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John Olympio: «Notre mission s’inscrit dans cette dynamique de modernisation»

2 décembre 2022, 19:30

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John Olympio: «Notre mission s’inscrit dans cette dynamique de modernisation»

Forte de ses 40 ans d’existence, la Commission de l’océan Indien (COI) remet constamment à jour son mode de fonctionnement. La dernière preuve de son dynamisme est le renforcement de ses capacités institutionnelles pour aider ses membres à relever de nombreux défis. Son chef de mission nous en parle.

Le 23 novembre, a eu lieu la clôture du projet de renforcement des capacités institutionnelles (INCA) de la COI. Quels sont les principaux facteurs qui ont nécessité l’évaluation pour déterminer ce renforcement ? 
R: Dans toutes les organisations intergouvernementales, il y a des moments où les États membres se penchent sur leurs mandats, missions et actions. À la COI, la dynamique s’est accélérée ces dernières années. La Déclaration de Moroni d’août 2019 sur l’avenir de la COI a élargi son mandat et l’Accord de Victoria, son texte fondateur de 1984, révisé en 2020, consacre son évolution institutionnelle et fonctionnelle. Voulue par les États membres, elle vise à saisir les opportunités disponibles, à répondre aux aspirations des populations, à s’intégrer dans l’architecture panafricaine de développement et de sécurité, et à conforter son positionnement international de porte-voix des intérêts des petits États insulaires en développement (PIED). 

La COI gère un portefeuille diversifié d’une quinzaine de projets et programmes selon les objectifs de développement durable. Notre mission s’est inscrite dans cette dynamique de modernisation, d’une part, par les réformes de la planification et la gestion financière et comptable pour être aux normes internationales et passer les accréditations aux neuf piliers de l’UE et du Fonds vert, et d’autre part, par mettre progressivement en place une gestion axée sur ses résultats.

Après la mise en place du projet, quels seront les besoins en ressources humaines de la COI pour honorer ses engagements ? 
Depuis le démarrage du projet INCA financé par l’Union européenne (UE) en 2019, des avancées notables ont été observées. Nous avons développé quelque 260 outils, cadres et procédures dans un large éventail d’attendus en gestion administrative et financière, axée sur les résultats et le renforcement institutionnel. La COI avait déjà une performance très honorable au regard de la modestie du secrétariat général d’une trentaine de personnes pour un grand portefeuille de projets et de financements. En 2020, pour des contributions statutaires de 1,2 million d’euros des États membres, la COI a dépensé plus de 9 millions d’euros. Pour chaque euro investi, les États bénéficient de 7,5 € ; c’est significatif ! Ceux-ci reconnaissent aujourd’hui la nécessité d’un saut qualitatif et quantitatif indispensable pour permettre à la COI de traduire leurs ambitions en actions ; pour, d’une part, gérer efficacement les projets et financements actuels, et d’autre part, négocier de nouveaux financements pour des activités futures. La COI, qui célèbre ses 40 ans, est à la croisée des chemins ; forte des avancées obtenues à travers INCA, une fenêtre d’opportunité de 12 à 18 mois lui est ouverte pour son accréditation. Il lui revient donc de la saisir.

Quelles sont les réformes qu’elle ne peut pas ignorer ? 
Ces réformes sont en cours. Mais la situation économique internationale et celle des États membres sont sous une pression tangible. L’accréditation est à portée de main et un investissement en ressources humaines et financières est indispensable pour renforcer les capacités de formation, d’études, de planification, de suivi-évaluation et d’audit, entre autres. La COI doit donc mettre en oeuvre des cadres de gouvernance et de gestion développés avec l’appui d’INCA, mais aussi renforcer son positionnement stratégique et sa valeur ajoutée auprès des États membres et des partenaires, tout en améliorant les politiques et stratégies régionales et nationales. 

Dans la recherche d’efficacité et d’impact, le programme INCA et son successeur deviennent la base d’où les projets et programmes de la COI tireront leurs meilleures pratiques de mise en oeuvre, et construiront des systèmes de suivi axés sur les résultats de son Plan de développement stratégique. Une action solide et efficace de réforme est la pierre angulaire d’une mise en oeuvre efficace de ses projets, programmes et stratégies.

En quoi ce projet d’accréditation sera-t-il utile pour que la COI réalise les objectifs actuels non atteints ? 
L’accréditation aux neuf piliers de l’UE est un chantier complexe. En s’y lançant, la COI signifie son intention de gagner en autonomie, d’améliorer sa gouvernance et ses capacités internes de gestion administrative et financière. Cette accréditation permet d’accéder aux financements de l’UE plus aisément et de les gérer selon ses propres règles. Elle est également un gage de crédibilité aux autres bailleurs internationaux. Toutefois, le défi est moins d’obtenir l’accréditation que de la maintenir dans le temps.

Quand on parle de la COI, l’idée prédominante s’articule autour d’une organisation se limitant au bassin de l’océan Indien. Une ouverture intercontinentale serait-elle superflue ? 
La COI est d’abord une organisation d’États insulaires. Sa spécificité en fait un acteur incontournable dans la région et en Afrique. Elle met en oeuvre des projets qui couvrent jusqu’à une vingtaine de pays d’Afrique orientale et australe et de l’océan Indien – financés par le Fonds européen de développement pour la sécurité maritime et la pêche. La COI s’est aussi affirmée comme porte-voix naturel des îles en développement d’Afrique, dont le Cap-Vert, Sao Tomé et Principe, et la Guinée Bissau. Elle coordonne des actions d’économie circulaire et d’économie bleue de ces îles africaines de l’Atlantique et les Maldives. Son périmètre d’intervention dépasse donc largement l’Indianocéanie.

La COI a toujours été associée à l’UE. Quelle en est la pertinence ? 
L’UE est le partenaire historique de la COI. À sa création en 1989, la Communauté économique européenne (CEE) d’alors avait mis à disposition un administrateur jusqu’à la nomination du premier secrétaire général, et financé ses premiers projets. En fait, il y a 40 ans, lorsque Maurice, Madagascar et les Seychelles adoptent la Déclaration de Port-Louis le 21 décembre 1982, de nombreux États et entités manifestent leur intérêt pour cette Commission en devenir, dont la CEE. L’Europe traduit rapidement son intérêt en appuis, ce qui est normal : l’UE est le premier contributeur mondial à l’aide publique au développement ; c’est dans son ADN. L’UE devrait continuer à aider la COI à surmonter les défis du développement à long terme en capitalisant sur sa valeur ajoutée et ses expertises. Quant à la COI, son insularité et sa capacité à fédérer sont deux forces motrices qui la positionnent comme un acteur régional incontournable.