Politique monétaire musclée pour mater l’inflation

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Longtemps annoncé, le nouveau cadre pour régir la politique monétaire est une réalité depuis le début de cette semaine. Il remplace l’ancien qui aura visiblement servi son temps après 16 ans mais qui est incapable aujourd’hui d’agir efficacement et dans la transparence totale sur deux fronts : premièrement, celui de la lutte contre l’inflation qui se veut être une des principales missions de la Banque de Maurice (BoM) comme d’ailleurs celle des banques centrales à l’échelle mondiale ; deuxièmement, de soutenir une croissance économique largement équilibrée et inclusive pour mieux créer les conditions qui favorisent la création d’emplois tous azimuts.

Il n’est pas dit que la BoM réussira dans sa tâche avec des objectifs souvent conflictuels. Son cheval de bataille aujourd’hui demeure le combat contre une inflation galopante qui agit négativement sur la masse sociale, qualifiée souvent de taxe sur les ménages confrontés à un déclassement social face à la cherté de la vie et qui arrivent difficilement à grimper l’échelle sociale. Le phénomène inflationniste, qui a marqué les esprits des populations dans le monde l’année dernière, est là pour durer ; d’où la politique de normalisation monétaire engagée par la Fed américaine et la Banque centrale européenne pour stopper l’inflation par le biais de hausses successives des taux d’intérêt, soit +425 points de base et +250 points de base respectivement en 2022.

À Maurice, la BoM Tower a augmenté le taux repo par 2,65 % à 4,5 % au cours des 12 derniers mois. Une décision certes douloureuse pour les détenteurs de prêts–logements, qui voient subitement leur situation financière fragilisée avec un renchérissement de leurs remboursements, mais nécessaire sans doute pour mater la spirale inflationniste. L’inflation en glissement annuel a atteint 12,2 % en décembre 2022 contre 6,8 % à la même période l’année dernière alors que l’inflation en moyenne annuelle a emprunté la même tendance haussière pour passer à 10,8 % en décembre dernier comparée à 4 % en décembre 2021.

Il va de soi qu’attaquer les facteurs inflationnistes, soit la consommation, c’est ramener une certaine stabilité des prix et par ricochet du taux de change de la roupie. D’ailleurs, comme le souligne Dean Lam, l’ex-MD de HSBC Mauritius, dans l’interview qui suit, il y a forcément un trade-off à faire : on ne peut pas avoir un taux d’intérêt bas et espérer que la valeur de la roupie sera maintenue. L’objectif affiché sur le front de l’inflation : de 2 à 5 % avec une moyenne de 3,5 % à moyen terme, soit entre trois à cinq ans. Est-ce réalisable ? Les spécialistes y croient et estiment que l’inflation targeting est un pas dans la bonne direction.

«Une fois le nouveau ‘key rate’ décidé, les banques devront réajuster en conséquence les taux de leurs différents services au jour le jour.»

Pierre Dinan, économiste et exmembre du Monetary Policy Committee, souligne que contrairement à ce qui prévalait jusqu’ici, le comité devra annoncer à l’avance dans quelle fourchette elle cherche à maintenir le taux d’inflation. «C’est une pratique qui prévaut dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis et en Europe et c’est un pas dans la bonne direction, surtout en termes de transparence, mais aussi comme un outil à la disposition des investisseurs par rapport aux décisions qu’ils sont appelés à prendre dans la gestion de leurs affaires.» Il ajoute que lorsque viendra le moment de comparer les résultats réels d’une période donnée aux objectifs correspondants, les autorités monétaires seront bien obligées de fournir des explications en cas de différences majeures entre la réalité et les objectifs. Cet exercice facilitera la prise de décisions pour la période à venir, soit la poursuite actuelle de la politique monétaire, soit des modifications.

À cet effet, interrogé récemment lors de la présentation de ce nouveau cadre de politique monétaire à la presse, le gouverneur de la banque centrale, Harvesh Seegolam, se dit prêt à peaufiner les nouvelles dispositions de ce cadre de politique monétaire pour le rendre encore plus efficace et répondre aux nouvelles ambitions que la BoM s’est fixées. Sans doute, il ne faut pas que ce nouveau Monetary Policy Framework (MPF) se résume à un changement d’appellation avec le key repo rate qui devient le key rate. L’équipe de direction doit s’assurer qu’à la fin de la journée, le commun des mortels sache s’il bénéficiera de plus d’intérêts sur son compte d’épargne, dépôt fixe ou titres de créances à court, moyen et long termes (bons du Trésor, obligations d’État, etc.) ou si, au contraire, il va être écorché vif par des banques commerciales sans scrupules qui imposent des taux d’intérêt exagérés sur des prêts au vu et au su de tous les chiens de garde financiers.

Réponse immédiate de la BoM : non. Car celle-ci s’attend à ce que le mécanisme de transmission, figurant dans le nouveau MPF, opère en toute transparence avec un degré élevé d’efficacité. La banque centrale veillera au grain à ce que les banques et autres institutions financières non-bancaires jouent le jeu et elle disposera d’une plus grande marge de manœuvre pour agir et sévir, si besoin est. La Second Deputy Govenor, Hemlata Sadhna SewrajGopal, est catégorique : elle s’assurera avec les banques commerciales, dit-elle, qu’une fois le nouveau key rate décidé, celles-ci devront réajuster en conséquence les taux de leurs différents services au jour le jour.

Indépendamment des raisons avancées pour justifier la pertinence de la réforme de la politique monétaire, qui va se greffer sur celle de la Banking Act prochainement, il va sans dire qu’elle était nécessaire pour mieux «track» les changements intervenus dans le monde de la finance depuis la crise de 2008 ou celle de 2020 avec le Covid. D’autres estiment qu’il ne faut pas remonter à 2008 car la réforme annoncée, selon Pierre Dinan, prend sa source dans les soubresauts qu’a connus la BoM dans le sillage de la pandémie, notamment la cohabitation illégitime des politiques monétaire et fiscale, au grand dam du Fonds monétaire international, gardien des bonnes pratiques. «La transparence qu’implique le nouveau système permettra de rectifier le tir (par rapport à l’inflation) dans les meilleurs délais, menant ainsi à une politique monétaire indépendante des considérations de la politique fiscale, laquelle est la responsabilité du ministère des Finances.»

Quoi qu’il en soit, le MPF newlook vient renforcer le pouvoir de la banque centrale sur la maîtrise des taux d’intérêt et éventuellement sur le taux d’inflation. Reste à savoir si les transactions vont suivre pour réussir ce nouveau mandat…

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