Quand la «suspension» devient une aubaine

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Le comportement délictueux des employés de l’Etat, des policiers surtout, devrait interpeller tous les partis politiques et les syndicats du pays. Car la violation de la loi par ceux payés pour assurer l’ordre et la paix et le bon fonctionnement des institutions représente une menace à long terme à la cohésion même de la société mauricienne.

Quand on apprend qu’un gardien du Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) a volé des plants de cannabis faisant l’objet de recherches scientifiques pour les vendre à Rs 1 500, on comprend qu’un sérieux mal ronge la société. C’était un lieu hautement sécurisé mais il a suffi de n’exhiber que Rs 1 500 pour amener un responsable de la sécurité travaillant pour une firme privée à agir contre les intérêts de son employeur au point de mettre en péril son job même.

Mais on a connu pire cas que cela. Il existe une unité spéciale et privilégiée dont fait partie la crème de la crème de la force policière. Il s’agit de la Very Important Person Security Unit (VIPSU) qui assure la sécurité du président, du Premier ministre et des ministres. Pourtant, un membre de cette unité a été suspendu pour délit de drogue. Si on est incapable de faire fonctionner une VIPSU 100% clean, qu’attendre d’un gardien de 25 ans au centre de FAREI au Réduit ?

D’après une réponse fournie par le ministre de la Fonction publique suite à une interpellation du député PMSD Patrice Armance, de 2010 à fin août 2022, on comptait 595 cas de suspension dans la fonction publique. Durant la même période, Rs 409,7 millions ont été déboursées comme salaires pour ces fonctionnaires interdits de fonction après avoir commis un délit.

Un fonctionnaire suspendu continue de toucher son salaire normal sans heures supplémentaires, évidemment. Les autorités légales concernées ont conseillé au gouvernement de continuer d’assurer le paiement des salaires aux suspendus car ils restent «innocents» tant qu’un tribunal ne leur a pas infligé une condamnation quelconque. Ce qui fait qu’une suspension pourrait représenter une véritable aubaine pour nombre de ces fonctionnaires en délicatesse. Tout en touchant leur salaire, ils se lancent dans des affaires, petites et grandes. Plus facilement, on devient contracteur de transport pour écoliers, ouvriers ou employés d’hôtel.

Plus une enquête tarde à aboutir, plus une affaire tarde à connaître son dénouement en cour, plus est heureux le fonctionnaire suspendu. Il a intérêt d’ailleurs à faire traîner l’enquête ou trouver des astuces pour faire renvoyer le procès à plusieurs reprises en cour.

La nonchalance institutionnelle qui suit une suspension ne dérange nullement les chefs hiérarchiques des institutions publiques de même que les hommes politiques qui doivent rendre des comptes au Parlement. Le mantra qui explique tout : «l’enquête continue» ou «l’affaire est en cour». Seul le directeur de l’Audit se soucie, année après année, de ce dysfonctionnement institutionnel qui coûte tellement cher aux contribuables mauriciens.

Au train où des membres de la force policière accumulent régulièrement des délits, les contribuables auront à assurer les salaires d’une armée grandissante de «suspendus».

Quoi qu’il en soit, pour toute la classe politique, la fonction publique jouit certainement du statut de vache sacrée. Qui osera secouer ce corps qui comprend des milliers de fonctionnaires gratte-papier, de policiers et d’employés des corps para-étatiques et des administrations régionales ?

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