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« Bush ne peut pas avoir tout raté »
Qui sera le nouveau président des États-Unis ?
À ce stade, tous les indicateurs se prononcent en faveur du tenant en titre. La joute se disputera surtout en Floride et dans la région Nord de l?Ohio et de Pennsylvanie. Les derniers sondages donnent Bush gagnant en Floride. On est encore à six jours des élections. Tout peut basculer. Mais je pense que le vote populaire ira au candidat Bush.
Le président George Bush a soutenu Israël, ou plutôt son Premier ministre Ariel Sharon, sans discriminer. Comment risque-t-il d?être jugé par ses concitoyens sur ce dossier ?
Le conflit israëlo-palestinien est de nature religieuse. Comment le résoudre ? Bush, pas plus que ses prédécesseurs, n?est près de trouver la solution. Mais le lobby juif reste très puissant. Les Américains sont mus par l?Évangile qui dit que Dieu sera l?ennemi des ennemis d?Israël. Encore que les chrétiens conservateurs et sensibles à cet argument ne constituent pas plus de 15 % des électeurs.
Pourquoi alors le président Bush sent-il le besoin de sans cesse mettre sa foi en avant ?
En général, l?Américain adhère aux valeurs bibliques de soutien aux plus faibles. Bush est protestant, mais chrétien de c?ur, selon ses propres dires. Je pense qu?il fait exprès de mettre l?accent sur ces valeurs catholiques dans le but de gagner la frange catholique conservatrice.
L?intervention armée en Irak a été interprétée par beaucoup comme une guerre sainte. Le pensez-vous aussi ?
Cette perception n?est pas fondée. Je vous rappelle qu?au début, l?intervention américaine a été accueillie et applaudie par le monde musulman, y compris les Irakiens.
Ce serait donc le pétrole ?
Le président Bush vient du milieu pétrolier et c?est facile de penser qu?il a voulu ouvrir des opportunités de business à ses amis. Mais pensez -vous qu?un président enverrait ses soldats au front uniquement pour permettre à ses copains de se faire un peu de blé ? Je pense que Bush a plus de caractère que ça. Je ne pense pas que tout ce qu?il dit à propos de sa foi est une charade.
Vous êtes de ceux qui croient que l?Irak était une menace à la sécurité des États-Unis. On n?y a pourtant trouvé aucune arme de destruction massive.
L?explication tient néanmoins. Saddam Hussein avait sciemment créé la perception qu?il est une menace. On se souviendra de son comportement relatif aux inspecteurs des Nations unies. Il faut comprendre que l?attentat du 11 septembre avait changé le contexte.
Les Américains ne se sentent plus en sécurité chez eux ?
Les Américains se sentent vulnérables. À chaque fois qu?ils prennent l?avion, on leur rappelle qu?ils ne sont pas en sécurité? Ceux qui vivent dans les mégapoles le ressentent le plus. Son premier réflexe, comme de tout homme j?imagine, est de protéger sa famille.
N?est-ce pas précisément sur cette peur-là que joue Bush ? Sa guerre contre le terrorisme n?a réussi qu?à attirer davantage l?attention terroriste sur son pays?
Par cette guerre, Bush a fait un strong statement. Il a fait comprendre qu?il ne va pas se croiser les bras et attendre que les terroristes attaquent les États-Unis. S?il ne l?avait pas fait, il y aurait eu davantage d?attentats soutenus par des États étrangers contre nous. Depuis la déclaration de cette guerre, plusieurs groupes terroristes se sont rendus. Pour le reste, à chaque fois qu?un pays va en guerre, il se fait de nouveaux ennemis.
L?administration Bush s?enlise en Irak. Comment s?en sortira-t-elle ?
Il lui faudra mettre fin à la guerre et y installer un gouvernement démocratiquement élu. Cela ne semble pas si évident. Les partis d?opposition irakiens semblent ne pas vouloir de la démocratie. Mais à ce stade, ce qui importe pour Bush, c?est que la première élection démocratique ait lieu en janvier. Cela assurera une sortie honorable aux troupes américaines. Sinon, le président va prendre du plomb dans l?aile, vu que Saddam Hussein ne s?est pas avéré être la menace qu?on pensait?
La position démocrate sur la guerre d?Irak n?est donc que démagogie ?
La décision d?intervenir en Irak était bipartisane. Elle a été approuvée par le Congrès qui est composé presque équitablement de Démocrates et de Républicains. Tous avaient accès aux mêmes informations que le président Bush au moment de décider.
Pour la première fois depuis septembre 2001, les Américains ont l?occasion de dire leur mot au sujet de la guerre d?Irak. Vont-ils l?approuver ?
Cette guerre est un enjeu très important. Bush se donne l?image d?un commandant intraitable. Je pense que cette image-là plaît plus que jamais aux Américains depuis Vietnam.
Y aurait-il brèche dans le légendaire patriotisme américain ?
La nation américaine est derrière son armée, ne vous méprenez pas. Mais cet élan est un peu freiné pour le moment à cause du contexte électoral. John Kerry se voit contraint de s?opposer à son adversaire républicain sur tout. Personnel-lement, je pense qu?il a tort. Bush ne peut logiquement pas avoir tout raté !
L?image compte beaucoup pour les Américains. Comment vos concitoyens vivent-ils le ressentiment planétaire, exacerbé durant les années Bush, que leur pays inspire ?
Les démocrates ont tendance à accorder plus d?attention à l?image nationale que les républicains. Le commun des Américains, lui, je pense qu?il s?en moque.
Les Américains s?identifient-ils encore à leur rôle de superflic planétaire ?
Nous sentons qu?il est de notre devoir de soulager les populations opprimées en les débarrassant des tyrans. Nous en avons la capacité. Nous sommes la seule superpuissance mondiale.
Pourquoi alors faire une discrimination dans vos choix ? Pourquoi l?Irak et pas le Soudan ?
Peut-être parce qu?il nous est difficile d?imaginer l?issue d?une intervention au Soudan ou dans d?autres pays africains. En Irak, nous pensons maîtriser le résultat. Il y a une équipe qui croit en la démocratie pour remplacer le régime d?Hussein. En Afrique, cette capacité de relève n?est pas visible. Aussi, l?Afrique est absente des médias américains dominants. Et puis, peut-être aussi qu?au bout du compte, les gens n?ont pas tort de dire que c?est l?économie qui motive les États-Unis. Le Moyen-Orient est d?importance stratégique à cause de son pétrole.
Les quatre années Bush ont semé l?insécurité dans le monde. Les choses seraient-elles différentes si Kerry devenait président des États-Unis ?
Les Démocrates réconcilieraient peut-être les États-Unis avec les autres pays. Mais en ce qui concerne le conflit irakien, je ne pense pas que Kerry aurait plus de champs de man?uvre que Bush. Il devra lui aussi assurer la transition paisible vers la démocratie. Sinon, l?Irak souffrira et les États-Unis perdront la face.
En parlant du pouvoir des médias aux États-Unis, ceux-ci se débrident et se font plus partisans que jamais?
Aux États-Unis plus qu?ailleurs, les médias dictent l?agenda du citoyen. Ils décident de ce qui est important et de ce qui ne l?est pas. Pour cette élection, ils ont décidé que la guerre est un enjeu. On ne parle pas de questions comme la criminalité, la drogue et l?éducation qui avaient été au premier plan en 2000. Ces derniers jours, les médias ont, à plusieurs reprises, fait preuve d?un sens douteux du timing pour certains articles. Une presse engagée ? Je n?ai rien contre aussi longtemps que le public sait.
La guerre a donc pris préséance sur l?économie ?
L?économie reste un enjeu important. La performance de Bush a été très moyenne sur ce plan. Kerry pourrait en profiter. Il promet de protéger l?emploi des Américains. Il n?encouragerait pas la sous-traitance en Asie où la main-d??uvre est compétitive. Mais pourra-t-il contrôler la dynamique du marché du travail ? Le chômage est de l?ordre de 6 % aux États-Unis. Un taux enviable pour beaucoup mais insatisfaisant pour les Américains. Environ un électeur sur cinq est aujourd?hui influencé par le critère de la sécurité d?emploi.
Qu?est-ce qui préoccupe le citoyen et l?électeur Perry ?
L?esprit américain, c?est avant tout d?avoir le sens des valeurs humaines ainsi qu?une culture du travail. Je sens que mon pays est en train de perdre son caractère.
À lequel des deux candidats vous identifiez-vous le plus ?
Au candidat Bush.
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