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« Il faut reconstruire sa vie tous les jours »

18 septembre 2004, 20:00

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« Quand les mots deviennent des signes ». Comment peut-on qualifier votre ouvrage ? Est-ce une autobiographie, un monologue intérieur, une lettre ouverte, un roman?

Dans la forme, ça ressemble à une lettre, à une conversation entre deux personnes. C?est vrai qu?il y a une part d?autobiographie, car de toute façon on se fonde toujours sur une part de vécu. Je dis « je » tout au long et je m?adresse à un « tu » qui est en fait mon fils, Ludovic. Ce sont des souvenirs sur lesquels je reviens à partir d?une conversation qu?on a eue lui et moi l?année dernière dans un train. J?étais tellement surprise et heureuse de ce qu?il m?a dit, que je me suis retrouvée à faire un voyage dans le temps. J?ai eu envie de lui confier des choses que je ne pouvais pas exprimer autrement qu?à travers l?écriture. De toute façon je n?aurais pas pu lui dire ces choses en face. Il y a toujours une certaine pudeur quand on est l?un en face de l?autre. D?un autre côté, il n?y a pas que lui qui m?ait inspiré. Je rencontre beaucoup de jeunes qui se posent des questions sur eux et sur la vie. Mon roman traite d?une histoire universelle. C?est pourquoi je l?ai dédié « à Ludovic et à tous les autres ».

S?il fallait en résumer le contenu, vous diriez que?

Que tous les jours sont à reconstruire, que les parents font souvent des projections sur ce qu?ils voudraient que leurs enfants soient plus tard, et ce n?est pas très honnête. J?essaie de partager une expérience, non pas que je croie détenir toutes les vérités, mais dire aux parents qu?ils sont là pour mettre les paramètres et apprendre à leurs enfants à se réaliser. Pour le reste il faut les laisser s?exprimer, trouver leur chemin. Vous savez, on prend la mesure de tout ça bien après. On se dit alors qu?on aurait dû faire ceci ou cela. Dans ce livre, je parle aussi d?une déchirure, d?un départ. On se rend compte que le temps qu?on passe avec nos enfants est court. Lorsqu?ils vous quittent pour aller étudier, il y a quelque chose qui s?arrête. Lorsque l?enfant devient un adulte, c?est comme une deuxième séparation. C?est normal c?est le cycle de la vie. On ne fait pas les enfants pour nous. Le bouquin est un amalgame de tout ça.

Vous mentionnez à un certain moment que l?écriture est une thérapie. Est-ce que ça soulage vraiment ?

L?écriture permet de puiser au fond de soi-même. C?est un moment où on ne peut qu?être vrai avec soi. Mettre sur papier ses souffrances et ses joies, c?est accepter de se regarder. Écrire c?est mon sport, mon yoga.

Pourquoi ce titre, pourquoi associer les mots aux signes ?

Quand on se retrouve devant la fin d?une vie, on se rend compte du nombre de mots que l?on n?a pas dit. La mort de mon père a été un grand signe pour moi. Je ne souhaiterais pas avoir un jour des regrets parce que j?aurais dû ou j?aurais pu, ou parce que je n?ai pas dit ce qui pouvait être dit. C?est quelque part un des fondements de mon livre. Je veux dire par exemple aux gens que j?estime que je les aime de mon vivant. Je suis très intuitive de nature. Je fonctionne beaucoup à l?intuition et à l?émotion. J?ai voulu à travers des mots donner des signes. Aux lecteurs maintenant d?interpréter.

Vous élaborez quand même une morale à travers votre roman : refus du racisme, réaffirmation de la liberté?

Je dirai qu?il y a une part de philosophie dans mon écriture. Ainsi, si vos parents sont divorcés, ce n?est pas une finalité, vous pouvez toujours être quelqu?un. Il y a une part de nous dans tous les problèmes que nous rencontrons et la solution doit forcément venir de nous-même. J?essaye de faire comprendre que la communication n?est souvent pas bonne au départ, qu?on vivrait mieux si chacun acceptait la différence de l?autre et essayait d?aller vers autrui. Ce sont les hommes qui font ce pays, chacun de nous a un rôle à jouer dans cette chaîne, il n?y en a pas un qui est plus fort que l?autre. Je crois en l?universalité de l?être. Pour ce qui est du bonheur, ces moments sont des parenthèses dans une vie, ce n?est pas un état permanent. Je peux être heureuse là dans mon jardin à regarder les étoiles, et ensuite avoir à affronter un moment difficile, mais j?aurai quand même eu un moment de bonheur. Il y a des morales certes.

Vous essayez aussi d?apporter une réponse aux soucis de la jeunesse mauricienne ?

C?est vrai qu?avec les jeunes il faut parfois remettre les choses à plat, partir de zéro. Après il faut reconstruire, mais avec eux. Les jeunes sont inventifs et créatifs. Il faut juste s?ouvrir aux autres, écouter, prendre, accueillir. En même temps, dans la vie il ne faut pas trop forcer ou trop attendre. On a tendance dans ce monde à aller trop vite, mais il faut savoir donner le temps à chacun d?aller à son rythme. Les parents ne sont que des garde-fous. On doit parfois dire non aux jeunes, même si ça les révolte. ça m?a frappé quand mon fils nous a dit merci de lui avoir dit non. Dire non c?est leur donner un repère si on explique pourquoi. On a tendance maintenant à être trop permissif parce que le monde est comme ça. Le drame aujourd?hui, c?est que la vie qu?on mène ne pousse pas à poser de vraies questions. Les jeunes paniquent quand ils doivent affronter les examens, décider de leur avenir. C?est souvent à ce moment-là que tout le monde leur demande plus.

En deux mots, quelle est votre philosophie de la vie ?

Il faut reconstruire sa vie tous les jours. Recommencer tous les matins comme si hier n?existait pas, et vivre comme si ça allait finir ce soir.

■ Propos recueillis par Corina JULIE

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