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« Ailleurs, on est avant tout Mauricien »

17 juin 2006, 20:00

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<B>Depuis quelque temps déjà une sémillante Mauricienne avec des bigoudis dans les cheveux nous exhorte à nous inscrire à un symposium. Que nous veut-elle vraiment ?</B>

Nous traversons un moment assez critique au niveau économique. Il y a un défi lancé à tous les Mauriciens et nous devons le relever pour notre propre survie. Ce n’est plus nécessairement le travail du gouvernement et du secteur privé, mais tout le monde est concerné. Nous avons trop longtemps compté sur l’industrie sucrière, le textile et l’hôtellerie.

Avec la mondialisation, il y a une compétition féroce et Maurice ne peut plus parier uniquement sur la force classique de l’économie. Il faut chercher d’autres paradigmes. C’est pour cela que nous devons envisager la participation des compatriotes qui ont quitté le pays.

La Mauricienne aux bigoudis lance un appel à la population pour qu’elle soit sensibilisée à ce problème pour que Maurice puisse tenir sur ses propres jambes sans qu’elle ne soit kidnappée par la Banque mondiale. Trop souvent, il se passe des choses et la population est tenue à l’écart. Je veux qu’elle fasse partie intégrante de cet événement. Cette campagne de publicité vise aussi les Mauriciens d’ici afin qu’ils fassent parvenir l’information aux parents qui habitent à l’étranger.

Le premier objectif du symposium est de permettre aux Mauriciens qui ont quitté l’île de renouer avec la mère-patrie. Qu’ils viennent se ressourcer, mais qu’ils n’oublient pas que la patrie a besoin d’eux. La majorité des participants seront de la diaspora. Mais sur les 500 personnes attendues à l’auditorium Octave Wiehé, je souhaite qu’il y ait 30 % des Mauriciens qui vivent au pays. Ce qui importe, c’est l’interaction entre ceux qui sont partis et ceux qui sont restés.

<B>Est-ce à la demande du plus grand nombre ou est-ce une initiative personnelle d’organiser ce symposium sur la diaspora mauricienne ?</B>

Cela a commencé par un rêve. Et je me suis dit que quand on rêve seul, c’est une utopie et quand on rêve à deux, c’est déjà le début de la réalité. Chaque année, nous mettons en place un grand rassemblement à Marie Reine de la Paix. Comme je voyage beaucoup en Europe, au Canada et en Australie, j’ai pu constater la réaction extraordinaire des Mauriciens qui vivent là-bas. J’ai pensé qu’il serait trop réducteur de renfermer et de limiter ce rassemblement dans un contexte catholique.

Il gagnerait en valeur, en intégrité et en soutien si on l’ouvrait davantage. L’événe-ment a perdu toute connotation religieuse pour devenir national. Ainsi, il y aura l’intervention de l’ancien président de la République Cassam Uteem, de Sheila Bunwaree et de Sooraya Gayan, entre autres personnalités.

<B>Mais peut-on vraiment parler d’une diaspora mauricienne comme on parlerait de diaspora juive ou arménienne ?</B>

Je pense que oui, puisque beaucoup de Mauriciens ont fait l’expérience de la souffrance de l’exil, surtout ceux qui sont partis juste avant l’indépendance. Certes, il n’y a pas eu d’oppression pour les forcer à partir. Les gens se sont forcés eux-mêmes par crainte, paradoxalement, de perdre leur identité, par peur que l’économie ne s’effondre ou parce qu’ils pensaient ne plus pouvoir conserver leur liberté.

Il y aurait cependant danger si on fait la distinction entre une diaspora créole, indienne ou chinoise. Il faut parler en termes de diaspora mauricienne, en préservant l’idée de kaléidoscope. Les barrières artificielles qu’on a établies ici n’existent plus quand on habite à l’étranger. Ailleurs, on est avant tout Mauricien.

<B>Avez-vous le chiffre de nos compatriotes qui vivent hors de Maurice ?</B>

En demeurant très restrictif, j’avancerai un nombre comme 300 000. Mais j’ai bien peur d’être en deçà vu qu’il s’avère très difficile de comptabiliser. Il faudrait contacter tous les consulats et ambassades et cela n’a jamais été fait. C’est l’occasion de le faire pendant ce symposium. Ces expatriés ont toutes les capacités et tous les talents pour faire tourner l’île, mais le problème c’est qu’ils sont ailleurs. On ne leur demande pas d’apporter simplement une contribution financière pour se donner bonne conscience. L’île a besoin de ressources humaines pour devenir une plateforme économique, le tigre de l’océan Indien afin de pouvoir s’aligner un jour sur Singapour.

<I>« L’île a besoin de ressources humaines pour devenir le tigre de l’océan Indien… »</I>

<B>Peu importe où nous sommes, est-ce que nos racines finissent toujours par remonter à la surface ?</B>

Définitivement. Laissez-moi vous répondre par le couplet d’une chanson que j’ai écrite pour l’occasion. « Mem nou ere dan nou pei adopsion, mem si nou viv dan enn meyer sitiasion, me nou leker pa indiferan, dan nou la kuizinn souvan to prezan, mama Moris nou fier nou to zanfan. Azordi zour nou retourn ver nou lasours, les nou rasinn file kou-ma enn pie lafours, kan nou travay dan linite, pa get relizion ni kominote. Mama Moris nouvo rasinn miltipliye. »

<B>Dans les grandes lignes, autour de quoi sera construit ce symposium ?</B>

Les grands thèmes abordés seront « Tous issus de la diaspora, D’où venons-nous ? Où allons-nous ? « La saga des départs », « Rêver l’avenir de notre pays : perspectives économiques, humaines et sociales », « Se déraciner… s’enraciner. Loyautés multiples, cœurs partagés » avec de nombreux intervenants de qualité.

<B>Pensez-vous qu’il puisse exister un lien indéfectible d’appartenance et d’unité quand des Mauriciens évoluent loin de la mère-patrie et que très souvent on leur demande de s’intégrer aux pays qui les accueillent ?</B>

On s’intègre à la culture d’un autre pays mais on n’est pas totalement assimilé. Il est important que j’apprenne la culture australienne, française ou italienne, la langue, les mœurs et les coutumes pour pouvoir survivre. Mais en même temps, il est primordial que j’aie une identité culturelle propre pour que ma contribution soit une richesse pour les autres.

La seule chose qui me fait Australien, Français ou autre, c’est le passeport. Cultu-rellement, je suis un Mauricien qui a pu s’adapter et adopter un mode de vie qui me permet de vivre bien dans mon pays d’adoption. Il faut nous départir du melting-pot. Je préfère l’idée de la salade de fruits plutôt que de la confiture de fruits, parce que dans la salade le fruit, on a la possibilité de garder son individualité.

<I> Propos recueillis </I> <B>par Premila DOSORUTH</B>

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