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« Vivre les choses que j?ai envie de vivre »
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« Vivre les choses que j?ai envie de vivre »
>Ellen, parlez-nous de votre projet, où en êtes-vous actuellement ?
Je suis à Sydney, de l?autre côté du monde. Je suis avec notre nouveau bébé, un trimaran de 75 pieds, qui s?appelle Castorama B&Q et dont la mise à l?eau officielle a eu lieu jeudi. L?origine du projet date de septembre 2001. Après le Vendée Globe, j?ai vite senti que je voulais naviguer sur des multicoques. Ce n?est pas fini pour les monocoques mais c?était une autre manière d?apprendre. Je me suis donc lancée, j?ai navigué avec Alain Gautier sur Foncia. Et puis est venue la conception de ce nouveau trimaran. On a dessiné le bateau fin 2002 et courant 2003. La construction s?est faite en 2003 et le baptême officiel (NdlR : jeudi). C?est un projet qui est dans nos têtes depuis longtemps, mais qui est un peu différent. Le but est de battre des records en solitaire.
>En quoi ce bateau est particulier ?
C?est un bateau un peu différent. Il mesure 75 pieds. Il est donc plus grand que les bateaux habituels de Route du Rhum ou Transat anglaise. C?est un bateau qui est fait spécifiquement pour les records en solitaire. Il a donc été dessiné pour y être seul et pour le large. Quand je vois la taille de la cabine, on a du mal si on est deux ou trois dedans ! C?est fait pour une personne. Le cockpit est très petit. C?est vrai, le bateau est très grand mais pour le lieu où tu travailles le plus, c?est très petit.
>Quel est son programme ?
Après on va naviguer un peu à Sydney. Et dès qu?on sera prêt, vers la mi-janvier, on quittera Sydney pour un convoyage vers Auckland. On va rester en Nouvelle-Zélande pendant quatre à six semaines, pour s?entraîner et normalement fin février, on repartira en équipage vers le Cap Horn. La dernière partie du convoyage qui aboutira en Europe, je la ferai toute seule. Un peu comme la préparation du monocoque Kingfisher, en 2000.
>Et son objectif ?
Le but du bateau, ce sont seulement les records en solitaire. C?est-à-dire record des 24 heures, des Transatlantiques, et si on est content du bateau, si on le trouve bien sur la mer, le but c?est aussi un tour du monde. Alors on va voir, on est juste au début de la découverte, on a navigué cinq fois dessus jusqu?à présent. Je pense tenter d?abord le record des 24 heures en solitaire, peut-être en revenant de Nouvelle-Zélande, pendant le convoyage vers l?Europe. Ou peut-être le record de la Traversée de l?Atlantique l?été prochain. Si tout va bien l?objectif est un tour du monde, mais c?est un nouveau bateau, un nouveau concept, il n?y a pas un bateau qui existe vraiment comme celui-ci, on veut d?abord bien le tester.
>Qu?est-ce qui vous motive ?
J?ai la motivation pour ce projet depuis 2001. J?ai la motivation pour être en mer depuis l?âge de quatre ans, alors quand tu soudes les deux motivations ensemble? La course me paraît bien pour me tester moi-même. Pour pousser mes limites et apprendre plus. Avoir un côté compétitif contre-la-montre et aussi vivre les choses que j?ai vraiment envie de vivre. J?ai toujours été fascinée par la mer depuis toute petite, j?ai lu tous les livres des anciens marins qui ont navigué dans le Sud. J?ai trouvé ces histoires géniales, vraiment géniales, et j?ai vraiment eu l?envie de vivre les choses comme ça, de repasser dans les mers du Sud. Pendant le convoyage ça va être génial d?y passer sans pression, sans être sur la corde, dans les mers du Sud avec l?équipe qui a construit le bateau. J?attends beaucoup de choses et le record serait vraiment la cerise.
>Quelles sont vos sensations devant ce trimaran ?
Quand je regarde Castorama B&Q ça fait battre le c?ur. Le bateau est énorme, impressionnant. Je crois que j?ai déjà un feeling, une sensation avec lui. Un bon feeling en fait. C?est un bateau qui est fait pour le record en solitaire. C?est un bateau sur lequel je vais voir beaucoup de choses, je vais apprendre beaucoup et c?est avec impatience que j?attends de naviguer dessus.
>Votre participation à la construction du bateau va-t-elle avoir une influence sur la navigation ?
C?est vrai que depuis la conception j?étais avec l?équipe des architectes. J?ai appris beaucoup. J?espère que mes expériences de navigation en solitaire ont aidé. Elles l?ont surtout fait dans la manière dont je veux le bateau pour naviguer le plus facilement toute seule. C?est vrai que ce sont des bateaux difficiles, notamment à man?uvrer toute seule, surtout avec cette taille-là.
>Mais pensez-vous avoir une relation aussi forte avec ce bateau là qu?avec le 60 pieds.
Je sens déjà que j?ai une relation avec ce nouveau bateau, depuis qu?il est sorti de ses moules au chantier. Cela me procure beaucoup de plaisir de le voir à l?eau. J?ai attendu avec impatience sa mise à l?eau pour que le lien soit encore plus fort.
>Avez-vous une sorte de crainte, d?anxiété de naviguer toute seule sur un grand bateau comme celui-là ?
Je crois que tu es vraiment fou si tu n?as pas d?anxiété à naviguer sur un bateau comme ça. C?est normal. Ce n?est pas un bateau facile, c?est un bateau très grand, très puissant et c?est surtout un multicoque qui va plus vite mais avec des risques plus élevés. On a beaucoup travaillé sur la sécurité, la vie à l?envers, tout ça, ce n?est pas du tout le but mais il faut penser à cela, des fois on ne peut pas s?arrêter devant une grande vague, voir le bateau chavirer, pareil avec les monocoques ou dans le Vendée Globe. Alors, oui, je suis un peu inquiète, mais on apprend je crois aussi, on pousse un peu les limites, on regarde et on essaye un peu de faire les meilleurs choix pour la sécurité des hommes et du bateau.
>Avez-vous reçu le soutien de grands navigateurs dans la construction de ce bateau ?
On a travaillé avec une équipe d?architectes assez rigoureuse, avec l?architecte principal Nigel Irens et Benoît Kavaret qui travaille avec lui. J?étais dans l?équipe, il y avait aussi Neil Graham, un Australien qui a travaillé avec nous depuis quelques années, et qui était directeur technique. On a aussi reçu un peu d?aide de Laurent Bourgnon qui est venu pendant quelques réunions pour donner son avis sur le bateau. Cela a donc été le travail de plusieurs personnes, mais avec aussi d?autres qui se sont concentrés sur des parties plus précises comme la structure, les voiles, etc.
>Un symbole, jeudi, le 8 janvier, a également eu lieu le baptême d?un bateau extraordinaire, le Queen Mary II, qu?est-ce que cela vous inspire ?
C?est vraiment chouette que ces deux bateaux, ces deux gros projets soient baptisés le même jour. C?est un hasard. Des deux côtés ce sont beaucoup de gens qui ont mis de l?énergie dans ce bateau et j?imagine encore plus de monde sur Queen Mary II !
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