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La spirale de la dette climatique

12 novembre 2022, 13:00

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Sur les longues rives de Charm El-Cheikh, le monde tente laborieusement de ranger ses divergences afin de parler une seule et même langue, une langue qui serait universelle. 

L’enjeu dépasse notre époque. Il concerne l’avenir. Celui de nos enfants en priorité, afin qu’ils ne connaissent pas l’apocalypse annoncée. Pour que la COP 27 passe enfin de la théorie à la pratique, il faut changer drastiquement de logiciel. Tout ce qui a été essayé jusqu’ici n’a pas fonctionné à cause du manque de cohérence politique des institutions internationales comme l’ONU, la Banque mondiale ou la COI. 

Le président de Madagascar s’est fait le porte-parole des habitants de l’océan Indien et du continent africain. Tant mieux si le climat permet aux pays du Sud de remettre les puissants à leur place, un peu comme tous les humains sont mis sur un pied d’égalité face à la mort inexorable qui nous guette. Andry Rajoelina, dont le pays traverse une grave crise alimentaire, précisément à cause du changement climatique, n’a pas mâché ses mots envers les pays du Nord : «Mes compatriotes endurent le tribut d’une crise climatique à laquelle ils n’ont pas participé». Chaque année, les Africains abondent dans le même sens. Sauf que sur le plan du changement climatique, contrairement à l’esclavage et au colonialisme, on peut encore inverser la tendance, et réécrire l’histoire, si on arrive à communiquer. Comme une seule famille. 

Comme Africains, nous devons exhorter les pays développés à respecter leurs engagements pour sauver collectivement la planète. Comme on le sait, l’Afrique émet à peine 3 % du carbone mais pourtant subit des destructions irréversibles de sa riche biodiversité. Alors les équilibres sociaux chancellent, et ceux du climat et du vivant s’effondrent. Nous, Africains, sommes désemparés devant la montée du niveau de la mer, la disparition programmée de nos belles plages, et des catastrophes naturelles qui s’intensifient. La précarité devient un sentiment prégnant. Un climat d’appréhension s’est durablement installé. 

L’urgence climatique et le devoir humaniste nous obligent à changer de cap. Mais de retour dans notre pays après les dialogues de sourds des COP, les priorités nationales prennent tout de suite le dessus sur les résolutions mondiales. Et les politiciens remettent leur visière et se préoccupent de leur propre devenir, au détriment du bien commun. 

Si un autre monde est possible, il prendra vie uniquement si la solidarité internationale s’exprime enfin. Puis viendra la solidarité nationale, qui est un autre challenge en soi. En 2009, lors de la COP15 de Copenhague, les pays développés avaient fait leur mea culpa et s’étaient engagés à mobiliser pas moins de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020. L’objectif noble était de partager le poids de la «dette climatique». Mais dix ans plus tard, l’objectif n’avait pas été atteint et a même été repoussé à 2023… comme si la terre pouvait se permettre d’arrêter de tourner entre-temps. 

Puis sont venues la pandémie (qui a cloué les avions au sol et fait baisser comme jamais auparavant le taux de CO2), la décroissance mondiale et la guerre en Ukraine. Par conséquent, les modalités d’attribution de l’enveloppe globale sont devenues encore plus problématiques. Les gouvernements se sont focalisés sur d’autres dossiers et ont mis de côté la plupart des projets d’adaptation destinés à absorber l’impact du changement climatique. L’Afrique, qui importe plus de 80 % de ses denrées alimentaires, subit depuis une insécurité alimentaire accrue. Plusieurs pays, à cause de leur surendettement, ne bénéficient pas de la marge de manoeuvre budgétaire nécessaire pour contrer le changement climatique – ce qui rendra la spirale de la dette plus infernale que jamais.