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« Il faut maintenir la vigilance »

6 août 2006, 00:00

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Avec l?hiver, on remarque une certaine baisse de vigilance dans la population par rapport à la lutte contre le chikungunya. Le retour de l?été risque-t-il pas de coïncider avec une flambée de cas ?

Si cette situation perdure, l?été prochain pourrait être beaucoup plus désastreux. Il est impératif que les gens changent de comportement pour éviter une résurgence du chikungunya. Il ne faut pas oublier que la prolifération des moustiques est causée par la dégradation de l?environnement.

Les gens doivent donc continuer à nettoyer leurs cours, à disposer des déchets domestiques convenablement. Mais bien disposer des déchets ne veut en aucun cas dire nettoyer chez soi pour jeter dans le terrain en friche d?à côté, car les moustiques qui y proliféreront ont un rayon d?action de 100 mètres.

Certains disent que le « fogging » a fait plus de mal que de bien?

Le fogging est l?un des moyens de lutte contre le virus dont le taux d?efficacité dépasse les 70 %, selon des tests effectués au laboratoire d?entomologie. À Maurice, la désinsectisation a été effectuée selon des critères bien établis.

Cela va de pair avec l?éducation de la population et le nettoyage de l?environnement immédiat de tout un chacun.

L?hiver n?apporterait donc qu?un répit passager?

Le développement des larves et des nymphes est intimement lié aux conditions climatiques telles que la température et les précipitations. Normalement, en hiver, ces conditions sont peu favorables au développement des moustiques, ce qui diminue le risque d?infection. Mais il n?empêche qu?à la Réunion, on recense toujours beaucoup de cas. De ce fait, si nous ne maintenons pas la vigilance, nous nous retrouverons dans la même situation.

Le danger est-il bien présent ?

Il faut savoir que les larves en incubation ne meurent pas aussi facilement. Quand les conditions climatiques sont peu favorables, les ?ufs restent à l?état de veille durant plusieurs mois (entre 6 à 12) pour éclore lorsque le gîte reçoit de nouveau de l?eau. De plus, selon René Berre, un des pères fondateurs de l?École française d?entomologie médicale de l?Institut de recherche pour le développement, dans le cas de l?Aedes albopictus, l?infection peut se transmettre jusqu?à la cinquième génération. C?est-à-dire que l?arrière-arrière « petite-fille » d?une femelle porteuse du virus n?aura même pas besoin d?avoir piqué un porteur de la maladie pour être contaminée. Elle pourra transmettre le virus dès sa naissance.

D?autre part, les animaux tels que les rongeurs, les chiens, les chats, ou encore les singes peuvent être des réservoirs du virus. D?où mon appel pour maintenir la vigilance et continuer à éliminer les gîtes potentiels sur une base hebdomadaire. C?est, le moyen le plus efficace et le moins cher pour l?éradication et le contrôle du chikungunya sur notre territoire.

Où vit l?« Aedes albopictus » ?

Ses gîtes naturels sont des trous d?arbres, le creux des roches, les tiges de bambous coupées, les amas de feuilles sèches qui retiennent l?eau, et aussi les plantes telles les songes, le ravenal, les bananiers, ou encore les broméliacées qui retiennent l?eau longtemps. Ses gîtes anthropiques (NdlR : animaux/insectes ou des plantes qui vivent dans un milieu fréquenté par l?humain) sont les vases à fleurs et les coupelles, les fûts (drums) les boîtes de conserve, les pots de yaourt ou de glace, les baltis, et d?autres récipients domestiques, de même que les vieux pneus de voitures, les appareils électroménagers, les carcasses de voitures jetées ça et là, etc.

Et combien d??ufs peut pondre un moustique ?

Une seule femelle d?Aedes albopictus peut pondre entre 150 à 400 ?ufs chaque semaine et ce pendant 3 à 5 semaines. Ces ?ufs vont à leur tour générer environ 4 à 5 millions de moustiques en cinq semaines. Et cet insecte est connu pour faire du Bet hedging, c?est-à-dire que tous les ?ufs n?éclosent pas en même temps, pour la survie de l?espèce. Le moustique peut aussi se « ravitailler » en virus 5 à 7 jours après l?apparition des symptômes du chik chez l?humain. Enfin, il a un rayon d?action de 50 à 100 mètres par jour. Dès lors, on se fait piquer par l?Aedes albopictus que l?on a, en quelque sorte, « élevé » près de chez soi.

■ Propos recueillis par B.B.

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