Publicité
« La gravité de la violence conjugale n?est pas reconnue »
Par
Partager cet article
« La gravité de la violence conjugale n?est pas reconnue »
<B>Qu?est-ce qu?un Protection Order et à quoi sert-il ? </B>
Un Protection Order est émis par un magistrat pour protéger toute personne victime de violences conjugales de la part de son mari, de son compagnon ou de la famille de ces derniers et ce pour une période ne dépassant pas deux ans. L?objectif de cet ordre est de protéger la victime contre toute récidive de la part du conjoint brutal. Il y a également l?Occupation Order et le Tenancy Order qui permettent d?éloigner le mari ou la femme violente de la maison où habite la victime.
<B>Comment faire une demande de protection ? </B>
Dans les centres du ministère de la Femme, il existe certains services qui sont proposés aux femmes en difficulté comme celui de les aider à formuler cette demande. Elles doivent s?adresser aux centres les plus proches de leur domicile et peuvent aussi s?adresser à SOS Femmes.
<B>Quelle est la différence entre l?Occupation Order et le Tenancy Order ? </B>
Le premier concerne la maison appartenant à l?un ou l?autre conjoint, alors que le second s?applique quand les deux conjoints sont locataires. Mais dans les deux cas, l?objectif recherché reste le même, c?est-à-dire, isoler le conjoint dangereux. Toutefois la plupart de femmes victimes optent pour un Protection Order plutôt que pour les deux autres. Peut-être parce qu?il est rare que les tribunaux émettent un Occupation Order ou un Tenancy Order.
<B>Pourquoi ? </B>
Peut-être à cause de cette idée reçue qui veut que les hommes soient toujours considérés comme les maîtres de la maison. Dans ces conditions, comment imaginer que l?on puisse expulser un roi de son château ? Du reste, le principal objectif des femmes qui ont recours à la justice est de faire cesser la violence et non de faire partir le mari ou le conjoint. Bref, elles veulent sauver la famille et les enfants et ainsi continuer leur vie ensemble mais sans la violence.
<B>Que se passe-t-il quand la période de protection expire ? </B>
Si la violence continue, la victime peut faire une nouvelle demande mais uniquement s?il y a récidive.
<B>Quelles sont les causes de la violence domestique ? </B>
La cause principale est la relation inégale entre l?homme et la femme. Trop souvent, il se sert de la violence quand les choses ne vont pas comme il veut. Il y a aussi les causes agravantes tels que l?abus d?alcool, l?intervention des parents, les relations extra-conjugales et les problèmes d?argent. L?homme violent cherche à humilier, à dégrader, à dénigrer uniquement pour montrer sa supériorité. Et tous les moyens sont bons pour le faire à travers la violence verbale, physique et sexuelle.
<B>Connaissant la lenteur administrative, bien des choses peuvent se passer entre une demande de protection et son obtention?</B>
Non, cela ne se passe pas ainsi dans les faits. Dès qu?une demande est enregistrée, un juge peut émettre un ordre intermédiaire en attendant que son cas soit étudié. Cet ordre temporaire a la même force légale qu?un Protection Order.
<B>Qui est habilité à veiller à ce que le Protection Order soit appliqué et respecté ? </B>
La police bien évidemment ! C?est dommage que certains policiers n?aient pas encore compris ou refusent de reconnaître la gravité de la situation. J?en profite pour faire un appel aux policiers pour qu?ils traitent ce genre de cas avec sérieux et de manière responsable. Ce qui nous évitera à coup sur d?autres Sandhya Bapoo.
<B>La personne violente peut-elle faire appel contre ces ordres de la cour ? </B>
Oui, elle dispose d?un délai d?environ deux semaines pour le faire et doit fournir des arguments solides pour expliquer les raisons pour lesquelles cet ordre ne doit pas être appliqué.
<B>Où vont généralement les victimes qui ont obtenu un Protection Order ? </B>
Beaucoup restent chez elles, car elles veulent simplement que la violence cesse, d?autres vont chez leurs parents, ou à SOS Femmes où elles sont logées et nourries ainsi que leurs enfants le temps que toutes les démarches les concernant soient terminées. à SOS Femmes, par exemple, on leur cherche une maison et même un travail. Nous nous occupons de leurs enfants quand elles travaillent. Il n?y a aucune limite concernant leur séjour au centre. L?essentiel c?est que la femme retrouve la sécurité, la stabilité et l?indépendance nécessaire à son épanouissement afin qu?elle puisse repartir sur de nouvelles bases.
<B>Il paraît que dans le cas d?un Protection Order, la cour exige que le conjoint violent se tienne à une distance raisonnable de la victime?</B>
Cela arrive parfois mais l?application de cette mesure est plutôt difficile. Quand les deux conjoints utilisent régulièrement le même arrêt d?autobus, et qu?il n?y en a pas d?autres dans les environs, comment peut-on demander à l?un d?entre eux d?évacuer les lieux ? De plus, je ne crois pas que la police dispose de moyens suffisants pour surveiller chaque femme qui bénéficie d?un Protection Order par un policier. Et puis ce n?est pas possible dans la pratique.
Cela dit, cela n?explique pas le fait que les policiers tardent à agir surtout dans les cas de violences domestiques. D?autant que malgré ces ordres, la violence continue même si la femme se sépare de son conjoint violent. Vous connaissez le dicton qui dit que la violence suit la femme où qu?elle aille.
En fait depuis trois ou quatre ans, Amnesty International considère la violence domestique comme une forme de torture. Les faits récents l?illustrent parfaitement. Que les tortionnaires poursuivent et harcèlent leurs victimes, même quand celles-ci ont quitté le toit conjugal, s?expliquent par le fait qu?ils n?arrivent pas à accepter cette perte de contrôle qu?ils avaient sur les victimes ! Encore une fois, j?insiste sur le fait que la police doit agir rapidement quand elle est sollicitée pour de tels cas.
<B>Propos recueillis par Laval JULIE</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents