Ni Phoenix ni Manhattan

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Le bel optimisme affiché par le ministre des Finances, selon lequel l’économie, tel le phénix (ou la ville de Phoenix), serait en train de renaître de ses cendres, ne cesse de provoquer des commentaires contraires. Si Renganaden Padayachy se doit de montrer quelques signes de progrès qui indiqueraient une reprise de la croissance, qu’il prévoit à 7,2 %, ne devrait-il pas commencer par enlever ses lunettes roses et reconnaître nos errements et nos difficultés ?

La pandémie nous a mis à genoux et nous sommes toujours dans une laborieuse phase de rebond. Pour sortir du gouffre, le gouvernement a dépensé pas mal d’argent qu’il n’avait pas. C’était un choix qu’il nous faut assumer. En sauvant des emplois et des entreprises, le gouvernement a empiré l’endettement public à un niveau jamais atteint jusqu’ici. D’autant qu’il lui faut trouver des milliards et des milliards pour renflouer les caisses de la Banque de Maurice (BoM), après s’être servi à hauteur de Rs 158 milliards pour financer l’économie. On ne doit pas oublier que le FMI a clairement prescrit que la BoM se désengage de la Mauritius Investment Corporation – et les actifs de celle-ci n’ont toujours pas été réévalués (de manière indépendante).

Tout comme Renganden Padayachy brandit les chiffres de l’exportation sans parler de ceux de l’importation, on ne devrait pas dire que l’inflation relève uniquement du contexte extérieur. Nos choix politiques ont aggravé la situation (à lire la déclaration de Roshi Bhadain ci-dessous, l’analyse de Rattan Khushiram en page12, et aussi Sameer Sharma sur lexpress.mu).

Pour éviter que la situation ne se détériore, la BoM Act devrait être amendée afin de garantir une vraie indépendance de la banque centrale, qui est devenue une antenne du ministère des Finances et du PMO. Il faut aussi une Fiscal Responsibility Act qui n’existerait pas que sur papier. En nous comparant à d’autres situations de par le monde, l’on ne réalise peut-être pas suffisamment que la théorie monétaire moderne (terme à la mode) ne peut fonctionner dans une petite économie comme la nôtre, qui importe la majeure partie de ce qu’elle consomme.

Comment s’en sortir alors ? Les solutions sont connues mais leur application ne cadre pas avec l’imminence des élections. Dans les discours, l’accent doit être mis davantage sur la productivité nationale : il faut débloquer la machine économique et résoudre l’équation des ressources humaines, freiner la fuite de nos meilleurs cerveaux en remplaçant les pistons par la méritocratie pure, et promouvoir une sélection et une immigration des travailleurs étrangers qui soient intelligentes et taillées sur mesure, pas en vrac comme auparavant et maintenant.

Collectivement, il y a des défis à affronter. Il faut éviter le pire scénario qui nous guette avec le fardeau de la dette qui s’alourdit : c.-à-d. quand les dépenses régressent, les emprunts stagnent, les revenus chutent, l’investissement dans l’économie baisse, la valeur des actifs régresse, les marchés boursiers s’effondrent et… les tensions sociales augmentent. Grâce à la dette et à l’aide étrangère, le gouvernement a tant bien que mal essayé de stimuler la consommation avec, par exemple, l’augmentation des pensions (dont Rs 10 milliards puisés de la BoM pour offrir comme cadeau électoral après avoir budgété une hausse de Rs 500 par individu), l’instauration du salaire minimum et le Wage Assistance Scheme (qui a provoqué pas mal de cas de fraude).

Certes, il y a eu pas mal d’investissement dans les infrastructures publiques, mais rappelons-nous que nous n’avons pas encore commencé à rembourser le Metro qui s’étendra, sans étude de faisabilité aucune, jusqu’à Côted’Or. On a aussi essayé de vendre davantage de villas aux étrangers et le secteur privé a essayé de tirer bénéfice de l’excès de liquidités sur le marché financier en restructurant sa dette (de court terme à long terme).

Évidemment, nous ne sommes pas le Phoenix et nous deviendrons jamais Manhattan, mais on doit quand même se débattre et essayer de nager de manière cohérente, dans une direction définie, afin de ne pas être engloutis par les flots. Les solutions ne sont pas simples, mais possibles. 1) Il faut réduire les dépenses… sans faire baisser les revenus. Comme on le sait, la baisse des dépenses peut être déflationniste et douloureuse, et à mesure que les entreprises réduisent davantage leurs coûts, cela signifie moins d’emplois et un taux de chômage plus élevé. 2) Il faut se pencher de manière sérieuse sur la réduction de la dette. Attention ici aussi : la réduction de la dette s’avère également douloureuse et déflationniste. Le gouvernement est impacté, car il perçoit moins d’impôts mais doit dépenser plus car le chômage a augmenté ! Il doit créer des plans de relance pour augmenter les dépenses dans l’économie. Le déficit budgétaire du gouvernement explose car il doit désormais dépenser plus qu’il ne gagne en impôts. Pour financer ce déficit, il faut soit augmenter les impôts (ou CSG !), soit emprunter de l’argent, soit les deux. Et avec un taux de chômage élevé, d’où viennent ces impôts ? Les riches ! 3) Les revenus peuvent être redistribués. Mais si on force trop la main, l’argent des riches ira encore plus ailleurs… Et on pourrait alors avoir besoin des parachutistes du FMI pour effectuer un atterrissage d’urgence.

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