protester. Alors qu’ils travaillent dans l’illégalité. Maintenant je pose la question suivante au gouvernement : qu’est ce qui arrivera au pays si nous décidons de faire la grève pendant une demi-journée ?

«Nous demandons juste au gouvernement d’appliquer la loi. Nous n’avons rien contre ces opérateurs. Nous sommes contre le principe tout simplement.»

● Si vous réagissez aussi fortement, est-ce pour s’allier avec le gouvernement pour lutter contre les opérateurs illégaux ?

C’est un pays de droit. Nous opérons dans la légalité. Nous avons des comptes à rendre aux autorités. Les propriétaires de taxis «marrons» n'en ont pas. Encore une fois, je le répète, nous demandons juste au gouvernement d’appliquer la loi. Nous n’avons rien contre ces opérateurs. Nous sommes contre le principe tout simplement.

● Est-ce à dire que sous les précédents gouvernements vous n’avez pas senti cette détermination pour lutter contre les taxis «marrons» ?

On doit reconnaître que la loi a été votée sous le précédent gouvernement . Mais peut-être qu’il n’a pas eu le courage de la proclamer. Au niveau de l’ABO, nous saluons la décision du gouvernement de vouloir appliquer la loi. Nous sommes très reconnaissants puisque c’est un mal qui existe depuis trop longtemps.

● Les propriétaires de transports illégaux arguent qu’ils offrent un bon service à la population. Les autobus n’ont pas la même flexibilité que les taxis «marrons».

Il faut être réaliste. Un autobus ne peut pas offrir le même niveau de service qu’une voiture. Dans tous les pays au monde, il y a une fréquence de passage des autobus aux arrêts. Une voiture peut transporter quatre à cinq passagers et se faufiler dans les petites ruelles. Il faut comparer ce qui est comparable.

Par contre, il faut signaler que la compétition est tellement forte avec les taxis «marrons» que dans certains endroits nous avons été obligés de retirer nos services.

● Ne pensez-vous pas que le transport public est en déphasage avec la réalité et les attentes du public ?

Depuis quelque temps nous faisons des innovations. Triolet Bus Service (TBS) a introduit le bus climatisé, puis Rose Hill Transport, et d’autres ont suivi comme la Compagnie nationale de transport et United Bus Service (UBS). Par ailleurs, il faut savoir que le véritable problème est la congestion routière. Les opérateurs et le gouvernement doivent s’asseoir ensemble pour trouver une solution à ce problème. Par exemple si nous avions des bus lane, le trajet Curepipe Port-Louis se ferait en seulement 25 minutes. Il y a depuis quelques années déjà un service de proximité à Sodnac. Mais cela ne remplacera jamais un taxi.

● Parlons des propriétaires de taxis qui opèrent dans la légalité. Ces derniers estiment que sur certaines lignes, les autobus pratiquent le ticket au rabais. Cela concurrence les taxis et c’est déloyal.

Nous condamnons ces pratiques totalement. Elles ne doivent pas exister, cela va à l’encontre de nos principes au sein de l’association.

● Ne pensez-vous pas que tous ces problèmes ne soient pas finalement liés au transport gratuit ?

Certainement pas. Le transport gratuit a apporté un plus au pays. Voyez la quantité de personnes âgées qui n’avaient pas la possibilité d’utiliser le transport en commun et qui peuvent maintenant le faire. Les familles qui ont deux enfants peuvent économiser jusqu’à Rs 1 500 mensuellement grâce au transport gratuit.

● Cela coûte quand même au pays Rs 600 millions annuellement. Les compagnies d’autobus touchent près de Rs 25 000 par mois comme subvention. Vous n’avez pas trop à vous plaindre…

La somme de Rs 25 000 par mois que nous percevons du gouvernement n’est pas un montant énorme contrairement à ce que certains pensent. Il ne faut surtout pas avoir cette impression. La preuve, certains opérateurs de bus individuels et ceux de Rodrigues veulent davantage. Ils veulent même retourner à l’ancien système. Posez-vous la question, si vraiment ils étaient bien lotis, est-ce qu’ils se plaindraient ?

«On doit reconnaître que la loi a été votée sous le précédent gouvernement. Mais peut-être qu’il n’a pas eu le courage de la proclamer.»

● Certains opérateurs abusent du système. Ils perçoivent Rs 25 000 mensuellement, et la plupart du temps les bus sont dans les garages.

Il ne faut surtout pas généraliser. Nous ne pouvons pas prendre des cas isolés et mettre cela sur le dos de tous les opérateurs.

● Y a t-il un abus de la part des passagers ?

Comme partout, il y a des gens qui jouent le jeu et d’autres qui ne le jouent pas.

● Estimez-vous que le système actuel de transport gratuit soit correct ?

J’en suis sûr. Avec le même budget, soit Rs 600 millions, le gouvernement avait proposé de verser aux familles entre Rs 250 et Rs 300 pour leurs enfants, et Rs 100 pour les personnes âgées. Les étudiants avaient protesté estimant que leurs dépenses mensuelles tournent autour de Rs 600 à Rs 700. Grâce à cette formule, les étudiants et les personnes âgées peuvent voyager autant qu’ils le veulent juste en présentant leurs cartes, ce qui est une bonne chose.

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