Publicité

«Le cimetière est rempli de personnes indispensables»

16 août 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>En vous écoutant parler des raisons qui ont poussé le conseil d?administration à demander à Bert Cunningham de démissionner, je me dis que tout cela est très commode ; donc la MRA est the good guy et Cunningham, the bad guy ?

Les raisons que nous avons données jeudi peuvent être résumées en quelques mots : insubordination flagrante provoquant une instabilité dans le fonctionnement. A la MRA, nous travaillons en équipe. Les décisions sont prises après discussions mais une fois prises, chaque membre de l?équipe a le devoir de les respecter. Le MRA Act a été voté en 2004 ? je n?étais pas là mais beaucoup de personnes y étaient déjà dont Bert Cunningham. Une des décisions prises par l?ancien gouvernement et respectée par l?actuel est que des fonctionnaires seront transférés automatiquement. Si le gouvernement respecte cela, pourquoi est-ce que Monsieur Cunningham ne peut pas faire pareil ?

Ce problème ne date pas d?hier.

Non mais le problème a continué. Une personne peut très bien avoir ses opinions mais quand on choisit de travailler à la MRA, il faut respecter la loi qui régit l?organisation et le système mis en place. Durant ces deux dernières années, Monsieur Cunningham a continuellement critiqué l?organisation, les décisions de ses supérieurs, a refusé de rendre des comptes et d?obéir à des directives. En tant que directeurs, nous devons trouver des solutions dans le cadre légal ? limité je l?admets ? qui nous régit. Se plaindre n?apporte rien ; ce qui compte ce sont les résultats. C?est la différence entre travailler dans une organisation autonome et travailler à la MRA. Auparavant, le département des douanes fonctionnait indépendamment mais le gouvernement a décidé de regrouper tous ces départements sous la MRA pour plus d?efficacité. Mais quand monsieur Cunningham devient nostalgique de l?époque où il ne répondait à personne et refuse de se soumettre à l?autorité, il perturbe l?organisation.

Cunningham était donc compétent quand il était seul maître à bord mais ne peut fonctionner en équipe ?

Je préfère ne pas commenter. Je dirai simplement que lui-même a dit dans une interview de presse que quand il fonctionnait de façon autonome et qu?il avait un problème, il allait simplement voir le Premier ministre et le problème était réglé. Mais on ne peut pas diriger un département comme ça. Il faut une structure, des stratégies et il faut les mettre en pratique. Vous vous imaginez si chaque directeur avait un problème et allait voir le Premier ministre à chaque fois ? Ce serait l?anarchie.

Avez-vous accès au Premier ministre actuel avec la même facilité que Cunningham avait accès à l?ancien Premier ministre ?

J?ai accès au conseil d?administration qui est l?autorité suprême dans la gestion de la MRA. Les législations ayant trait aux revenus changent de temps à autre et il y a des choses qui concernent le budget et dans ces cas-là, nous travaillons de concert avec le ministère des Finances. Quelquefois, le ministre des Finances est aussi impliqué dans les discussions.

La perception est que Cunningham est une personne très compétente...

Bert Cunningham était un consultant et il a une bonne connaissance de la douane. D?ailleurs, d?après ce que je comprends, il a eu un rôle important à jouer à la douane en réformant ce département. Je ne peux nier qu?il est une personne compétente mais je crois comprendre qu?il n?a pas pu faire ce shift mental pour pouvoir travailler en équipe dans une organisation telle que la MRA. Et c?est l?organisation qui importe et ses intérêts devraient venir avant l?ego et les intérêts personnels.

Mais sûrement les objectifs de cette organisation devraient être la priorité ? Cunningham avait ? à tort ou à raison ? la réputation d?être cette personne au-dessus de tout soupçon et qui avait pour mission de se battre contre la corruption. N?est-ce pas là un travail important ?

Oui, mais justement parlons des objectifs de la MRA. Quels sont-ils ? De créer un service efficace, un environnement qui facilite la vie des contribuables, de promouvoir la voluntary compliance des contribuables, de s?assurer que l?environnement est propice au business. Et tous ces objectifs ont un point en commun : augmenter les revenus de l?Etat. C?est là notre raison d?être mais essayer d?augmenter les revenus par tous les moyens n?est pas une bonne chose. Par contre, si nous passons par ces objectifs, cela va automatiquement encourager la croissance. Quand nous parlons d?augmenter les revenus, cet argent vient de la corporate tax, des impôts sur le revenu, des droits de douane. Mais il faut savoir que les revenus de la douane diminuent tous les jours. Chaque année, le montant des droits de douane baisse drastiquement parce que le gouvernement a décidé de faire de Maurice une île hors taxe.

Combien d?argent vous estimez que la douane va vous rapporter ?

Cette année, nous attendons Rs 1,4 milliard contre Rs 6 milliards il y a deux ans. Imaginez ce que représente donc la douane dans un budget (revenus) de Rs 45 milliards qui est notre objectif cette année. Donc, l?accent en ce qui concerne la douane maintenant est la trade facilitation. On fait cela en tentant de dédouaner les produits aussi vite que possible.Les objectifs ont changé. Cela dit, cela ne veut pas dire que la corruption et le trafic d?influence ne sont plus des problèmes et qu?ils ne vont pas compromettre nos objectifs. Mais c?est parce que nous voulons combattre la corruption que nous avons mis en place des mécanismes.L?objectif global de la MRA ne dépend pas uniquement de la lutte contre la corruption et l?évasion. Nous devons atteindre tous les objectifs et ce n?est qu?une partie de notre objectif. Il nous faut trouver une stratégie qui nous permette de réaliser tous les objectifs ; ce que nous ne pouvons pas faire, c?est concentrer tous nos efforts sur un des objectifs aux dépens des autres.

Comment faire pour combattre la corruption en même temps qu?atteindre les autres objectifs ?

Vous changez les procédures, vous changez le processus et la corruption baissera automatiquement de 90 %. Aujourd?hui, nous n?avons pas de problème de corruption dans la collecte d?impôts parce que nous avons changé les procédures.

Et comment faites-vous cela ?

Nous avons simplifié la procédure pour les déclarations d?impôts. Les fiches que nous recevons sont enregistrées dans le système et c?est l?ordinateur qui va sélecter les dossiers pour différents opérateurs et c?est une section séparée qui s?occupe des remboursements. Donc, ce n?est jamais une seule personne qui s?occupe d?un dossier particulier. Mais même au département des douanes, le problème a été partiellement résolu puisqu?avec la baisse des droits de douane, les gens ne tentent plus de contourner le système. Et s?il y a disons une dizaine de personnes à qui on ne peut pas faire confiance, il est très facile de les transférer dans des départements où ils n?auront aucun accès au public. Mon point est qu?il y a différentes façons de lutter contre la corruption et c?est ce que nous sommes en train de faire.

Dans ce cas, pourquoi est-ce que les gens ont l?impression que c?est Cunningham qui incarnait la lutte contre la corruption et non la MRA ?

Bert Cunningham est venu il y a six ans quand les droits de douanes étaient élevés. La tentation d?être corrompu et la tentation de sous déclarer étaient fortes. On me dit que la situation dans ce département-là à l?époque était catastrophique et c?est là que Cunningham est arrivé et j?imagine que c?est là d?où vient sa réputation. Mais je crois qu?il y a différentes façons de combattre la corruption et la méthode Cunningham n?est qu?une des méthodes.

Et vous pensez que le problème de corruption à la douane est gérable ?

Je le pense. Il y a trois raisons pour lesquelles les gens volent. D?abord, quand ils ont besoin d?argent. Donc si vous les payez de façon adéquate, vous enlevez déjà cette catégorie parce que vos employés n?auront aucun intérêt à vous voler. Puis vous avez ces gens qui volent tout simplement parce qu?ils le peuvent et qu?il n?y a pas de mécanismes en place pour les en empêcher. Donc, nous avons mis en place un département d?audit interne pour mettre en place des mécanismes de dissuasion. Je précise que le département d?audit interne rend des comptes au conseil d?administration et non au DG. Je dois dire qu?avec l?informatisation du système, il est beaucoup plus facile d?avoir un contrôle sur tout ce qui se passe ; les transactions sur les ordinateurs laissent toujours des traces. La troisième raison pour laquelle les gens volent est due à la gourmandise. Si une personne est gourmande et a une occasion de voler, elle le fera. Mais si elle pense qu?il y a des chances qu?on l?attrape, elle fera attention.

Après sa rencontre avec le Premier ministre, Bert Cunningham a dit qu?au moins maintenant le Premier ministre sait ce qui se passe à la MRA. Que se passe-t-il à la MRA ?

Vous devriez lui poser la question. Entre-temps, la MRA fait le travail pour lequel elle est mandatée et je crois que nous avons démontré que nous faisons du bon travail. Avec ou sans Bert Cunningham. Le cimetière est rempli de personnes indispensables.

Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

Publicité