Ashley Munisamy: «Si vous trouvez que 666 Armada sant zouré, pourquoi écoutez-vous Snoop Dogg ?»

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Ashley Munisamy, directeur d’Ichos Production.

Ashley Munisamy, directeur d’Ichos Production.

Avec la rentrée 2023, Ashley Munisamy, directeur d’Ichos Production, croit plus que jamais dans le pouvoir économique de l’événementiel. Du haut de ses dix ans d’existence, Ichos Production en plus de la logistique sons et lumières s’est lancé dans la production d’artistes.

L’année 2023 a commencé fort pour Ichos Production avec le concert d’Alain Ramanisum samedi... 
C’est vrai que la première semaine a été mouvementée. Si on enlève le milieu du mois, toutes les périodes de carême en début d’année qui ne sont pas propices aux concerts de séga, il ne nous reste qu’une poignée de dates qui vont très bien marcher. Pour le reste, le risque est très élevé. 

Même pour des grosses pointures ? 
Grosse pointure veut dire gros investissement pour des net sales conséquents, mais en proportion, financièrement cela équivaut à une soirée au Big Willy’s. Depuis 2015, nous coproduisons des artistes, mais ce n’est pas notre core business. C’est trop risqué. 

De tout temps, la billetterie des concerts n’était pas rentable. Mais il y a quelques années, on ne payait pas les mêmes cachets qu’aujourd’hui. Depuis qu’on a redémarré en juillet 2022, les coûts de production ont doublé. On ne peut pas compter sur un concert pour vivre pendant trois mois et puis en faire un autre. Après les belles soirées, tou dimounn kontan… 

Mais quand on fait les comptes ? 
Financièrement, il faut se remettre en question. Avec la pandémie, plusieurs techniciens qualifiés se sont reconvertis. Ils n’avaient pas le choix. Pendant le boom de juillet à décembre 2022, il y avait plus de travail que de main-d’oeuvre qualifiée. Si Ichos Production a assuré 250 événements, pendant la même période on a dû en refuser au moins une centaine, surtout par manque de main-d’oeuvre qualifiée. Dans une équipe de dix personnes, trwa-kat konpran travay-la, les six autres sont des helpers. 

Vous envisagez d’avoir recours à de la maind’oeuvre étrangère ? 
Je ne vous cache pas qu’on a déjà approché un agent recruteur. En 2020, pendant la pandémie, des artistes nous ont approchés parce que c’est devenu encore plus compliqué pour eux d’organiser des événements. Juste avant le Covid-19, notre carnet de réservations était rempli jusqu’à juin-juillet. Avec la pandémie, tout a été réduit à zéro. Comme on avait bien travaillé jusqu’à février 2020, nous n’avons licencié personne. 

Que demandaient les artistes qui vous ont approché ? 
Comme nous avons un studio, ils demandaient un soutien low cost. Avant la pandémie, notre studio d’enregistrement n’était pas rentable. Mais vu le contexte difficile, on s’est dit pourquoi ne pas give a little back en produisant ou coproduisant des albums pour qu’au redémarrage des concerts, on recommence à travailler. 

Toutes les musiques ne suscitent pas le même engouement que celle de Désiré François et Cassiya ou celle d’Alain Ramanisum. Ce n’est pas comme Touss Sali qu’on peut ressortir après 10-15 ans. Donc, budget ou pas budget, il faut que les artistes continuent de créer. 

Je crois dans un écosystème qu’il faut soutenir. Dommage que ceux qui auraient dû y croire plus que moi n’y croient pas. Deux années de suite j’ai participé aux consultations prébudgétaires. Deux années de suite j’ai répété qu’il faut un recensement des travailleurs dans l’événementiel, qu’il faut déterminer les tarifs pour chaque métier. La, nou nek sanze sak fwa nou gagn kogne. Je vois combien ça peut rapporter à l’État. Voilà pourquoi on a beaucoup investi. 

Donnez-nous un chiffre. 
Rs 4 millions.

Investis dans ? 
Dans des albums. On a commencé par Soz serye de Blakkayo en co-production avec Jorez Box, Infinity en co-production avec Linzy Bacbotte et Elijah. De la production avec Mr Love (NdlR, L’album Dixmensyon l’amour est sorti en décembre 2021). Même chose avec Mario Justin et Nancy Derougère (NdlR : l’album Revival de Zotsa est sorti en juin 2021). On a créé Ichos Records en 2020 pour gérer tout ça. Je tiens à le souligner. On n’est pas là pas pour prendre la place des producteurs. 

Vous avez rentabilisé ces investissements dans des albums ? 
En 12 mois, on a récupéré environ 50 % de l’investissement. 

C’était ce qui était prévu ? 
Non, on pensait que ce serait plus. Mais ce n’est pas des investissements que pour faire du business. Nou péna boukou kas pou zété. Si j’avais investi Rs 4 millions dans une maison, j’aurais pu la vendre à Rs 6 millions, mais ce n’est pas ma vision. J’ai préféré investir dans la musique parce que je crois dans son potentiel. Si les artistes ne survivent pas jusqu’à ce que le secteur redémarre, qu’est-ce qui se passe ? Sans produits artistiques les concerts ne fonctionnent pas… 

C’était donc votre devoir de soutenir les artistes ? 
J’ai senti ce besoin… 

Parce que l’aide ne vient pas d’ailleurs ? 
J’ai fait ma part des choses. D’autres auraient pu faire beaucoup plus. C’est ce contexte de manque qui a vu l’émergence de jeunes comme : Bigg Frankii, Bomboklak, Lion Squad, 666 Armada. Des gens consomment ces musiques. Je ne dis pas que c’est de la bonne musique ou pas. 

Ce n’est pas votre rôle de producteur ? 
Si on dit : «Armada pé sant zouré», pourquoi on écoute Snoop Dogg ? Li pa zouré li? Jean Claude Gaspard pann sant sa dépi komié lane? Et Roger Clency ? Bon, ce n’est pas des musiques que j’écoute dans ma voiture, mais ce n’est pas mon rôle de dire aux autres ce qu’ils doivent écouter. S’il n’y avait pas eu Soz Serye, Infinity, Revival, est-ce que Blakkayo, Linzy Bacbotte, Mario Justin seraient partis en tournée à l’étranger ? Mo pa pé dir séki nou’nn fer kinn déklans tousala. C’était une pièce du puzzle. 

Vous avez beau dire que la production artistique n’est pas votre «core business». Vous continuez en 2023 ? 
En 2020, nous avons organisé le concert de Désiré François et Cassiya. Après avoir payé tout le monde, il n’y avait même pas Rs 300 000 de profits. Le ticket le moins cher était à Rs 300 au lieu de Rs 500. Désiré François voulait que le concert soit abordable. Est-ce qu’on continue ? Si demain les gens sont prêts à payer une place de concert à Rs 1500 au lieu de Rs 400, là oui, je le fais comme business.

J&J Auditorium, le dégel

Le samedi 7 janvier, le J&J Auditorium a accueilli le concert d’Alain Ramanisum. Le 4 février prochain, celui de Linzy Bacbotte pour ses 35 ans de carrière y est prévu. En avril 2017, la mairie de Vacoas/Phoenix avait décidé de ne pas accorder de permis aux organisateurs souhaitant tenir une manifestation dans cette salle. La raison avancée : un espace de parking jugé insuffisant. Les embouteillages, les soirs de concert dans cette artère menant à l’hôpital Candos, avaient aussi été mis en cause. 

Qu’en est-il cinq ans plus tard ? Ashley Munisamy qui est également le responsable technique du J&J Auditorium dit seulement : «Je ne sais pas comment ça s’est réglé. Des organisateurs ont demandé des autorisations, ils les ont eues. On a 400 places de parking pour 2 300 places assises.»

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