Devisons sur la liquidité

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On donne une connotation négative au mot spéculation, mais tout le monde spécule dans la vie de tous les jours, sur tous les marchés et sur tous les prix. L’économie est affaire de spéculation, d’anticipation. On spécule toujours à deux : pour chaque acheteur, il doit y avoir un vendeur. Sur le marché des changes, un spéculateur est un trader qui joue un rôle positif, celui d’apporter de la liquidité au marché. À Maurice, malheureusement, on n’a pas de spéculateur, sinon il n’y aurait pas de «manque de devises»… Le problème n’est pas la spéculation, mais la liquidité.

Les taux de change officiels indiquent un raffermissement de la roupie contre les principales devises, mais faute de liquidité, ils ne collent pas à la réalité. La roupie peut s’apprécier sur papier, mais le grand écart entre les cours acheteur et vendeur montre que c’est artificiel. Entre le banquier et chacun de ses clients a lieu une transaction de gré à gré. En d’autres mots, il y a autant de marchés que de transactions qui se font parallèlement… Dans un régime de changes flottants, un taux de change unique n’existe pas.

Pour les néo-classiques, la concurrence devrait conduire à un taux de change d’équilibre, mais elle ne fonctionne pas sur un marché non liquide. La liquidité du marché des changes (les devises) se tarit face à un fort excès de liquidités en roupies. Ceci explique cela : la politique de création monétaire pour financer les dépenses publiques et la Mauritius Investment Corporation a inondé le marché en roupies et a ainsi renforcé les monnaies étrangères, puisque ce qui est abondant a moins de valeur que ce qui est rare. Du reste, comme l’émission de monnaie a affaibli considérablement son bilan, la Banque de Maurice (BoM) n’a pas les moyens d’éponger les liquidités excédentaires, de pousser à la hausse les taux d’intérêt de court terme en accord avec son taux directeur, et de faire apprécier réellement la roupie sans se retrouver sous-capitalisée.

Pour les neuf premiers mois de l’année, la BoM a vendu 622 millions de dollars sur le marché, soit une moyenne de USD 16 millions par semaine. Bien que ses interventions n’aient pas fluidifié le marché, elle décide de réduire à la fois leur fréquence et leur ampleur (USD 10 millions par intervention), misant sur les entrées de capitaux et les revenus touristiques : elle fixe le cours du dollar à Rs 44,00 le 7 septembre, à Rs 43,90 le 20 septembre et à Rs 43,80 le 11 et le 21 octobre. À noter qu’elle n’a pas vendu à Rs 43,70 vendredi dernier, sans doute parce qu’un tel taux rendrait ses fonds propres négatifs. Est-ce à dire que Rs 43,80 est le taux plancher ? Si le marché y croit, il faudra alors jouer sur le volume.

Des interventions à 10 millions à intervalles très espacés ne marchent pas, car c’est peu et c’est tardif. Elles ne résoudront pas les problèmes de liquidité. Afin de casser la perception d’une dépréciation continue de la roupie – un sentiment qui n’incite pas à convertir des devises en roupies –, la BoM doit vendre au moins USD 15 millions chaque semaine, au même taux si nécessaire, jusqu’à ce que les opérateurs soient convaincus qu’ils perdront au change. En même temps, il faut que le taux d’intérêt poursuive sa hausse pour rendre la roupie attrayante.

Si la BoM ne doit pas révéler la durée de pareilles interventions, elle doit néanmoins assurer le marché qu’elles sont temporaires, pour mieux les justifier. C’est le cas quand les fluctuations des devises menacent la stabilité financière avec des sorties de capitaux ou des défaillances d’entreprise, ou quand elles minent la capacité de la banque centrale à maintenir la stabilité des prix ou à ancrer les anticipations inflationnistes. Les mesures à soutenir la monnaie locale doivent faire partie d’un ensemble de politiques de stabilisation. Elles sont nécessaires pour une économie très dépendante des importations et dont une grande part est libellée en dollar (74 % pour Maurice). Et elles sont faisables pour un pays ayant des réserves internationales assez confortables, même si celles-ci ont diminué de 1,5 milliard de dollars en cinq mois.

Cependant, ces interventions ont des limites, ne pouvant pas durablement empêcher les taux de change de s’ajuster aux réalités macroéconomiques. Le gouverneur de la BoM affirme que «the evolution of the exchange rate continues to reflect domestic economic fundamentals». Or une roupie renforcée n’est pas tenable lorsque le compte courant a un déficit très élevé de 14 % du PIB, et que les termes de l’échange (une mesure des prix des exportations du pays relativement à ses importations) sont si défavorables, ayant baissé de 27,6 % entre le deuxième trimestre de 2021 et celui de 2022.

Il convient de laisser jouer l’effet dissuasif de la hausse des prix, qui est de réduire la consommation publique et privée, et donc les importations. La planche à billets ne crée pas les liquidités dont les entreprises ont tant besoin. La rigueur monétaire doit être notre devise.

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