Publicité
Malartic, du tombeau au renouveau
Le tombeau Malartic. Monument situé au Champ-de-Mars. Quelle mémoire entretient les pierres noircies par le temps ? Qui est celui dont le nom est indissociable des courses hippiques chez nous, le tombeau Malartic étant un repère incontournable du circuit emprunté par les chevaux ?
Réponse en près de 500 pages. Celles consignées par Raymond d?Unienville, qui publie Malartic. L?ouvrage a été lancé vendredi, avec le concours de la Société de l?Histoire de l?île Maurice et le Mauritius Turf Club.
Plus qu?un gouverneur, l?auteur nous invite à la rencontre d?un grand voyageur, d?un homme de principe. à la découverte de la vie d?Anne Joseph Hippolyte de Maurès, comte de Malartic, né à Montauban le 3 juillet 1730. Frappé d?apoplexie, il mourut en service à Port-Louis, le 28 juillet 1800.
Prendre des décisions graves
?J?ai souhaité souligné deux des aspects les plus importants de la carrière de Malartic?, explique Raymond d?Unienville. Ce militaire est alors Lieutenant-général. Le 10 janvier 1792, Louis XVI le nomme au ?commandement général des établissements français au-delà du cap de Bonne Espérance?. Malartic débarquera dans l?île le 16 juin de la même année. ?Louis XVI lui a confié la paix et la tranquillité des colonies orientales, c?est-à-dire l?île de France et Bourbon, j?ai l?impression qu?il a toujours mis cela avant toute autre préoccupation.?
Le biographe de constater que Malartic a eu à prendre des décisions extrêmement graves, pour maintenir l?île de France en temps de guerre contre l?Angleterre (la menace britannique se faisant de plus en plus précise) et la paix intérieure. Il aura fallu au gouverneur, ?empêcher les débordements de la révolution française ici?. Et de rappeler que les sans-culottes avaient été jusqu?à dresser une guillotine à la Place d?Armes. ?Mais cela n?ira pas plus loin grâce à Malartic.?
Des recherches approfondies, une vaste bibliographie et la lecture critique de la correspondance de Malartic indiquent, selon d?Unienville, ?qu?il a été obligé d?abandonner une partie de son autorité pour ne pas casser les vitres?. Malgré des joutes incessantes avec l?assemblée coloniale, qui s?arroge de plus en plus de pouvoir, Malartic ?réussit le tour de force de se faire accepter de tous?. D?Unienville de rappeler l?épisode où le gouverneur sera convoqué par les sans-culottes, qu?il se soumettra à l?examen sévère de sa politique et qu?après une heure de questions, Malartic sera acclamé. ?Il nous donne une leçon de politique intérieure car Maurice n?aurait pas été ce qu?elle est s?il y avait eu une révolution sanglante ici.?
Malartic a été en poste à un moment où ?la France a coupé les vivres? avec sa colonie. Situation résultant de la guerre que se livrent Français et Anglais sur les mers. Les navires ne circulent plus. Ce sont les neutres de l?époque (les Américains), que Malartic organise la résistance à partir de 1793. Ce qui explique, selon d?Unienville pourquoi le drapeau américain fut exposé (aux côtés du tricolore) à l?assemblée coloniale.
Tiraillé entre défense intérieure et batailles navales, Malartic sera sur tous les fronts. A Grand-Port, comme à Sumatra, où il enverra des hommes, en prenant le risque d?exposer l?île de France. ?Pour compliquer les choses, la Hollande ennemie devient alliée de la France?, explique l?historien. Menacé en Inde, les troupes hollandaises demandent des renforts. Malartic leur enverra 300 hommes.
Ce qui le poussera à ?confier la défense de l?île de France aux esclaves? souligne le biographe. Car Malartic dira à l?assemblée coloniale, que pour remplacer les 300 homes partis en Sumatra, il a besoin de 600 chasseurs Noirs. L?assemblée coloniale lui accordera 900 esclaves.
Arrivé à Maurice à 62 ans, Malartic aura une histoire personnelle pathétique dira le biographe. Ce qui ne l?empêche pas d?être l?exemple d?un destin qui n?a rien d?ordinaire.
PARCOURS
À propos de l?auteur
■ Après des études secondaires au collège du St Esprit, Raymond d?Unienville fait son droit à l?université d?Oxford. En 1956, il est reçu avocat à Middle Temple. De 1956 ? 58, il est à Aix Marseille où il obtient son doctorat. Légiste avec un intérêt marqué pour l?histoire, Raymond d?Unienville publie alors qu?il est encore étudiant, The last years of the Isle of France (1956). Dix ans plus tard, il lance Letters of sir John Abercombie. Il publiera aussi Unshackling slave years en collaboration avec Marina Carter. Hier Suffren, couronné par l?académie Française sort en 1972. Il sera réédité en 2004. Raymond d?Unienville est chevalier des palmes académiques.
Publicité
Publicité
Les plus récents