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Consommation: le poisson paradoxe

18 mai 2023, 22:00

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Consommation: le poisson paradoxe

Les pêcheurs et les banians affirment que le marché est saturé et qu’ils n’arrivent pas à écouler leur stock. La concurrence du poisson importé, moins cher car en gros volume, y contribue. Pourtant, nous sommes entourés d’un garde-manger marin ! À quand une réelle politique pour l’économie bleue ?

«Le marché est saturé et nous n’arrivons pas à écouler nos poissons», se plaignent les pêcheurs de bancs. «Notre clientèle se compose de restaurateurs, de particuliers, de banians… Nous pêchons au minimum trois tonnes de poissons mais ils ne se vendent plus comme avant. Il nous reste parfois une à deux tonnes de poissons que nous ne pouvons pas vendre», explique Judex Rampaul, président du syndicat des pêcheurs. Pêcheurs et banians se retrouvent ainsi contraints de saler les poissons, ce qui entraîne des pertes.

Le syndicaliste note que le Conseil des ministres du 29 septembre 2022 a donné son feu vert aux importateurs de poisson et de produits de la pêche enregistrés pour importer 400 tonnes de capitaine, plus connu sous le nom de «La Perle», du 1er au 20 décembre 2022, soit pendant la période des fêtes de fin d’année. Cela, afin d’éviter toute pénurie de poisson sur le marché local. Cette mesure a été prolongée jusqu’à fin février 2023. De plus, le 2 septembre dernier, il a été annoncé que le butterfish a été retiré de la liste des Controlled Fish Species. Étant sur la liste des espèces de poissons contrôlées, il n’était pas autorisé à l’importation pour la vente sur le marché local, sauf en cas de pénurie de poisson congelé.

Selon Judex Rampaul, avec le risque de retards dans les livraisons de poissons importés, qui se vendent à meilleur prix, les pêcheurs locaux sont en concurrence directe sur le marché local. «Avec la subvention pour acquérir un bateau semi-industriel, les sociétés coopératives progressent. Mais, depuis le début de l’année, nous nous retrouvons en difficulté. Les pêcheurs à la senne se retrouvent dans la même situation depuis le 1er mars. Il ne faut pas autoriser l’importation des poissons que les pêcheurs locaux mettent sur le marché.» Un appel est lancé aux autorités pour protéger l’industrie locale, qui a du potentiel. 

Les pêcheurs et les banians sont contraints de saler les poissons qui restent.

Nicolas Von-Mally, ancien ministre de la Pêche, souligne que tant qu’il y a des poissons dans nos eaux territoriales, il faut leur donner la priorité. Rappelons le projet du Fish Auction Market aux Salines pour la commercialisation efficace des produits de la pêche industrielle, semi-industrielle et artisanale, qui n’a pas abouti. «Si nous voulons franchir une nouvelle étape dans le développement économique de Maurice, il faut développer l’économie bleue», précise-t-il. 

Trop cher

Les revendeurs ont aussi du mal à travailler. Priscilla Meunier, banian, confirme que les ventes sont en baisse. Elle se rend dans divers endroits pour vendre ses poissons, mais il en reste toujours. La vente a connu une diminution. De plus, comme toute denrée, les poissons frais coûtent plus cher que les poissons importés. «Nous ne vendons pas le poisson à un prix exorbitant, mais à un prix raisonnable, qui nous permet également de couvrir les frais, par exemple, de transport et de main-d’œuvre.»

Bahim Khan Taher, directeur exécutif de Hassen Taher Seafoods, explique que le poisson frais et surgelé coûte généralement plus cher aujourd’hui. Il souligne que les coûts d’exploitation des poissons surgelés ont augmenté avec la hausse du prix de l’électricité, mais coûtent moins cher en gros volume. Il observe qu’il y a une préférence pour le poisson frais, mais l’achat dépend du prix. «La demande est là. Il faut simplement que les prix soient attractifs. Il faut faire du marketing et des promotions. Il faut répondre aux demandes du marché. Appliquer un prix élevé entraînera une baisse des ventes. Lorsque le prix du poisson frais augmente, les consommateurs se tournent vers les poissons surgelés moins chers. Avec la Fête des mères qui approche, par exemple, nous mettons en place des promotions. Lorsque le poisson est abondant, nous baissons les prix. Le poisson est ainsi plus accessible au client et nous pouvons vendre nos produits.»

Le marché principal reste les hôteliers et la restauration, avance Bahim Khan Taher. «Avec la reprise du secteur touristique, pour la saison de pointe qui vient de passer, c’était positif. Avec la saison creuse, la demande va être réduite. Elle reprendra en été.»

Changement dans le mode de consommation

Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM), souligne que si le prix des poissons est trop élevé, ils ne se vendront pas. Des pêcheurs à la vente, le prix augmente sensiblement à travers le profit de chacun et le poisson devient inaccessible. De plus, le carburant coûte plus cher, ce qui a aussi un impact sur le prix des poissons.

Il ajoute qu’avec le changement dans le mode de consommation, par manque de moyens, les consommateurs se tournent vers le poisson salé et le poisson en conserve. En outre, avec le prix des poissons frais, une partie de la classe moyenne, à cause de l’inflation, se tourne vers le surgelé, plus abordable pour leur budget. 

Avec l’hiver qui approche, le prix va augmenter. Car le poisson frais n’est pas aussi abondant en hiver et sera moins présent sur le marché. Alors que les coûts, incluant les carburants, les équipements de pêche, restent les mêmes. L’hiver permettra-t-il de réguler cette saturation ?