Stéphanie Anquetil: «Pour Kalpana Koonjoo-Shah, tout va bien»

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Ces dernières semaines au Parlement, la députée rouge a déployé sa verve pour dénoncer ce qui se passe au ministère de l’Égalité du genre, du développement de l’enfant et du bien-être de la famille, surtout après le drame de très jeunes enfants au «shelter» l’Oiseau du Paradis. Elle ne cache pas ses sentiments envers la ministre, qu’elle juge «irresponsable». Dans cet entretien à bâtons rompus, elle confie ses appréhensions… et sa volonté de ne pas lâcher prise.

Pourquoi cette «hargne» contre le ministère de Kalpana Koonjoo-Shah ?
Je tire la sonnette d’alarme depuis un moment sur ce qui se passe au sein de ce ministère. On recule dangereusement. Ce qui s’y passe est inacceptable. Maintenant si la situation est grave dans certains shelters, je reconnais quand même que quelques-uns marchent très bien. Mais les deux qui sont sous la tutelle du ministère et qui sont chargés de s’occuper d’enfants ne fonctionnent pas. Des choses inexplicables se passent là-bas, c’est irréel, ce n’est pas possible. Je suis au courant de ce qui s’y passe, je reçois tellement d’informations à ce propos. Par exemple, la situation à l’Oiseau du Paradis ne date pas d’hier. La mauvaise gestion est flagrante et je ne comprends pas comment malgré les rapports de l’Audit et du Public Accounts Committee, pourquoi il n’y a aucune volonté politique d’améliorer les choses.

Pour moi, la politique n’est pas un métier mais un engagement. Il faut l’assumer et j’irai jusqu’au bout. Ce que vous voyez en ce moment n’est que le sommet de l’iceberg ; il se passe beaucoup de choses à l’Oiseau du Paradis et celui de Notre-Dame. Il n’y a pas seulement la qualité des équipements mais aussi le personnel, la formation. Qu’en est-il de tout ce qui est technique ? Il ne faut plus embaucher des gens au petit bonheur car travailler avec de petits enfants demande des capacités professionnelles et techniques. J’ai appris que la ministre (NdlR, Kalpana Koonjoo-Shah), depuis qu’elle est là, ne recrute que des personnes de sa circonscription et je trouve cela déplorable.

Vous parlez d’informations reçues sur ces deux «shelters», dites-nous plus.
Par exemple, des caméras ont été installées dans la salle de repos des caregivers, qui sont uniquement des femmes. Pourquoi ? Ces femmes viennent là pendant leurs heures de repos. Le plus intéressant : le manager est un homme. Les images sont aussi accessibles à deux autres personnes du ministère qui sont aussi des hommes. Quelle coïncidence ! Quel est le but derrière tout ça ? J’attends toujours une réponse là-dessus au Parlement ; entre-temps, les caméras ont été enlevées. Mais j’ai des preuves, des photos...

Selon vous, ce ministère touche le fond ?
On n’en est pas loin. Je n’ai rien de personnel contre la ministre. On l’a crue en 2019 quand elle est arrivée ; puis cela a été la grande désillusion. Ce ministère sans leadership a à sa tête une ministre irresponsable choisie par le Premier ministre. C’est clair qu’elle n’arrive pas à gérer son ministère. Je ne vais pas entrer dans les détails et les informations que j’ai sur elle, mais j’ai cru comprendre que l’arrogance dont elle fait preuve, ce n’est pas uniquement au Parlement mais aussi au sein du ministère. Elle la chance d’être là mais elle n’assume pas ses responsabilités. Pour elle, tout va bien. Elle opère dans l’opacité avec un manque de transparence totale. On ne l’entend pas sur des sujets de brûlante actualité mais sur d’autres choses, elle se met en avant pour autre chose, lors de congrès de son parti, notamment. Moi j’ai su à qui j’avais affaire quand elle a pris des enfants d’un autre shelter pour inaugurer celui de NotreDame. Juste pour la galerie. Comment en est-on arrivé à un tel niveau ? C’est aussi un ministère composé de plus d’hommes que de femmes alors qu’on parle d’égalité du genre.

D’accord mais peut-on tout mettre sur le dos de la ministre ?
C’est elle qui est aux commandes. Vous êtes ministre, vous voyez que les choses ne bougent pas, vous changez ce qui doit l’être. Mais ce n’est pas une ministre qui défend l’intérêt des femmes et des enfants. En tout cas, moi je ne le ressens pas. Aujourd’hui, on a l’impression qu’elle est enn ti servolan kas lalign, sans aucun fil conducteur dans son travail.

Et la réaction de Pravind Jugnauth au sujet de bébé S. mardi, au Parlement, vous en pensez quoi ?

J’ai été choquée de l’attitude du Premier ministre (PM). Je pense que l’île Maurice entière a été choquée, écœurée, dégoûtée par son attitude, le fait qu’il ait divulgué l’adresse de la mère de ce bébé qui est aux soins intensifs. On a en face de nous aujourd’hui un PM déjà très fragilisé mais quand vous le voyez ‘soutirer’ une ministre pareille, vous comprenez alors à quel gouvernement vous avez affaire. 

Quels sont les changements majeurs et urgents qu’il faut apporter au système ?
Tout est à revoir. Même la Child Development Unit est dépassée. Moi, je suis déterminée à continuer mon travail. Maintenant je vais prendre un autre angle. Soit tout ce qui touche au National Children’s Council. Qui siège sur le board ? Sur leur site web, je n’ai vu que leur mission et leurs objectifs. Je veux savoir qui sont ces personnes et ce qu’elles font.

Plusieurs enfants ont été admis à l’hôpital récemment suite à des soupçons de négligence dans des «shelters» du ministère, ne serait-il pas le moment d’en revoir la gestion ?
Il faut revoir la gestion, oui, mais il faut aussi recruter, je le répète, du personnel compétent. Là-bas, tout est à revoir. L’Ombudsperson for Children a dénoncé et a plaidé pour une grande réforme mais il n’y pas eu un mot dans le Budget à ce propos.

Le projet de loi sur l’adoption changer-t-il les choses ?
Cela va aider mais il y a souvent des effets d’annonce avec cette ministre et puis rien. J’espère qu’on accouche rapidement de cette loi entourant l’adoption.

Parlons des «probation homes». Plusieurs sources parlent de faits très graves comme l’absence de discipline et le fait que des personnes extérieures y peuvent aller et venir librement.
Je n’ai pas beaucoup d’informations sur les probation homes car j’ai été très prise avec les shelters mais j’apprends qu’il y a beaucoup de problèmes à ce niveau aussi. Mais qu’est-ce qu’on fait à partir de là ? On croise les bras, on reste tranquille ?

«Maintenant je vais prendre un autre angle soit tout ce qui touche au national children’s council.»

Si vous ne vous faites pas entendre au Parlement, «what next» ?
Je refuse d’abandonner. Je vais continuer mon combat jusqu’à mon dernier souffle. Ce n’est pas évident et cela me prend beaucoup d’énergie mais je vais le faire. Car on parle d’enfants issus de familles défavorisées. J’attends cependant qu’il y ait une amélioration au Parlement. Sinon je n’aurais d’autre choix que d’alerter les institutions internationales sur ce qui se passe à Maurice.

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