Cannabis médical: le dossier effeuillé

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Dès que les amendements à la «Dangerous Drugs Act» seront promulgués, le cannabis médical sera une réalité à Maurice. D’où viendra-t-il ? Qui y aura droit ? Qu’en pensent les parties concernées ? Tour d’horizon.

Qui pourra prescrire ?

Le rapport du comité technique présidé par le Pr Teeshan Bahorun soumis aux autorités en novembre 2021 préconisait que seuls les spécialistes et consultants de santé publique aient le droit pour prescrire le cannabis médical. Dans la loi, il est prévu que les spécialistes du privé et du public pourront recommandent le traitement. Leur demande sera analysée par le Medical Cannabis Therapeutic Committee, qui sera mis en place dans chaque hôpital régional. Ce comité, présidé par le Regional Health Director, comprendra deux spécialistes du service public et un pharmacien. Le comité pourra «co-opt such other person as it may determine».

Le comité passera en revue les demandes et, en cas d’acceptation, le patient sera référé à l’hôpital le plus proche. Le traitement sera de trois mois, renouvelable et disponible uniquement dans les hôpitaux. Le rapport Bahorun préconisait d’établir un registre électronique avec les donnees des patients. Si la loi prévoit un registre, c’est le secrétaire permanent du ministère de la Santé qui en définira les modalités.

Qui aura droit au traitement ?

Le cannabis médical sera réservé à des «specific therapeutic conditions» la paralysie spasmodique associée à la sclérose, l’épilepsie sévère, les nausées et vomissements associés à la chimiothérapie ainsi que des douleurs sévères. Dans chaque cas, le patient devra avoir épuisé tous les autres traitements. Telles sont les conditions pour lesquelles le rapport Bahorun demandait l’usage du cannabis médical.

Cependant, cette décision ne fait pas l’unanimité car jugée trop restrictive. «Une personne n’aura pas le choix. Par exemple, il faudra qu’elle passe par la chimiothérapie pour un cancer, même si l’alternative peut être le cannabis médical», avance Dev Sunnasy, qui rappelle dans la foulée que Linion Pep Morisien (LPM) est pour la dépénalisation totale du cannabis, qu’il soit industriel, récréatif ou médical. Amrish Lachooa, porte-parole de l’ONG Cannabis Legalization and Informative Movement (CLAIM) abonde dans le même sens et estime que la prescription devrait être plus large. «Surtout, il aurait fallu laisser les médecins décider. Ce n’est pas aux parlementaires de décider quel médicament donner à quel patient.»

D’où viendra-t-il ?

Le cannabis sera importé. La loi prévoit que les importateurs doivent le faire pour le compte du ministère de la Santé ou avoir une autorisation pour le faire. «Where medicinal cannabis is imported, the importer shall, under the strict supervision of the Police, deliver the medicinal cannabis to the Ministry.» Pour la provenance, le Dr Kailesh Jagutpal a expliqué, dans son summing-up, que seuls les produits autorisés par la Food and Drug Agency des États-Unis ou l’Agence européenne des médicaments seront achetés par le ministère. Sur l’importation, le rapport Bahorun rappelait que selon la Pharmacy Act, «when a product is imported for use in hospitals only, there will not be any need for an import permit». Mais la loi prévoit autrement, et plusieurs parlementaires, à l’instar de Paul Bégenger, le Dr Farhad Aumeer et Ehsan Juman, entre autres, ont exprimé leurs craintes du copinage dans l’octroi des permis d’importation.

Où en est la culture locale ?

Le 6 août 2021, le conseil des ministres donne son aval à un projet pilote de culture du chanvre à Maurice, annonçant : «At the initial stage, 5 kg of three varieties of Industrial Hemp would be imported and grown on a pilot basis.» Il précise que le chanvre, contrairement à la marijuana, «contains less than 0.3 percent of THC (delta9-tetrahydrocannabinol), which has a minimal concentration of psychotropic effects». Puis, rien. «Ce qui est bizarre, puisque le chanvre prend six mois pour arriver à maturité. Plus de 18 mois se sont écoulés, on n’a rien entendu», avance Amrish Lachooa.

Peu avant, en mai 2021, dans une réponse parlementaire, le Dr Kailesh Jagutpal avait parlé du projet et évoqué la création d’un National Steering Committee comprenant des partenaires du public et du privé pour la production locale du cannabis industriel. Sollicitée, Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de la Chambre d’agriculture, explique que plusieurs membres de la Chambre sont disposés à mettre des terres à disposition de ce secteur pour faire des essais et investir dans la transformation. «Nous attendons, cependant, des réponses des autorités sur la mise sur pied des comités qui se pencheront sur ces dossiers.» Elle fait aussi ressortir les avantages de cette industrie et les nombreuses opportunités dans ce secteur.

L’apport économique n’a pas été étudié, mais Jacqueline Sauzier affirme que la plante peut non seulement être utilisée de la racine aux bourgeons, mais aussi aider à réduire l’utilisation de produits chimiques dans les champs. «L’exploitation du chanvre peut aider à développer une agriculture différente qui déviera sur une industrie de transformation, comme la cosmétique, par exemple. Avec cette plante on peut produire du shampoing, des lotions mais aussi de la nourriture pour animaux, des fibres et même du papier des planches composites ou du compost. Le chanvre pourrait, d’ailleurs, avoir des propriétés médicinales. Mais la plante est surtout intéressante pour la production de biomasse, ce qui assurera une production énergétique verte provenant de sources locales.»

Du cannabis médical, la secrétaire générale dira que pour le moment, il n’y a pas d’autorisation pour sa production, mais que la Chambre d’agriculture s’est déjà positionnée auprès du ministère de la Santé pour produire ce type de cannabis à Maurice. «Pour cela, il faut un cadre légal pour planter et transformer cette plante en collaboration avec des partenaires.»

Du côté de LPM, des chiffres sont avancés. Dans un document publié sur cette industrie, les bénéfices totaux seraient de Rs 100 milliards. «Nous parlons d’une exploitation de chanvre, de cannabis médical et récréatif sur 20 000 arpents de terres abandonnées par des petits planteurs. Des terres prêtes à être cultivées sans reconversion», dit Dev Sunnasy. Il avance que le chanvre représentera déjà une industrie avancée avec une high-margin. Les possibilités sont énormes et pourraient aider à relancer le secteur du textile, surtout que la main-d’œuvre est disponible. «Le tissu fabriqué à partir du chanvre est plus cher que le coton. C’est ce qu’on appelle high-margin», réitère-t-il. Les fibres du chanvre peuvent aussi être utilisées pour produire du plastique biodégradable et de la nourriture pour animaux, entre autres.

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