Demain les cryptos

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Ce qui est intéressant avec les cryptomonnaies, c’est qu’elles ne projettent pas l’image mentale que les gens ont de la monnaie. Ils n’ont plus besoin de banquiers pour garder leur argent, qu’ils peuvent utiliser à l’abri du regard inquisiteur de l’État confiscatoire, comme l’aiment si bien les libertariens. Les cryptos, ces monnaies virtuelles telles que le bitcoin, enregistrent leurs transactions sur une chaîne de blocs (blockchain), un système privé et sécurisé qui assure la confidentialité des transactions. Mieux, des organisations autonomes décentralisées (DAO) intègrent des incitations dans des codes de programmation pour frapper des «cryptomonnaies stables» (stablecoins), aussi appelées jetons indexés, en vue de garantir la stabilité de leur pouvoir d’achat.

Alors que les cryptos privées fonctionnent de façon décentralisée et anonyme, une monnaie numérique émise par une banque centrale est administrée sur un registre centralisé qui supprime tout anonymat. Une cryptomonnaie publique a pour objectif inavouable d’éliminer le cash en circulation, du moins de limiter les retraits d’argent en cas de panique bancaire, et d’exposer tous les paiements à la vue des autorités. Le yuan numérique est un outil supplémentaire aux mains du gouvernement de la Chine pour surveiller sa population.

L’effondrement de FTX, la troisième plateforme d’échange de cryptomonnaie dans le monde, vient conforter l’idée, pernicieuse pour la liberté individuelle, que toutes les monnaies devraient être sous le contrôle des banques centrales, donc sous le monopole du gouvernement. Or le problème n’est pas le jeton de FTX, mais le mode de fonctionnement du système des cryptos : c’est un petit monde fermé dont les acteurs se vendent les jetons entre eux pour en faire grimper la valeur, et ils les utilisent à la fois pour investir et pour consommer. Le comble, c’est que FTX agit presque comme une banque, se servant des «dépôts» de leurs clients pour faire des investissements spéculatifs via sa société commerciale Alameda.

On voit là tout le caractère artificiel d’une création monétaire similaire à celle du système bancaire de réserve fractionnaire. Encouragée par les politiques d’argent facile et de déversement de liquidités, qui attisent une quête désespérée de rendement, elle débouche sur un éclatement de la bulle spéculative avec la remontée du taux d’intérêt et la chute de la base monétaire – deux conditions qui sont maintenant présentes à Maurice aussi. La valeur des cryptos tombe en conséquence, à l’instar des prix des actifs.

Les cryptos à effet de levier subissent le même sort que les prêts hypothécaires à risque élevé.

La crypto est ainsi vue comme un produit financier spéculatif, rappelant les folies spéculatives des bulbes de tulipes dans la Hollande de 1633-1637, et celles de la bulle des mers du Sud dans l’Angleterre de 1720. Comme les cryptos relèvent de la spéculation, n’étant pas productrices de valeurs durables, il convient de les appeler des cryptoactifs plutôt que des cryptomonnaies. D’autant qu’elles exercent essentiellement la fonction de réserve de valeur, et non celle de moyen d’échange.

Les passionnés des cryptos ont une grande appréciation de l’école autrichienne d’économie, car ses représentants font ressortir les mérites de la production privée de monnaie et de la concurrence monétaire. Or, dans la tradition de Carl Menger, ils ont toujours insisté que la monnaie est par essence un «medium of exchange». Ceux qui disent plutôt que la monnaie est fondamentalement «a store of value» arguent qu’une monnaie marchandise doit d’abord transmettre de la valeur dans le temps avant de pouvoir être utilisée en tant que moyen d’échange, et finalement établie comme une unité de compte.

C’est là ignorer la nature subjective de la valeur. Celle-ci n’est pas intrinsèque à un bien, mais elle est toujours relative à l’individu qui agit, et à ses choix potentiels. Un objet est valorisé soit pour son utilité, soit comme un instrument de paiement. Il peut être conservé physiquement, mais pas sa valeur, laquelle joue un rôle central dans la formation des prix. La valeur et les prix ne restent jamais stables ou croissants.

À l’origine, l’objet qui a émergé comme monnaie n’est pas celui ayant la meilleure réserve de valeur, mais celui qui fut le plus demandé, le plus échangeable, de par sa divisibilité, sa durabilité et sa portabilité – des qualités qui ont fait des métaux précieux devenir des monnaies. C’est une caractéristique fortuite que ces métaux furent aussi une bonne réserve de valeur, mais elle n’était pas essentielle à leur fonction monétaire, celle de moyen d’échange.

C’est demain, lorsqu’elle sera généralement reconnue et couramment utilisée, que la crypto deviendra une monnaie. Entre-temps, grâce à elle, ses détenteurs survivront à des événements extrêmes, telle une faillite de banque. Exemple d’une innovation de rupture, la crypto a besoin de se développer en toute liberté afin de donner ses meilleurs fruits.

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