Publicité

« Je suis désolée que les gens soient si bouleversés par Secret Swami »

21 novembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>La diffusion de Secret Swami à Maurice a causé des remous parmi les dévots de Sai Baba. Le gouvernement mauricien s?en est aussi mêlé. Que pensez-vous de ces réactions ? </B>

  • Je suis vraiment désolée que les gens soient si bouleversés. En faisant ce documentaire, j?espérais simplement faire réfléchir les gens par rapport à cette organisation. J?ai fait de mon mieux afin d?éviter de heurter les sensibilités des téléspectateurs. Je n?ai pas voulu faire de sensationnalisme. Néanmoins, il fallait que je fasse intervenir des victimes pour qu?elles racontent ce qui leur est arrivé. Je comprends que certains dévots aient du mal à l?accepter.

<B>Comment ont réagi les téléspectateurs en Angleterre à la diffusion de ce document ? </B>

  • Il y a eu une grande couverture de la presse anglaise. Sai Baba a beaucoup de dévots. Certains l?ont même déjà rencontré. Quand on croit en quelqu?un, on a du mal à imaginer qu?il puisse faire de telles choses. La presse a eu une réaction très positive par rapport à mon enquête. J?ai été très contente de constater que de nombreux Indiens qui avaient vu Secret Swami l?avaient apprécié. Nombreux sont été ceux qui m?ont dit que même s?ils étaient d?origine indienne, il ne fallait pas croire qu?ils étaient tous des disciples de Sai Baba.

<B>Qu?est-ce qui vous a poussé à faire cette enquête sur Sai Baba ? </B>

J?avais onze ans quand j?ai entendu parler de Sai Baba pour la première fois. J?ai vu une photo de lui dans le porte-monnaie de mon père. Je suis d?origine indienne. Mes parents viennent tous deux de l?Inde. J?étais déjà sceptique par rapport à un homme qui dit être Dieu. Lorsque je suis devenue journaliste, j?ai appris qu?il y avait de nombreuses allégations contre lui. J?avais du mal à comprendre comment de telles allégations pouvaient être faites à l?encontre d?un homme qui faisait tant d?actes de charité. Je voulais que ce documentaire fasse réfléchir. Je suis moi-même de foi hindoue et je me suis posé de nombreuses questions. C?est ainsi que j?ai commencé, il y a deux ans et demi à mener mon enquête.

<B>De nombreuses allégations ont été faites. Mais y a-t-il un cas qui a été rapporté devant la justice d?un pays ? </B>

  • Pas encore. Mais il y a actuellement une famille aux Etats-Unis qui finit de compiler un dossier qu?elle portera bientôt devant la justice américaine.

<B>Mais pourquoi les victimes tardent-elles autant pour dénoncer et réclamer justice ? </B>

  • Les gens ont très peur de s?attaquer à quelqu?un d?aussi influent. Il faut aussi penser à la situation. Les gens vont dans une pièce et lorsqu?ils en sortent, ils ont du mal à penser que ceux qu?ils prennent pour Dieu ait pu commettre quelque chose de mauvais. C?est un processus psychologique qui prend des années avant que la victime réalise que ce qui s?est passé est mal.

<B>Vos détracteurs peinent à vous croire à cause des nombreuses ?uvres charitables de Sai Baba?</B>

  • En Inde, il y a des Indiens qui refusent d?écouter les allégations car Sai Baba a beaucoup fait pour eux. Mais le Mahatma Gandhi a dit un jour : «One man cannot do right in one department of life while he is occupied in doing wrong in other department. Life is a whole indivisible thing ».

<B>Etiez-vous consciente que cette enquête aurait un tel impact sur ceux qui le verraient ? </B>

  • Tout à fait. Nous avons fait très attention à ne pas bouleverser les gens plus qu?il ne le fallait. Mais les témoignages des victimes devaient être entendus. Les gouvernements, les ministres et autres leaders disent qu?ils n?y a aucune base pour porter de telles accusations alors qu?ils n?ont même pas initié la moindre enquête.

<B>Dans votre documentaire justement, vous parlez d?Atal Vajpayee l?ancien Premier ministre de l?Inde qui aurait utilisé ses pouvoirs d?alors pour défendre le Sai Baba?</B>

  • J?ai, en effet, trouvé très intéressant que Vajpayee ait utilisé sa position officielle pour faire passer un message à tous. Il fait comprendre que Sai Baba est au-dessus des lois et de toutes enquêtes grâce à ses amis influents. Si Atal Vajpayee l?avait défendu en tant que simple citoyen, cela aurait été différent.

<B>Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontée ? </B>

  • Nous en avons eu plusieurs. L?organisation de Sai Baba est très secrète. Elle n?aime pas la publicité. J?ai demandé à plusieurs reprises l?autorisation de faire une interview de Sai Baba. Ma demande n?a jamais été agréée. J?ai aussi demandé l?autorisation de filmer l?organisation de l?intérieur. On m?a donné l?autorisation de le faire pendant une semaine. Puis on m?a dit que j?aurais finalement le droit de le faire pendant trois jours et finalement seulement un après-midi. Tous ceux à qui j?ai parlé étaient très nerveux et très inquiets de cette publicité. Les victimes indiennes m?ont parlé mais jamais devant la caméra. Elles avaient trop peur des représailles. Il y a eu beaucoup de peur des deux côtés à cause des conséquences.

<B>Après cette enquête et la réalisation de ce documentaire, comment décririez-vous Sai Baba ? </B>

  • Sai Baba est un homme spirituel très complexe et très énigmatique qui a abusé de sa position.

?Je voulais que ce documentaire fasse réfléchir. Je suis moi-même de foi hindoue et je me pose des questions.?</I>

<B>Les lecteurs réagissent ... </B>

Religieusement vôtre, le billet d?Audrey Kelly-Martial publié dimanche dernier, a suscité des réactions de nos lecteurs. L?un d?eux, Y.M. de Port-Louis, nous écrit : ?Je ne suis pas d?accord avec la phrase suivante : ?C?est aussi peut-être le moment pour la MBC de ne diffuser que des programmes religieux réalisés à Maurice.? La MBC est trop limitée pour réaliser des documentaires religieux. A travers ces documentaires étrangers, cela nous permet d?approfondir nos connaissances. D?autre part, il faut aussi voir l?autre face de ces personnes qui se prennent pour des demi-Dieu. Néanmoins, je suis tout à fait d?accord quant au fait qu?il faille une refonte du MBC Act. Un grand coup de balai quoi.?

Autre réaction, celle de Pierre Dinan. ?Ma question se réfère aux deux dernières phrases de votre billet. Je suis d?accord pour que la laïcité soit observée à la MBC, comme ailleurs aussi, mais il y a un piège à éviter, celui de confondre laïcité et laïcisme. La laïcité est un système qui exclut les religions de l?exercice du pouvoir politique et administratif ? c?est déjà chose faite dans notre pays. Toute tentative de revenir sur cet acquis devrait bien sûr attirer des critiques et condamnations. Le laïcisme est une idéologie qui postule l?élimination de tout principe de caractère religieux dans l?administration et les institutions d?un pays. La constitution mauricienne est fondée sur la laïcité, et non sur le laïcisme.

Il est bon de rappeler que la religion est une dimension constitutive de l?activité humaine. Il serait donc illégitime de la bannir des médias aussi bien publics que privés. Vous souhaitez que les «programmes religieux de tous bords» disparaissent des programmes de la MBC. Le service public que constitue la MBC a le devoir de respecter le droit constitutionnel des Mauriciens à la liberté de conscience. Ce droit «implique la liberté de pensée et de religion, la liberté de changer de religion ou de croyance ainsi que la liberté, individuellement ou collectivement, en public ou en privé, de manifester ou propager sa religion ou sa croyance par le culte, l?enseignement, les pratiques et l?observance» (article 11).

Les mots «en public» et «manifester» méritent d?être soulignés. La MBC, qui vit des deniers publics, donc des contribuables mauriciens, a le devoir de rendre compte d?événements religieux de caractère public. Il lui reviendra de remplir ce devoir dans le respect des impératifs de sa programmation et des sensibilités diverses, en évitant la démesure et la discrimination.?

<B>Qui est Tanya Datta ? </B>

Tanya Datta a débuté dans la presse écrite. « J?ai travaillé pour un journal indien basé à Londres. Puis, j?ai commencé à faire de la radio pour la communauté asiatique en Angleterre », raconte-t-elle. Elle s?intéresse alors à l?audiovisuel et poursuit des études en journalisme. Pendant quatre ans, elle travaillera pour le compte du principal concurrent de BBC, la chaîne ITN. Elle se rendra pendant six mois en Inde en compagnie de sa grand-mère. C?est alors qu?elle prend de l?emploi à la BBC. Cette institution est l?une des plus respectée à travers le monde pour la rigueur de son information.

Interview réalisée par Audrey KELLY-MARTIAL

Publicité