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Swallay Bandhoo: «Il faut lancer un service de réhabilitation cardiaque à Maurice»

15 août 2023, 21:00

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Swallay Bandhoo: «Il faut lancer un service de réhabilitation cardiaque à Maurice»

«Self-employed», enseignant au primaire, coach de foot à temps partiel, devenu infirmier en 2002, et maintenant à la tête d’une unité spécialisée en réadaptation cardiaque à Londres, la mission de Swallay Bandhoo n’a jamais été une «tasse de thé» et a nécessité des sacrifices. Aujourd’hui, il veut créer de telles unités à Maurice et évoque l’avenir de cette profession qui connaît l’exode…

Vous avez une solide carrière au Royaume-Uni. Comment en êtes-vous arrivé là ? 
Après avoir obtenu en 2005 un diplôme en General Nursing à la London South Bank University, j’ai été Intensive Care Nurse pendant un an et Cardiac Care Nurse, de décembre 2005 à juillet 2010, avant de devenir Cardiac Rehab Nurse à Newham, d’août 2010 à octobre 2015 et Senior Cardiac Rehab Nurse jusqu’en septembre 2021. De là jusqu’à mars 2022, j’ai été Career Advisor de l’East London NHS Trust pour la vaccination de masse. J’ai été également responsable du recrutement et l’orientation du personnel. Évidemment, la pandémie de Covid-19 a eu un impact majeur sur les soins de santé. La technologie, notamment les consultations virtuelles ou téléphoniques, a permis la continuité des services. 

Quelle est l’incidence des maladies cardiaques, étant donné votre expérience ? 
Malheureusement, selon la British Heart Foundation, en avril 2023, 7,6 M de personnes en Angleterre – 4 M d’hommes et 3,6 M de femmes – vivaient avec une maladie cardiaque circulatoire. Le double du nombre de patients atteints de cancer ou d’Alzheimer combinés et toutes les 24 heures, une personne décède d’une maladie cardiaque. Ces chiffres soulignent l’importance d’intégrer un Cardiac Rehab Service en tant que prévention secondaire dans la communauté pour promouvoir un mode de vie sain. 

Au fil des décennies, de nombreux infirmiers mauriciens ont émigré au Royaume-Uni à la recherche de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. Aujourd’hui, l’exode s’intensifie alors que le besoin en main-d’œuvre locale est urgent. Quel avenir pour la profession face à cette tendance ? 
Faire des études supérieures en Angleterre a toujours été un rêve d’enfance. Aujourd’hui, mon souhait est de contribuer à mon pays. Il est essentiel de lancer un Cardiac Rehabilitation Service à Maurice, voire plusieurs unités, étant donné le nombre important de patients ayant des problèmes cardiaques dans l’île. Cela pourrait réduire les réadmissions à l’hôpital, améliorer la qualité de vie, réduire la mortalité et alléger le fardeau financier des patients, des utilisateurs de services de santé et des autorités locales. Nous collaborons étroitement avec des cardiologues locaux, des médecins, des diététiciens, des psychologues, etc. pour la prévention secondaire. C’est un projet que je caresse depuis un certain temps. 

En ce qui concerne l’exode, il est certain que l’opportunité de partir à l’étranger peut sembler être une chance exceptionnelle ou un billet pour une vie meilleure. Cependant, cela demande énormément de patience, de sacrifices, de difficultés, de confiance en soi et de soutien familial, ainsi qu’un bon réseau. On ne peut empêcher quelqu’un de croire que «l’herbe est plus verte ailleurs», d’autant plus que nous venons d’un pays démocratique. Parfois, vous êtes confronté à la réalité de l’émigration, tandis que d’autres fois, vous préférez l’éviter. 

Je plaiderais pour que l’émigration soit condérée comme une expérience d’apprentissage, en tirant des enseignements des autres et en gardant à l’esprit l’idée de revenir contribuer au développement de notre pays lorsque le moment sera venu. Certains réussissent avec succès et relativement peu de soucis, progressant rapidement. En revanche, d’autres rencontrent des défis plus durables. Il est important de planifier, de croire en notre potentiel, d’être prêt à affronter les difficultés et de se fixer des objectifs «smart», car l’émigration peut parfois se révéler être une illusion décevante. Le NHS, par exemple, a largement dépendu de la main-d’œuvre migrante pour combler ses rangs d’infirmières et de médecins, dont «un effectif sur six est issu d’une nationalité autre que britannique», selon la bibliothèque de la Chambre des communes en novembre 2022, soit 16,5 % du personnel infirmier global, soit 220 000 individus sur 1,4 million ayant une nationalité non britannique, parmi lesquels de nombreux Mauriciens.

Quelles ont été vos principales difficultés et les solutions qui ont suivi ? 
Peu importe le nombre d’années que vous avez passées dans un pays étranger, le mal du pays persiste toujours. Ce sentiment peut vous servir de motivation ou vous faire abandonner. Cependant, il est impératif de faire face à la réalité. Partir à l’étranger a un effet domino sur tous les aspects de votre vie : vous quittez de nombreux êtres chers ainsi que vos habitudes et modes de vie, entre autres. Je fais peut-être partie des derniers Mauriciens à avoir rejoint le domaine des soins infirmiers, en janvier 2002, grâce à un programme de bourses. Sans cette initiative et les 20 heures de travail légal autorisées par le ministère de l’Intérieur en tant qu’étudiant, je doute que le déménagement à Londres pour des études supérieures et la poursuite d’un avenir meilleur auraient figuré en tête de ma liste de priorités. 

Les trois premières années d’études demeurent la période la plus motivante, car il fallait survivre, faire des sacrifices. Vous aviez à peine l’occasion de voir votre famille et vos enfants. Vous deviez lutter contre le mal du pays, vous adapter aux conditions météorologiques et apprendre à travailler à la manière britannique, en suivant des directives et des politiques rigoureuses. Dans l’ensemble, c’était une routine composée uniquement d’études et de travail, sept jours sur sept. Il fallait effectuer divers stages dans des centres de santé, puis retourner au travail jusqu’à tard dans la nuit. Et le week-end recommençait de 7 heures à 21 heures. Une journée de congé ou d’université était comparable à remporter une médaille d’or… 

Avec ma femme et mes quatre enfants, ainsi qu’avec le soutien de proches et d’amis, nous avons réussi progressivement à nous installer et à adopter une attitude plus proactive. Il est essentiel d’aimer ce que vous faites, de préserver votre culture et d’être toujours fier de vos origines, car ce sont autant de sources de motivation pour réussir, que ce soit à court ou à long termes. 

Quelles stratégies pour Maurice avec l’état alarmant de son système de santé ? 
Promouvoir la santé est essentiel pour réduire ces problèmes. Il faut continuer à éduquer la population à tous les niveaux : de la maternelle à l’université, en passant par les centres culturels, la communauté à travers une vaste campagne sur «votre santé est votre richesse». Les coûts d’accès aux soins privés constituent un autre facteur à examiner. 

Nous devrions examiner en profondeur les antécédents familiaux en termes d’accidents vasculaires cérébraux, de maladies cardiaques, de diabète, pour prendre davantage de mesures pour mener une vie saine. L’éducation commence à la maison. Aussi, nous devons jouer notre rôle en éduquant nos jeunes, «nos leaders de demain». Nous devrions acheter des aliments plus sains, et être plus conscients de notre vie sédentaire et des effets des drogues ou substances illicites dans notre société. 

Nous sommes maîtres de notre santé : nous comprenons ce qui ne va pas, tels que les effets nocifs de la chicha, de la drogue et de l’alcool sur notre société, ainsi que les mauvaises habitudes peu saines et le manque d’activité physique. Nous sommes conscients de notre vulnérabilité émotionnelle et psychologique. D’où le must d’utiliser nos appareils intelligents non seulement pour TikTok, Instagram ou Facebook, mais à bon escient pour accéder en toute sécurité aux informations sur la santé. 

Justement, comment la technologie permet-elle d’intégrer de meilleures performances des services de santé à Maurice? 
Depuis que le Covid-19 a pris le monde d’assaut, nous sommes passés à une approche plus numérisée. Pour compenser la réduction des consultations/ rendez-vous en face-à-face ou des activités de groupe, et pour assurer la sécurité du personnel et des utilisateurs des services, les patients ont été vus virtuellement en utilisant Accurx, Zoom ou Microsoft Teams. 

La consultation téléphonique a été une partie importante des soins aux patients, ainsi que la fourniture d’équipements, tels que l’oxymétrie pour l’autosurveillance à domicile. Des cours d’éducation et d’exercices ont été dispensés pour assurer la sécurité de la population dans son environnement et aider à maîtriser la pandémie. 

Nos téléphones ou appareils intelligents/Android sont des outils importants pour judicieusement accéder aux informations de santé. Par exemple, l’application NHS permet d’accéder à ses résultats de tests sanguins, son dossier médical et ses rendez-vous futurs. Avec la demande croissante d’alternatives de soins de santé virtuels à l’échelle mondiale, nous devrions réfléchir à long terme à la façon dont nous pouvons travailler pour révolutionner la télémédecine dans la pratique locale. Ce sont des pistes de réflexion à maintenir, si elles sont déjà instituées, ou à adopter à l’avenir.