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?Le Cernéen? s?en prend aux Chinois pro-Pékin de Maurice
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?Le Cernéen? s?en prend aux Chinois pro-Pékin de Maurice
La visite officielle de Paul Bérenger en République populaire de Chine a largement occupé l?actualité de la fin de janvier 2005. Il a eu le loisir, plus d?une fois, de la situer dans le contexte de ses pèlerinages en nos différents pays de peuplement : Inde, France, Madagascar, Mozambique et à présent Chine. Ne lui faisons surtout pas l?injure de lui demander : quelle Chine ? Nous n?ignorons rien de son attachement idéologique au principe sacro-saint d?une Chine unique et indivisible que même la Chine nationaliste, installée provisoirement à Taiwan, revendique avec autant de force que celle dirigée de main de maître par Pékin.
Le temps qui passe arrondit heureusement les pointes, ayant si longtemps hérissé les relations entre partisans de la Chine populaire et ceux de la Chine nationaliste et ayant quelque peu divisé la communauté mauricienne d?origine chinoise. Le rattachement réussi à la Chine populaire de l?ancienne colonie britannique de Hong Kong, un certain réchauffement dans les relations Pékin/Taipeh, l?engouement de plus en plus manifeste pour le reste du monde à l?égard du dragon chinois s?éveillant de plus en plus aux réalités du marché capitaliste, la place de plus en plus proéminente de l?industrie chinoise dans les activités manufacturières et commerciales mondiales, font qu?il devient aujourd?hui presque amusant de rappeler le folklore de l?anti-communisme primaire des années 1950, s?efforçant de rendre sulfureux tous ceux affichant, à Maurice, la moindre sympathie pour les idéologies socialistes, communistes ou marxistes.
Haute bourgeoisie, partis politiques d?extrême-droite, milieux conservateurs, certaines autorités religieuses, unirent plus ou moins leurs efforts pour diaboliser autant que possible ceux et celles vénérant un tant soit peu le drapeau rouge ainsi que le marteau et la faucille.
Le temps n?est plus, heureusement, aujourd?hui à l?ostracisme et aux excommunications mutuelles. La sagesse nous commande de voir dans nos différences et dans nos diversités un enrichissement mutuel qu?une triste uniformisation ne pourra jamais nous procurer. Le temps des anathèmes étant dissipé, chacun peut librement se connecter de nouveau à ses racines ancestrales sans devoir se préoccuper outre-mesure des conséquences politiques de leurs faits et gestes. Nous ne sommes pas encore là en 1955 et nous en voulons pour preuve la place proéminente accordée au Cernéen à une série d?articles anti-Pékin, influencés par la tendance pro-nationaliste du Chinese Daily News et signés d?un mystérieux Ramsès.
Le principal mérite de ce rappel des articles de ce dernier est pourtant de nous renseigner sur les piliers humains de la communauté chinoise pro-Pékin de l?époque à Maurice. L?ironie de l?Histoire veut que ceux, qu?on voulait ridiculiser à l?époque, obtiennent aujourd?hui et des mains mêmes de leurs détracteurs une certaine consécration tardive et même posthume dans la plupart des cas.
Leurs descendants mériteraient d?avoir droit aux premières places pour accueillir Paul Bérenger à son retour de Chine populaire, compte tenu du rôle actif joué par leurs ascendants dans la pérennité des bonnes relations existant entre Pékin et la communauté mauricienne d?origine chinoise. L?Histoire nous enseigne aussi, hélas, que, à l?heure des récompenses et de la reconnaissance, les premières places reviennent rarement aux plus méritants mais plus sûrement aux arrivistes et autres opportunistes, rarement en retard lorsqu?il faut prendre en marche le bon train.
Place donc aux articles de Ramsès, nous renseignant bien malgré lui sur les hommes forts du mouvement pro-Pékin dans l?île Maurice des années 1955.
<B>La communauté chinoise pro-communiste de Maurice </B>
Cela commence le 6 janvier 1955 par une menace de mort reçue par M. To Wai Man, rédacteur en chef du Chinese Daily News. Il reçoit un colis anonyme contenant des balles de carabine et des menaces de mort. Ses soupçons portent à priori sur ses adversaires politiques, les partisans locaux du Parti Communiste chinois.
Le Cernéen décide peu après de reproduire une étude d?un certain Ramsès sur les partisans communistes au sein de la communauté mauricienne d?origine chinoise.
Référence est faite à un article du 31 décembre 1954, dénonçant le pro-Labourite anglais Peter Ibbotson et ceux diffusant à Maurice de la littérature communiste. Le rédacteur en chef du Chinese Daily News n?est pas à sa première lettre anonyme, le menaçant de mort. Il y a quelques années, il a été agressé et grièvement blessé par un partisan communiste. Les pro-nationalistes (partisans de Tchang Kai-Chek, leader du Kuo Ming-Tam et chef d?Etat de Taiwan jusqu?à sa mort en 1975) font savoir qu?ils n?accepteront, en aucun cas, le musellement du Chinese Daily News. Ils feront tout ce qui est légalement en leur pouvoir pour empêcher que l?île Maurice ne tombe pas sous l?emprise du ?monstre communiste.?
Ramsès mentionne ici le Heen Fo Lee Koon, une société créée un demi-siècle plus tôt, disposant de biens d?une valeur d?un million et demi de roupies, contrôlé en 1955 par la faction communiste. L?argent disponible sert davantage à la propagande communiste qu?à l?assistance aux nécessiteux. Il se réfère à un article de Marc Wong You Chong dans le Chinese Daily News du 15 décembre 1954. L?auteur parle de M. Lai Fat Fur, président du Heen Fo Lee Koon qui envoie plusieurs de ses enfants en Chine populaire pour y recevoir une formation communiste. Le vice-président, Marcel Venpin, est l?organisateur, chaque année, des manifestations communistes du 1er octobre.
Ils sont présentés, par la presse chinoise communiste locale (Chinese Commercial Paper et China Times), comme les membres les plus proéminents de cette faction. Le secrétaire en est M. Ng Ying Kiu, que Ramsès croit, à tort, être le propriétaire des Galeries Réunies. Il s?est rendu en Chine en 1954, en tant que délégué de l?île Maurice. Le trésorier en est M. Lam Hin Ten. A son retour de Chine populaire, ce dernier a porté aux nues le régime de Mao Tse Toung dans un article paru dans le Chinese Commercial Paper. Les autres directeurs du Heen Fo Lee Koon sont MM. Lam Kit Chong, Ng Pak Shin, René Lew Vee Chow (directeur du China Times et propriétaire du Studio Mimosa), Yoo Foo, le propriétaire et rédacteur en chef du Chinese Commercial Paper, Tan Yan, l?ancien président du Heen Fo Lee Koon, Ng Pak Mew, Maurice Lee Kiem Vong, Yong Lim Kow, un rédacteur du Chinese Commercial Paper, Soo Siong Ng, Cheng Hin, Lim Kan Yee.
Le 17 janvier 1955, Le Cernéen poursuit la publication du dossier Ramsès. La jeunesse communiste chinoise de Maurice reçoit son endoctrinement au Chinese Middle School. Les militants communistes y sont également formés. Il estime que la majorité des Mauriciens d?origine chinoise sont demeurés fidèles à Tchang Kai-Chek. La vigilance est de mise car l?Histoire est là pour témoigner de ce que peuvent réaliser une poignée de militants communistes particulièrement actifs. M. Chue Vee Tow enseigne les Beaux Arts au Chinese Middle School. Le recteur du Chinese Middle School est M. Chung Yung. Il a été fonctionnaire en Chine Populaire pendant trois ans, avant de venir à Maurice.
<B>Littérature de propagande</B>
Accusé de déviationnisme, il a été envoyé à une centre de re-éducation. A son retour à Maurice, il a tellement loué le régime de Mao Tse-Toung qu?il a arraché des larmes aux missionnaires communistes que ?leur mission retient à Maurice et éloignés du paradis communiste chinois.? M. Li Chok Chin est aussi un ancien élève du Tung San Collège. Wong Took Tseng est un converti de fraîche date. C?est un ancien étudiant du collège nationaliste Fifth de Meishen. Lee Vian Fong, un autre converti, travaille comme rédacteur au China Times. Tang Yun Shen est le fils d?un ancien rédacteur en chef du Chinese Commercial Paper. James Chong travaille aussi au China Times.
Dans un troisième article, en date du 22 janvier 1955, Ramsès s?en prend à Ng Thow Hing et à son avoué, Me Guy Forget. Ils ont réagi aux précédents articles pour faire ressortir que Ng Ying Kin, père de Ng Thow Hing, n?est pas le propriétaire des Galeries Réunies dont son fils revendique la possession. Au début des années 1950, Ng Ying Kin et ses fils sont partenaires associés et propriétaires des Galeries Réunies. Depuis Ng Thow Hing achète les actions de son père et de ses frères et devient le seul propriétaire du magasin. On peut comprendre que celui-ci puisse craindre que Les Galeries Réunies pâtissent des activités communistes de ceux-là, d?où ses efforts pour éviter toute confusion dans l?esprit du public. Les Galeries Réunies comprennent aussi une fabrique de chaussures et une tannerie.
Le dossier mauricien de Wen Wei Pao du 18 mai 1954, est reproduit dans le Chinese Commercial Gazette. Il comprend un article sur des étudiants ayant quitté Maurice pour faire leurs études en Chine populaire. La fille de Ng Thow Hing, Mlle Lee Ha, 19 ans, fait partie du lot. Wen Wei Pao précise qu?il y a 279 étudiants d?origine mauricienne en Chine populaire. La liste d?une partie de ces étudiants est donnée dans Le Cernéen du 22 janvier 1955.
Le dernier article de Ramsès paraît dans Le Cernéen du 29 janvier 1955. Il est satisfait d?avoir démontré l?existence d?une solide organisation pro-communiste à Maurice, organisation contrôlée par les autorités pékinoises. Il faut aussi tenir compte des sentiments pro-communistes du Parti Travailliste dirigé par le Dr Seewoosagur Ramgoolam. Ramsès en veut pour preuve la présence de nombreux dirigeants travaillistes lors de la célébration de l?anniversaire de la création de la République populaire de Chine et leurs critiques des partisans locaux de la Chine nationaliste.
Autre signe irréfutable : les interventions de Ramgoolam et de Raymond Rault lors des débats entourant le projet de loi, de novembre 1953, visant à interdire l?introduction de toute littérature et de tout matériel de propagande communiste. Ce projet de loi figure à l?agenda du conseil législatif à la demande du secrétariat anglais des Colonies. Ramgoolam, pourtant membre du conseil exécutif (l?équivalent aujourd?hui du conseil des ministres) estime le projet de loi pernicieux, indésirable et contraire à l?intérêt public. Rault qualifie la démarche britannique d?impudente. Ce faisant, Londres se révèle un satellite du gouvernement américain au sein duquel s?illustre le sénateur Mc Carthy, connu pour son anti-communisme primaire.
Ramsès s?acharne contre les requêtes socialisantes et non économiquement valables du PTr. Ce parti s?est opposé au projet de loi voulant imposer à tous les commerçants de tenir leurs livres de comptabilité en anglais ou en français. La tolérance de la langue chinoise, à cet effet, complique le contrôle et la vérification des comptes et favorise les subventions commerciales accordées aux mouvements communistes en Chine.
Ramsès trouve que la presse communiste mauricienne bénéficie du soutien du quotidien travailliste Advance. Il accuse Aunauth Beejadhur d?en être le rédacteur en chef de nom. Ce ?vieux renard? de Ramgoolam y coupe et tranche, comme bon lui semble. Il faut aussi tenir compte de l?influence exercée par les collaborateurs européens Peter Ibottson et Robert Boudry. S?attaquer aux démocraties occidentales demeure le meilleur moyen de préparer l?avènement du communisme. Seule la création d?une police politique, une sorte d?intelligence service, pourrait contribuer à atténuer ces influences communistes pernicieuses et empêcher la naturalisation de fidèles et loyaux partisans communistes.
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