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« On n’a pas le droit de frapper »

8 octobre 2005, 20:00

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« Men as Partners » vient d’être créée. Quel est donc le but de cette démarche ?

À La Caverne, on sentait qu’il y avait un manque de motivation de la part des gens pour participer à des activités sociales. Nous voulions créer une instance pour les regrouper et les canaliser vers des activités où ils pourraient se rendre utiles et s’occuper à la fois. Nous avons donc été approchés par le ministère des Droits de la femme et par la Mauritius Family Planning Association (MFPA) pour lancer l’association Men as Partners qui existe déjà à Pailles, Cité Argy, Roche-Bois, Petite-Rivière, Chamouny, Plaine-des-Roches, Good-lands, Trèfles et maintenant à La Caverne. Nous allons former des group leaders et effectuer des séances de travail pour responsabiliser les hommes et les sensibiliser à la violence domestique et à tous les sujets entourant la famille.

Nous avons aussi suivi des séances animées par des psychologues. Nous voulions savoir ce qu’il y a derrière le problème de la violence domestique et voir comment nous pouvions aider les victimes. À La Caverne, nous sommes dix hommes, membres de Men as Partners. Mais cette démarche a été bien accueillie par les jeunes et les femmes, qui veulent maintenant nous prêter main-forte.

Et quel est votre constat de la violence domestique ?

La société dans laquelle nous vivons est de plus en plus violente. Cela touche les jeunes comme les personnes âgées. Je crois que le fait de parler davantage de violence domestique permet de détecter de nouveaux cas. Désormais, les victimes peuvent briser le silence. Avec les organisations qui ont été créées récemment, cela permet d’alerter l’opinion. Je pense que les cas sont en diminution car nous en sommes plus conscients aujourd’hui. La violence domestique n’est pas normale ! On n’a pas le droit de frapper. Mais il n’y a pas que la violence physique. Par exemple, le fait d’insulter son conjoint constitue une forme de violence psychologique.

Quelles en sont les causes ?

Je pense que la violence domestique découle de plusieurs facteurs. En premier lieu, il y a un manque de communication au sein du couple. J’ai l’impression que les nouveaux couples peuvent mieux parler au sein de leurs foyers. D’un autre côté, on sent que la scission se fait dans les couples qui vivent ensemble depuis longtemps, et qui trouvent maintenant divers désagréments à continuer. Ils se disputent, ça dégénère. Il y a aussi l’abus de drogue et d’alcool, qui envenime les relations.

« S’il y a des hommes violents, il y a aussi des bonnes volontés qui veulent agir pour y mettre un terme »

Quelle contribution est-ce que les hommes peuvent apporter pour la sensibilisation ?

Il est temps d’agir. Ce n’est pas un sujet pour lequel uniquement les femmes doivent militer. Les hommes doivent s’engager dans la lutte contre la violence domestique. Ils aussi ont voix au chapitre et peuvent toucher leurs pairs. S’il y a des hommes violents, il y a aussi des bonnes volontés qui veulent agir pour y mettre un terme. Avec le projet Men as Partners, nous allons encourager les jeunes à œuvrer pour cette cause, grâce à une caravane et toucher plus de couples. Nous ferons également du porte-à-porte pour faire connaître l’association, parler avec les habitants, organiser des réunions. Une grande réunion avec tous les habitants est prévue pour bientôt. Au fur et à mesure, nous allons aussi être formés pour mieux sensibiliser les autres.

Nous avons engagé des discussions avec les habitants pour détecter des cas et intervenir. Ou nous discutons avec la personne concernée, ou nous référons le cas aux autorités. La violence domestique est le résultat d’un manque de communication. Je crois que c’est en commençant par favoriser la communication que nous pourrons amener chacun à en prendre conscience. Si on reste là, on ne fera pas bouger les choses ! Il faut commencer par une personne pour toucher la masse. L’éradication de cette violence est le combat de chaque homme.

Que cherche à prouver une personne qui frappe son conjoint ?

Je crois que c’est un moyen de libérer une frustration, la colère. Par exemple, lorsque le père est confronté au chômage, il sent qu’il n’est plus à la hauteur, il n’a plus les moyens de faire subsister sa famille et doit se défouler. Il se rabat sur sa femme ou ses enfants. Même quand il est sous l’influence de l’alcool ou de drogues, il leur fait du mal en essayant de dégager ses sentiments refoulés.

Le fait d’imposer un « Protection Order » ou de sanctionner le conjoint violent suffit-il à résoudre la violence domestique ?

Quand une personne frappe son conjoint, il y a toujours un risque de récidive ; et ce, malgré toutes les mesures de protection qui peuvent être prises par la victime. Il y a aussi le fait que cette dernière retourne auprès du partenaire violent malgré ses agissements. Je pense que comme on encadre les victimes, il faut également le faire pour ceux qui frappent leurs conjoints. Il faut traiter le mal à la racine, comprendre les raisons qui les poussent à exercer cette violence, être à leur écoute, les soigner pour qu’ils ne recommencent plus.

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