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«Amour et amnésie»

14 octobre 2004, 20:00

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Au vu de la bande-annonce, cette comédie sentimentale de Peter Segal a tout l’air d’être un de ces films “bouche-trou”, probablement achetés moins chers et offerts aux spectateurs en attendant le prochain blockbuster hollywoodien ou le prochain film d’auteur, histoire de faire rouler les affaires pour les exploitants des salles. Méprise d’autant plus pardonnable que le nom d’Adam Sandler figure en tête du générique.

Agé de trente-sept ans, cet acteur refuse de laisser mourir le gamin débile qui s’agite au plus profond de lui. On peut y voir une notion un peu tordue de l’intégrité artistique et cette attitude fait qu’ils sont nombreux à le considérer comme l’antéchrist de la comédie.

Pourtant, Adam Sadler avait agréablement surpris les cinéphiles tout en décevant ses admirateurs lorsque Paul Thomas Anderson le fit s’aventurer dans les eaux profondes de Punch-Drunk Love en 2002. Puis, il revint vers des rivages plus sûrs avec Anger Management du même Peter Segal, l’année dernière.

On a toutes les raisons de s’inquiéter en le voyant à l’œuvre durant les premiers instants de Amour et Amnésie. Sandler incarne Henry Roth, vétérinaire dont les deux seules raisons de vivre sont les morses du au parc aquatique de l’île d’Oahu à Hawaï où il officie, et les aventures sans lendemain qu’il vit avec les femmes seules qui séjournent dans cette destination touristique très prisée.

On a droit en gros, à la vision du monde sexiste – Roth en train de larguer une bonne femme, les commentaires de ses conquêtes, etc. Vision du monde raciste aussi – le copain, natif de l’île, moitié Tarzan moitié Vendredi, amateur de joints, père d’une ribambelle de gosses, affublé d’une épouse obèse et qui est en plus frustré, sur le plan sexuel. On pourrait dire qu’il s’agit là de la vision de l’anglo-saxon moyen.

On a droit, en plus, à une scène au cours de laquelle on voit un morse vider tout le contenu de son estomac sur l’assistante du bon vétérinaire – il s’agissait d’une farce. L’humour, dans cette toute première partie du film est dans la même veine que dans les trois épisodes de American Pie, sans toutefois jamais parvenir au même niveau, c’est à dire celui du bidet.

Donc, rien de très réjouissant. Pourtant, tout cela est oublié à partir du moment où apparaît Drew Barrymore dans le personnage de Lucy Whitmore. Elle et Sandler se rencontrent dans un bar-restaurant à l’heure du petit déjeuner alors qu’elle tente de construire une petite maison dans son assiette, avec ses gaufrettes.

Il se passe entre eux ce qui se passe généralement lorsque les personnages d’une comédie sentimentale se rencontrent. Dans le cas présent, rien d’original ou même d’exceptionnel, si ce n’est que les dialogues font mouche et que le moment est des plus sympathiques. Tant et si bien qu’on trouve qu’ils font un beau couple. Lorsque, l’après-midi arrivant déjà, ils se disent au revoir et se donnent rendez-vous pour le lendemain, on souhaite qu’ils se retrouvent pour continuer leur roman d’amour.

<B>Tentatives de séduction</B>

Seulement, quand Henry revoit Lucy lendemain, celle-ci le rabroue ouvertement comme si elle ne l’avait jamais vu auparavant. Pour cause : suite à un accident de voiture, elle oublie tout des dernières 24 heures de sa vie et croit toujours être en train de vivre le jour d’avant l’accident. Henry, qui est tombé très amoureux, décide qu’il fera donc tous les jours la conquête de la belle.

Ce scénario remis en cause tous les jours, n’est pas sans évoquer Un Jour Sans Fin (Harold Ramis – 1993), film dans lequel Bill Murray séduisait à chaque fois Andie McDowell parce qu’il revivait sans cesse la même journée. On pourra, comme le critique des Fiches du Cinéma, trouver la référence flatteuse ou, comme celui du Guardian trouver que Adam Sandler, dans une histoire pareille, fait penser à “un chimpanzé tentant de reproduire une œuvre de Michel-Ange”. Il faut toutefois reconnaître qu’en l’an 2004, tout a plus ou moins été fait ou dit en matière de comédies sentimentales et que le genre en lui-même n’offre qu’un choix assez limité pour ce qui est de trouver une trame principale.

Vu de cette façon, Amour et Amnésie s’avère après un début catastrophique, être une bonne surprise dont le mérite revient au scénariste George Wing. Ce dernier, une fois le sujet posé, nous fait dans un premier temps, rire des efforts quotidiens d’Adam Sandler pour séduire Drew Barrymore.

Le coup de l’analphabète, le pingouin, la mise en scène d’une tentative d’agression sont autant de bons moments, mais on retiendra surtout cette autre idée du scénario : ce qui marche un jour avec quelqu’un ne réussit pas nécessairement le lendemain, même avec cette même personne.

<B>Un scénario réussi</B>

Et puis, comme il faut bien trouver une issue à cette histoire, un incident fait que la patiente prend soudainement conscience de son état. Cette issue aurait pu être tragique, mais le scénariste parvient à rester dans le ton général de la comédie tout en l’orientant adroitement vers un registre plus grave.

Le film finit donc par émouvoir. Il y a d’abord le simple fait que les tentatives quotidiennes de séduction finissent par réussir quotidiennement. Il y a ensuite le fait que Adam Sandler et Drew Barrymore finissent par former un couple charmant.

Il y a enfin, la solution de la cassette vidéo – astucieuse, pour ce qui est de la cohérence dans un film – pour informer quotidiennement l’amnésique des derniers développements dans sa propre vie.

Sans compter les à-côtés, comme cette visite au bloc réservé aux amnésiques dans un hôpital psychiatrique : l’un des patients n’a que pour quelques secondes de mémoire, et on se dit que de tels cas pourraient réellement exister. Et puis, fait assez rare dans cette catégorie de film made in Hollywood, la fin est honnête tout en étant optimiste.

Amour et Amnésie est donc une comédie qui se laisse regarder, voire même apprécier. À condition toutefois de faire abstraction d’un défaut de taille : une réalisation sans imagination, parfois même à la limite de la bêtise. On se croirait devant un épisode de Magnum, compte tenu du cadre, avec des images qui, pour la plupart, tiennent du cliché touristique.

Cette façon de mettre une histoire en images n’est au plus que de l’emballage et du mauvais. Mais on se consolera en se disant qu’il vaut mieux une bonne histoire dans un mauvais emballage que l’inverse.

<B>Gilles NOYAU</B>

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