Hausse des taux d’intérêt: à quand une nation d’investisseurs ?

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Suivant les actions radicales de la Federal Reserve des États-Unis, plusieurs autres banques centrales, qui dépendent du dollar comme monnaie de réserve pour le commerce, ont dû suivre le mouvement.

Suivant les actions radicales de la Federal Reserve des États-Unis, plusieurs autres banques centrales, qui dépendent du dollar comme monnaie de réserve pour le commerce, ont dû suivre le mouvement.

Inflation oblige, les économies en développement affrontent depuis plus de deux ans maintenant les limites d’une économie tirée par la consommation. À Maurice, si les autorités ont pendant longtemps parlé d’inflation transitoire, les actions contre cette poussée inflationniste, incluant la politique monétaire, sont arrivées trop tard. Or, il faut se rendre à l’évidence, un taux directeur à 4,5 % contre une inflation 2022 projetée à 10,6 % n’est pas suffisant. Si les emprunteurs souffrent, la réalité est pourtant que l’investisseur ou l’épargnant n’est pas non plus gagnant. Des forts taux d’intérêt, on a connu pire avec un Repo Rate à plus de 9 % en 2007. Aujourd’hui, n’est-ce pas le moment de remédier à ce déséquilibre entre épargne, investissement et emprunts ?

Dans une lutte acharnée contre l’inflation, la hausse des taux d’intérêt a dominé l’actualité économique dans le monde, incluant Maurice. En effet, suivant les actions radicales de la Federal Reserve des États-Unis, qui a systématiquement augmenté son taux d’intérêt, qui devrait dépasser la barre des 5 % en 2023, plusieurs autres banques centrales, surtout celles, à l’instar de Maurice, qui dépendent du dollar comme monnaie de réserve pour le commerce, ont dû suivre le mouvement.

Avec un taux d’inflation de 10,7 %, en glissement annuel en mars dernier, et les augmentations des taux d’intérêt aux États-Unis et en Europe, la Banque centrale s’est donc retrouvée dans l’obligation de revoir à la hausse son Repo Rate passant de 1,85 % à 2 % en mars. À présent, l’on se retrouve avec une inflation de 12,1 % en glissement annuel à novembre et un Repo Rate de 4,5 %.

Si les emprunteurs se retrouvent dans une situation délicate, la réalité est pourtant que le taux directeur est condamné à encore augmenter pour être efficace, sans oublier le fait que le différentiel entre le taux d’intérêt et l’inflation est encore beaucoup trop grand pour qu’un épargnant puisse en bénéficier en termes réels. On vous explique.

Prenons les deux facteurs les plus pertinents dans notre conjoncture actuelle pouvant justifier une hausse des taux d’intérêt. Le premier reste l’inflation. Augmenter les taux d’intérêt décourage la dette, la rendant plus chère et encourage l’épargne. Cet impact sur la solvabilité des dettes étant important, il est donc usuel que la hausse des taux se fasse de manière progressive.

À titre d’exemple, en 2007, nous avions un taux d’inflation annuel de 8,8 % pour un taux directeur de 9 % à décembre 2007. Comme vous le voyez, le taux réel de l’intérêt, c’est-à-dire le taux d’intérêt nominal de 9 % moins le taux d’inflation de 8,8 %, nous laisse avec un taux réel de l’intérêt de 0,2 %, c’est-à-dire la valeur réelle du bénéfice sur investissement de l’épargnant ou de l’investisseur. Or, considérant le fait que le taux d’épargne des banques commerciales est généralement bien moins favorable que laisse entendre le Repo Rate, les épargnants se sont de toute façon, retrouvés avec des intérêts réels négatifs sur investissement.

Prenons notre situation actuelle. Avec un Repo Rate de 4,5 % et une inflation sur l’année calendaire prévue à 10,6 % par la Banque de Maurice (BoM), le taux d’intérêt réel des investisseurs ou de l’épargnant se retrouve donc en territoire négatif, étant à -6,1 %. Prenons le taux d’épargne de la Mauritius Commercial Bank qui est établi à 2,9 %, le différentiel avec le taux d’inflation annuel projeté est donc de -7,7 %. À savoir que le taux pour l’emprunt est par contre de 6,75 %.

Si cet écart entre le Repo Rate et le taux d’intérêt pratiqué sur le marché peut être justifié par le coût des frais d’opération des banques, dans une ère dictée par la technologie et dans un pays qui se veut leader du FinTech en Afrique, l’on peut se poser des questions sur l’efficience du système financier et sa capacité à instaurer une culture de l’épargne ou de l’investissement dans le pays. Conclusion : pour encourager l’épargne et l’investissement nécessaire à la consolidation de nos fondamentaux économiques, les taux d’intérêt devront encore augmenter.

Le deuxième facteur poussant la BoM à augmenter son taux directeur est la tendance de la Fed Reserve ou encore de l’European Central Bank. Lorsque la Réserve fédérale augmente son taux, elle augmente généralement les taux d’intérêt dans l’ensemble de son économie, ce qui tend à rendre le dollar plus fort. Les rendements plus élevés attirent les capitaux des investisseurs étrangers sur les obligations par exemple.

Pour un pays importateur net comme Maurice, le coût des importations, sachant que nous souffrons aussi de dépréciation locale de la roupie, est donc plus élevé avec un dollar plus fort, et nous sommes une destination moins attrayante pour les investisseurs si nos rendements sont trop bas. Pire, les investisseurs actuels peuvent simplement retirer leur argent de notre système pour investir dans une autre juridiction.

Dans ce contexte et, compte tenu de la dépréciation locale de la roupie, le Repo Rate à Maurice devrait en fait être plus élevé que le taux appliqué aux États-Unis pour qu’un investisseur puisse gagner plus sur les rendements d’investissement et d’épargne plutôt que le gain de change avec la dépréciation de la roupie en spéculant. La conclusion est donc la même : notre taux directeur dépassera probablement tôt ou tard la barre de 5 % également.

Finalement, si toutes les flèches pointent dans la direction d’une hausse continuelle des taux d’intérêt, il manque une campagne nationale d’éducation pour développer cette culture de l’investissement. De même, les banques commerciales doivent trouver le moyen d’être plus efficientes par rapport à leurs coûts d’opération afin d’aligner les efforts de la Banque centrale et les taux pratiqués sur le marché. Aussi, avec un déficit du compte courant estimé à 14,4 % pour 2022, contre 5 % en 2019, par le rapport MCB Focus, l’État aurait plus à gagner à encourager l’épargne plutôt que de continuer à encourager la demande et la consommation.

Des stratégies, c’est toujours bon d’en avoir, mais on les verra quand ces résultats ?

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