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« Il y a beaucoup d?incompréhension au sujet de ma mutation »
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« Il y a beaucoup d?incompréhension au sujet de ma mutation »
Vous avez déclaré sur les ondes d?une radio privée que dans les régions rurales on n?avait pas encore assimilé l?idée d?un Premier non-hindou. Pouvez-vous m?expliquer votre pensée ?
J?ai dit sur les ondes d?une radio privée que c?est un fait nouveau que d?avoir un Premier ministre non-hindou à Maurice. On a besoin d?une période d?ajustement.
Et selon vous cette période n?est pas encore passée ?
Cela ne fait que quatre mois que nous avons un Premier ministre non-hindou. Et cela depuis l?Indépendance, après deux générations. C?est un fait et il faut le reconnaître.
Pensez-vous que cet élément a joué lors de l?élection partielle à Piton-Rivière-du-Rempart ?
Il y a eu une campagne menée par le Parti travailliste contre la couleur de l?épiderme du Premier ministre. Je pense que cela a exacerbé le climat électoral. Il y a également d?autres raisons pour expliquer la défaite du candidat de l?Alliance Mouvement socialiste militant-Mouvement militant mauricien (MSM-MMM).
Là, vous allez me sortir les trois raisons officielles avancées par la direction de votre parti...
Je ne sais quelles sont ces trois autres raisons, mais je pense que le changement de candidat a été un coup dur pour la campagne. Lorsqu?on change de candidat en pleine campagne cela met des doutes dans l?esprit des gens.
à votre avis, la personnalité de Paul Bérenger a-t-elle compté dans les décisions de vote ?
Au sein d?une certaine section de l?électorat, la personnalité de Paul Bérenger a certainement joué dans les décisions de vote. Mais il y a plusieurs autres facteurs.
Comme la rencontre entre le Premier ministre et Cehl Meeah, le leader du Hizbullah...
C?est aussi un facteur qui a compté dans la défaite.
Après le remaniement ministériel, on a entendu beaucoup de commentaires, comme par exemple qu?il y avait une atmosphère de fin de règne ou qu?il y avait un mécontentement au sein de la communauté majoritaire. Partagez-vous ces opinions ?
Il faut voir ce remaniement dans un contexte chronologique. Juste avant, il y avait la campagne électorale pour la partielle à Piton-Rivière- du-Rempart. Qu?on le veuille ou non, une campagne électorale décide de plusieurs choses, comme par exemple le positionnement des gens. Cela crée un climat dans le pays. Si l?Alliance MSM-MMM avait remporté les élections, probablement le remaniement aurait été perçu autrement. A mon avis la défaite au n° 7 est venue compliquer les choses. Elle a donné au remaniement une coloration. L?exercice est perçu comme coloré à cause de la défaite au n° 7.
<B> à lire vos propos après le remaniement ministériel on pourrait déduire que vous vivez votre départ du ministère des Affaires étrangères comme une injustice. Est-ce le cas ?
J?ai toujours dit que c?est la prérogative du Premier ministre d?effectuer un remaniement ministériel. Il le fait comme il le souhaite, et dans ce contexte, je n?ai rien à dire à ce sujet.
En revanche, les gens viennent me raconter qu?ils ne comprennent pas trop pourquoi j?ai été muté.
Qu?est-ce qu?ils avancent comme argument ?
Je ne sais pas, je n?ai pas voulu approfondir les choses avec ces personnes pour connaître les raisons de leur interrogation. Mais je sens qu?il y a beaucoup d?incompréhension au sujet de ma mutation. Et ce sentiment n?est pas présent seulement au sein de la communauté hindoue.
Mais selon vous, quelles sont les raisons qui ont pu motiver votre départ du ministère des Affaires étrangères ?
Il y a deux possibilités. Soit j?ai été un fiasco comme ministre, soit il fallait faire de la place pour quelqu?un d?autre.
<B> Vous avez beaucoup travaillé sur l?organisation de la Conférence des Nations unies sur les Petits états insulaires et le sommet de la SADC à Maurice. Comment voyez-vous les choses, maintenant que vous n?êtes plus aux Affaires étrangères ?
Je dois dire que des amis ministres des Affaires étrangères des pays africains m?ont exprimé leur choc en apprenant ma mutation. Je pense que cela a aussi surpris les organisations régionales.
<B> Quelle est votre position par rapport à l?introduction d?une dose de proportionnelle dans le système électoral ?
L?affaire n?est même pas venue sur le tapis. On n?a pas encore reçu le rapport du Select committee. Je crois qu?il faut attendre les recommandations du comité et voir comment elles cadrent avec le système en place. Mais le MSM a toujours dit que, quelle que soit la forme de la proportionnelle, il ne faut pas que les résultats obtenus d?après le système First past the post soient bouleversés.
<B> Ce sont les résultats des élections régionales à Rodrigues qui ont amené le MSM à adopter cette position ?
Après avoir vu comment la proportionnelle a joué à Rodrigues, nous pensons qu?il ne faut pas que la volonté populaire exprimée par le système First past the post soit affectée par la proportionnelle.
<B> Comment sont les relations MSM-MMM ?
Vendredi nous avons eu un Conseil des ministres où l?ambiance était correcte. Le 25 janvier nous aurons une brainstorming session avec tous les membres de l?alliance MSM-MMM. Ce sera l?occasion de se rencontrer hors-bureau et de se dire des choses en toute amitié.
Donc, vous me dites qu?il n?y a aucune divergence entre les partenaires et que c?est l?unanimité totale entre eux...
Il ne faut pas dramatiser les choses. Même entre époux il y a des divergences. Sûrement, il y aura des différences d?appréciation entre les partenaires de l?alliance gouvernementale. Mais ce qui compte, c?est qu?après une discussion franche et parfois très dure, l?on arrive à une décision. Elle devient alors la décision du gouvernement et tout le monde la défend.
<B> Cette unanimité affichée n?est-elle pas de mise parce que les partenaires n?ont pas d?autres options et que le MSM ne peut envisager d?aller seul aux élections ?
La question ne se pose même pas. Le MSM est un parti qui tient parole. Nous avons encore deux ans et nous terminerons notre mandat.
Vous avez été, avec Ivan Collendaveloo, parmi les critiques les plus féroces de l?Independent Commission against Corruption. (Icac). Comment réagissez au déballage qui affecte cette institution ?
Une précision, Ivan Collendavelloo et moi, nous ne sommes pas contre l?Icac car nous étions membres du Select Committee qui avait préparé le projet de loi sur l?Icac. Je ne suis pas contre l?institution qu?est l?Icac, mais je n?étais pas d?accord avec la façon de faire de son personnel.
<B> Ne pensez-vous pas que les commissaires devraient s?en aller après tout ce qui a été dit sur la gestion de l?Icac ?
Le remplacement des commissaires relèvent de la prérogative de l?Appointments Committee. C?est aux membres de ce comité de décider s?il faut changer la direction de la commission.
L?Icac a fait beaucoup de tort au pays, dit le Premier ministre. Partagez-vous cette opinion ?
Je l?ai dit bien avant le Premier ministre. J?avais dit que l?Icac faisait du tort en raison de la surmédiatisation des enquêtes. Là, je vois que l?Icac a été secouée et elle commence à envoyer des dossiers au Director of Public Prosecutions (DPP). L?Icac se refait une virginité.
<B> Donc, il faut maintenir les commissaires à leurs places...
Attendons voir ce que le DPP fera avec les enquêtes. S?il trouve qu?il y a matière à poursuite, il enverra les affaires devant les tribunaux. Moi, je crois dans les institutions. Elles sont capitales pour la bonne marche de la démocratie. Les hommes passent et les institutions restent. Il ne faut rien faire pour empoisonner les institutions.
« Au sein d?une certaine section de l?électorat, la personnalité de Paul Bérenger a certainement joué dans les décisions de vote. »
Propos recueillis par Jérôme BOULLE
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