La «Tamil Landing ceremony» à Trou-Fanfaron

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La genèse du Temple Kylassum

Cher Nad Sivaramen,

Dans l’édition de l’express du mercredi 31 août, à la page 10, dans la rubrique Balade, nous donnant un aperçu avec de belles photos du korvil Kylassum à Port-Louis, il y a une lacune intentionnelle ou non à propos de l’acquisition du terrain où se trouve l’Aroul Migou Sockalingum Meenatchee Ammen Tirukorvil.

Le journal écrivait que sa construction débuta en 1854 sur les terres cédées par Emilien de Boucherville… Vous savez qu’en histoire quand il s’agit de faits, il faut être précis. En fait, ce terrain n’a jamais été cédé par Emilien de Boucherville. Non, c’est faux ! Ce sont des commerçants et des négociants tamouls de la capitale qui achetèrent cette grande superficie de terrain afin que leurs coreligionnaires puissent ériger leur lieu de culte et d’autres structures culturelles et linguistiques.

C’est cette façon de mal choisir des termes appropriés qui fait qu’aujourd’hui certains n’arrivent toujours pas à savoir si Diego Garcia a été cédé ou vendu. Cession ou vente ? Cette rectification est importante au nom de l’histoire.

Cette vente eut lieu devant le notaire Me Aristide Meistri où il faisait mention qu’Emilien de Boucherville était le vendeur et les acheteurs étaient : Chellumbron Ramchetty, Mylapoor Moonisamy (qui revendiquait aux colons anglais les droits de laboureurs indiens), Bardy Sarda Renegapa, Mourga Vyaboury Chetty, Luchumanen Chetty Narainsamy, Vinvamardani Nalletamby, Banyard Soka Polichety, Allagapin Moorghen Pather, Sinacanou Chetty Socklingum, Candavaraya Padeeachee Viraion, Sinaya Ramchetty, Callasson Poulle, Cavaci Padeeachee Sababadie, Maruday Odeear, Moonneapen Nayker, Viraperoumal Payenlendy Pather, Ayasamy Maleeapoulle Vadeear, Coutteya Vingdasallou Chetty, Rama Poulle, Rama Chetty, Sooprayen Coomarasamy, Namasivaya Pather, Carapin Ramassamy Poulle, Ramasamy Narayen Padeeachee.

À noter que parmi les acheteurs il y a en beaucoup qui étaient d’origine pondicherienne. Cela se voit par leurs noms qui ont des accents français. La famille Sivaramen a joué un rôle prépondérant au sein de ce korvil. Le premier président (NdlR, de la Hindu Maha Jana Sangham Association) était N. Sivaramen, avoué de profession (…). Et il y avait aussi le prêtre Sivaramen qui officiait pour un long moment pour le Kylassum…





La «Tamil Landing ceremony» à Trou-Fanfaron

De g. a d. Manoven Sadayen, (President du Kylassum), Devarajen Kanaksabee et Chengen Coomarah (President MTTF), le 30 octobre, pour le 287e anniversaire de l'arrivee des tamouls batisseurs.

1735-2022. Le 287e anniversaire de l’arrivée des Tamouls bâtisseurs. Ces deux événements ont été marqués par deux cérémonies en octobre. Pour la première fois à Maurice, il y a eu une commémoration eu égard au débarquement des Tamouls à l’ancienne île de France, à Trou-Fanfaron, au temps de l’administration française. C’était plus particulièrement l’arrivée des Pondichériens du comptoir de la Compagnie des Indes. Cette célébration n’avait pu avoir lieu à Trou-Fanfaron en 1985 pour des raisons bassement communalo- politiques. C’est une aberration de la commémorer à Rose-Hill vu que les Tamouls n’ont pas débarqué là-bas. 

Cette cérémonie a eu lieu le 23 octobre en présence des amis et autres amoureux de notre histoire commune. Des passionnés du patrimoine aussi étaient au rendez-vous pour marquer cet événement d’une pierre blanche, un moment exceptionnel de notre histoire de peuplement. 

Lors d’un discours de circonstance, j’ai relaté le passé dans les moindres détails, en dépit du fait qu’aucun historien n’ait jusqu’ici pu localiser l’emplacement exact de tous les débarquements depuis la première prise de possession de l’île au nom du roi de France par le commandant Guillaume Dufresne d’Arsel, du vaisseau Le Chasseur, en 1715 jusqu’à 1735. 

Comment donc je peux être témoin oculaire d’une histoire vieille de 300 ans ? Cela paraît impossible. Tout simplement parce que je suis un habitant de l’endroit et je connais tous les coins et recoins de cette partie de l’île où bon nombre de nos compatriotes rêvent encore de cette vieille partie de la capitale ou, plutôt, ce Port-Louis de nos ancêtres. Tous les vestiges et autres ruines ont disparu à partir de 1985 avec ce développement tous azimuts dont notre génération est témoin. La disparition de la Ferme des Rhums, anciennement une église presbytérienne, et autres patrimoines dans les environs ont détruit l’âme du terroir. 

Pourtant, cela faisait grandement la fierté de tous les Mauriciens. Ce changement brutal a bouleversé notre quête identitaire et les natifs du coin ont assisté tout cela impuissamment. L’ancien tunnel-canalisation à côté de l’ex-poste de police de Trou-Fanfaron était en pierre et, enfant, on voyait l’eau de la mer qui montait jusqu’à ce niveau. Il y avait même un canal devant cet ancien poste militaire qui regorgeait de petits poissons d’eau douce. Le grand mur du Parc à Boulets agissait comme défense et le canal le longeant comme un bassin de rétention. Dommage que maintenant même sur les cartes postales on ne les voit pas. C’était un passé glorieux. C’était l’endroit idéal pour l’accès aux bateaux. C’était une grande ouverture qui ressemblait à une entrée idéale à partir du nord-ouest de la ville, avec des débris marins de l’époque souvent éparpillés un peu partout. Selon un hydrographe à bord, cette région déserte abritait une source d’eau potable. Aujourd’hui on a bouché la gueule de cet approvisionnement en eau qui prenait sa source depuis le Pouce. 

Ce n’est pas sans raison qu’on a une rue opposée à ce point portant le nom de Duronguet de Toullec, le prédécesseur du gouverneur Denis de Nyon en 1721. D’où 1700 sur l’écriteau ! Où logeaient donc Duronguet et tout l’équipage du vaisseau ? Dans cette petite rue, il y avait des murs en pierre qui faisaient clôture d’un château au nom de Duronguet selon les anciens de la localité et peutêtre le premier édifice de l’île pendant la colonisation française. 

Fait intéressant que beaucoup de gens ne savent pas, entre rue la Paix (c’était un navire) et rue Duronguet (cette rue fait une courbe pour joindre rue La Paix pour ne pas briser le parcours naturel linéaire de cette source) il y a une rue au nom de Guillaume Dufresne d’Arsel. On demande aux autorités, plus spécialement le ministre du Patrimoine, de faire rouvrir cette ruelle car elle fait partie du tout début de notre histoire franco-mauricienne. Même l’enseigne a disparu avec la démolition de l’ancienne Fabrique Centrale des Vins. 

Voilà pourquoi en deux mots tous les ingrédients sont réunis là pour dire que les vaisseaux accostèrent l’île en ce lieu. Pourquoi c’est Trou-Fanfaron ? Parce qu’il y avait un grand trou qui facilitait l’entrée des vaisseaux dès que la mer rencontrait la terre. Ce quartier recèle une importante parcelle de notre riche passé. D’ailleurs, La Bourdonnais aménageait des infrastructures dans le port pour pouvoir accueillir des navires. 

Quand manuscrits testamentaires et livres cessent de livrer leurs secrets c’est le champ de l’imagination qui doit prendre la relève sans tomber dans l’imaginaire et la légende collective. D’autre part, l’histoire orale est une discipline respectée de l’UNESCO avant de faire inscrire site ou autres héritages immatériels sur la liste des patrimoines de l’humanité. 

Comme le Morne ! Et plus tard l’Aapravasi Ghat ! 

À l’avenir, le «Tamil Landing Spot» pourrait faire partie du parcours culturel ceinturant Port-Louis à commencer par le Caudan en traversant toutes les institutions symbolisant notre héritage allant même jusqu’à la route Militaire et sur tout le pourtour de la périphérie. L’État doit faire provision pour aménager un espace afin que la postérité puisse savoir que ce lieu était un point d’ancrage pour les Tamouls venant de Pondichéry. Déjà, depuis belle lurette, on parle d’un jumelage Port-Louis et Pondichéry qui ne s’est pas concrétisé jusqu’ici. Et pourquoi ! 

La deuxième cérémonie eut lieu le dimanche 30 octobre dans la cour du Plaza, au pied du Silambou, avec un dépôt de fleurs pour honorer tous ces Tamouls bâtisseurs pour ce 287e anniversaire. Le hic c’est que jamais aucun gouvernement n’a rien fait pour ce pan important de notre histoire. Drôle de devoir de mémoire de la part de l’État quand on constate les démarches des autorités quand il s’agit de rendre hommage aux autres arrivées sur l’île. Ah ! Ce n’est pas «politically correct». C’est de la sélection systématique. 

J’ai aussi mis en avant les multiples empreintes du génie tamoul sur une multitude de bâtiments à l’instar de la Jummah Mosque. J’ai saisi cette occasion pour parler rapidement sur le pourquoi de la présence des arbres fruitiers, la «ros cari», la «ros lavé», le «tirver», le pilon dans beaucoup des cours port-louisiennes. 

Un riche commerçant tamoul pondichérien au nom de Modeliar était un actionnaire de la Compagnie des Indes avec La Bourdonnais, selon Philippe Haudrère dans son livre La Bourdonnais - Marin et aventurier. Un autre Pondichérien, Nidamamilla Rajapayer, était conseiller commercial pour cet établissement des commerces intercontinentaux et consultant politique de Dupleix. Source : Histoire de Pondichéry, de l’an 1000 à nos jours par Yvonne Robert Gaebelé. 

J’ai soulevé un point d’une grande importance par rapport à la religion d’État de cette époque, où la seule religion permise était le catholicisme, en disant que le premier korvil de confession non-catholique ne pouvait pas être celui construit sous Pierre Poivre en 1772 à la rue Madras à la Plaine-Verte, selon une analyse, mais bien avant. Et cela va à l’opposé du Code Noir ?

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