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Électrosensibilité: Anne-Marie n’a pas utilisé de portable depuis dix ans…

16 juin 2022, 20:15

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Électrosensibilité: Anne-Marie n’a pas utilisé de portable depuis dix ans…

En dix ans, Anne-Marie a vu son quotidien complètement chamboulé. Cette Française, qui vit à Maurice, est obligée de contrôler son environnement afin de minimiser son exposition aux champs électromagnétiques. En cette Journée mondiale de l’électrosensibilité, elle se dévoile afin de parler de ce mal que peu de gens connaissent…

Sensations de brûlure, insomnie, migraines, difficultés à se concentrer… Ce sont autant de symptômes que ressentent tous ceux pris dans la spirale de l’électrosen- sibilité. Encore peu connue, cette maladie affecte pourtant des millions de personnes dans le monde, comme le décrit le professeur français Dominique Belpomme, l’un des premiers médecins français à s’être intéressé de près à l’électrohypersensibilité (EHS). Selon lui, il ne faut pas prendre ces symptômes à la légère. Justement, Anne-Marie l’a appris à ses dépens. D’autant plus que ce mal lui est tombé dessus sans crier gare alors qu’elle allait prendre sa retraite. «Cela fait presque dix ans que je n’ai pas utilisé de téléphone portable.»

Elle raconte qu’elle occupait, en France, un poste à responsabilité au sein d’un ministère. Ce qui l’amenait à beaucoup voyager. «J’avais 125 personnes sous ma responsabilité en France et également à l’outre-mer. Je voyageais toujours avec deux portables, un pour le boulot et l’autre pour la famille. Je travaillais dans les trains, même à l’arrière de la voiture quand elle roulait, et en avion. J’évoluais dans un milieu très hi-tech.» Toutefois, elle ressentait, de temps à autre, des douleurs à l’oreille. «Ce n’est qu’après que l’on m’a informée que le portable, il ne fallait l’utiliser qu’une heure par jour, au maximum…» Chez elle, l’imprimante marchait en mode WiFi, les téléphones aussi étaient sans fil, les portables fonctionnaient avec la WiFi et c’était pareil pour toutes les technologies l’entourant. «Je ressentais des maux de tête, pensant qu’ils étaient occasionnés par la fatigue du boulot.»

Ce n’est que deux mois après avoir soumis sa démission pour venir s’installer à Maurice qu’Anne-Marie s’est sentie plus mal. «J’étais en Facetime avec une collaboratrice. J’ai senti des picotements à la tête, les cheveux qui se hérissaient et j’ai balancé le téléphone.» Elle ajoute qu’en 2014, en France, les gens ne croyaient pas vraiment que les ondes électromagnétiques pouvaient être aussi nocives sur certaines personnes. Son époux, Maurice, raconte qu’il a tenu à s’informer sur ce mal qui rongeait sa femme et a découvert que d’autres personnes souffraient encore plus qu’Anne-Marie d’EHS. «Il y a même des gens qui vivent dans des grottes afin d’être éloignés de ces ondes.»

Toutefois, en se documentant sur cette maladie, ils ont tous deux appris que certains patients pouvaient même avoir des atteintes à leurs organes. «Dans mon cas, j’ai des maux de tête et cela va jusqu’aux vomissements. Si je capte trop d’ondes électromagnétiques, cela prendra trois semaines, voire un mois, pour me rétablir. Mon problème est que je me charge d’ondes électromagnétiques mais que je ne m’en décharge pas.»

De ce fait, le couple se déplace en permanence avec un boîtier qui enregistre le niveau des ondes électromagnétiques les entourant. «Si je vais au supermarché, je dois m’y rendre très vite. Toutefois, s’il y a une queue à la caisse, je laisse tout avec mon époux car les caisses enregistreuses et les clients autour de moi ont le WiFi sur leur téléphone.»

Cette situation a été encore plus douloureuse car elle a passé cinq ans désocialisée. «Imaginez quand vous allez au restaurant, vous leur demandez s’ils ont le WiFi, et eux pensent vous mettre non loin de la boîte alors que vous devez vous en éloigner le plus possible.» Pour ce qui est des relations avec les amis, elle doit leur dire, dès qu’ils franchissent la porte d’entrée, de laisser les téléphones derrière ou encore de les mettre sur mode avion.

Pour rester en contact avec le monde extérieur, et même avec leur famille, ces résidents français ont eu à câbler toute leur maison. «À la maison, mon ordinateur est déporté, l’écran est très loin de moi et il y a un filtre, qui me protège. Sous mes pieds, j’ai un tapis, qui me permet de me décharger. Il est branché à la terre.» Si aujourd’hui, elle paraît aussi sereine en nous parlant de son quotidien, au début, ce n’était pas le cas. «Au départ, c’était très inquiétant car je me suis dit que ma vie était finie. Voyager en avion devient également difficile. Surtout dans les aéroports, où tout le monde a une connexion WiFi.» Ce n’est qu’au bout de cinq ans qu’elle a pu recommencer à vivre.

Toutefois, aujourd’hui, un problème survient avec l’installation des compteurs intelligents par le Central Electricity Board (CEB). «Le jour où les techniciens sont venus installer les compteurs, on a discuté avec eux, et on leur a fait comprendre quels problèmes nous rencontrons avec le WiFi et ses connexions. Selon eux, ils ont un moyen pour ne pas brancher ce boîtier et ils ont dit qu’ils feraient le nécessaire pour que nous ne souffrions pas. On espère que ce problème de santé sera pris en considération.»

La famille croise les doigts pour que rien ne vienne perturber son quotidien. «Je me suis remise à la photographie et je passe mon temps entre la mer et la nature, loin de la technologie, histoire de me sentir bien dans ma peau», précise Anne-Marie. Son souhait est qu’à l’avenir, on puisse trouver une solution pour toutes les personnes électrosensibles afin qu’elles puissent mener une vie paisible…

 

 

 

 

 

 

 

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