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« Colo avait menacé de faire la peau à mon mari »

2 août 2003, 20:00

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Le soleil ne s?est pas encore levé sur Port-Louis. Ce jeudi, Kamla attend, appuyée contre un pylône électrique. Elle veut voir le visage de Roland Mark, dit Colo, l?homme qui a égorgé son mari, Raju Veeramah, il y a un mois. Après une heure d?attente, des véhicules de la police s?engouffrent dans la rue Sir Seewoosagur Ramgoolam. Des policiers de la brigade anti-émeutes éloignent les proches de la victime et les badauds de l?hôtel Providence où aura lieu la reconstitution du crime.

Encadré par des enquêteurs de la Criminal Investigation de Port-Louis Nord, de la Major Crime Investigation Team, d?un dessinateur et d?un photographe de la police, Roland Mark apparaît. Il montre où il se tenait lorsqu?il a aperçu Raju Veeramah et comment il a tué ce dernier. Kamla enrage :

« Mo bien découragé, eski la police kapav protez ene criminel kumsa? » Elle ne comprend pas la raison du cordon de sécurité. Elle peste contre la version de l?assassin de son mari qui affirme qu?il aurait agi en état de légitime défense. « Li bien menti tou saki line dire. Li dire ki mo mari ti éna zarme are li? Avec éne taille zongle zamé li pou marsé. »

Légitime défense

Kamla démonte les affirmations de l?accusé en arguant : « Si Raju l?avait menacé de mort, comment se fait-il qu?il soit venu à l?endroit où il avait le plus de chances de le rencontrer ? S?il avait effectivement peur de lui, pourquoi n?a-t-il pas fui en voyant venir son 4 x 4 ? » La veuve a tellement de questions sans réponses qu?elle a retenu les services de deux avocats, Mes Rama Valayden et Satish Faugoo, pour voir plus clair dans cette affaire.

De son côté, Roland Mark est défendu par Mes Siddhartha Hawoldar et Joy Beeharry. Mais Kamla ne veut pas que l?assassin de son mari s?en tire avec l?argument de légitime défense. Elle clame que Roland Mark avait menacé son mari de mort trois semaines avant qu?il ne l?égorge. « Raju a eu des problèmes avec Colo à cause d?une femme malgache. Colo l?avait contacté pour qu?il loue une chambre de notre pensionnat de la rue Calicut à une de ses amies de la Grande île. Mon mari a accepté. Quelques jours après, des clients ont alerté mon mari en lui disant que cette femme se prostituait. »

Raju est donc allé sur place et a effectivement surpris un homme dans la salle de bains de la belle. Il a alors porté plainte contre elle pour prostitution. Mis au courant par la Malgache, Roland est alors entré dans une colère noire et a saccagé les toilettes et la salle de bains d?une des chambres de la pension de famille. C?est par la suite que Raju a appris que la femme était en fait la compagne de Roland. Il le contacte alors sur son portable, lui dit qu?il aurait dû le tabasser au lieu de s?en prendre aux lavabos et aux WC du pensionnat.

« Raju tine rakonte mwa seki fine passé. Line dire mwa line dire li vine batte mwa. Mais lot la ine dire mo pou pique twa, mwa mo péna responsabilité, kant mem mo alle dan prison mo bien ferfoot? », s?insurge Kamla. Le 25 juin, Raju quitte donc le domicile de ses parents de la rue Calicut, tard dans la nuit, pour acheter du pain comme à l?accoutumée à Plaine-Verte. Comme il n?y a pas de pain chez Pakistan et Bismillah, il va à l?hôtel Providence. Assis devant l?hôtel, Roland le voit arriver.

La folle cavale

Une violente dispute éclate et Roland lui assène un coup à l?abdomen avant de le frapper de nouveau lorsqu?il tente de remonter dans son véhicule. Le coup sectionne la carotide et le larynx. Raju meurt quelques instants plus tard. Le crime commis, Roland s?enfuit. En traversant l?esplanade de Marie- Reine-de-la-Paix, il se débarrasse de l?arme du crime. Le lendemain, il achète un billet d?avion, s?embarque pour la Réunion et rallie Madagas-car dans l?espoir que des amis vont le cacher. C?est d?ailleurs en visitant ce pays qu?il a rencontré Raju. Ce dernier, qui avait deux boutiques d?artisanat à Grand-Baie et à Pereybère, y allait pour s?approvisionner.

Mais la folle cavale se termine lorsque la brigade criminelle d?Antananarivo lui met la main au collet. Retour donc à la case départ où il doit répondre de ses actes. Son escapade malgache fait déjà de lui un homme connu. Il est un des rares suspects capturés après s?être enfui à l?étranger. Mais certains le prennent aussi pour ce qu?il n?est pas. « Li mem ki Marc Ravalomanane ? », se demandait un habitant de Harbour View à Port-Louis lorsque la reconstitution du crime se déroulait à Marie-Reine-de-la-Paix?

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