Climat: la COP est déjà pleine

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Arrivée de Greta Thunberg, symbole de la lutte contre le changement climatique, à Glasgow, dimanche.

Arrivée de Greta Thunberg, symbole de la lutte contre le changement climatique, à Glasgow, dimanche.

Le 26e Sommet de la COP a débuté hier à Glasgow, en Écosse. L’île Maurice, qui est représentée par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, et le ministre de l’Environnement, Kavy Ramano, aborde ce rendez-vous crucial pour l’avenir de l’humanité avec un point noir : l’«Offshore Petroleum Bill», alors que le monde tend vers une réduction des énergies fossiles.

L’attente est grande et les enjeux immenses. La COP26 s’est ouverte, dimanche, dans une ambiance ambiguë et, surtout, sur fond de prévisions très alarmantes sur le réchauffement climatique. Le constat pré-COP26 est sans appel : les engagements des grands pays émetteurs de gaz à effet de serre sont loin, très loin même, de l’objectif de limiter la hausse de température à 1,5 degré Celsius. Au cours de ces deux semaines, les dirigeants de 197 pays et quelque 20 000 représentants vont se retrouver et délibérer sur la politique climatique mondiale. Les experts sont sceptiques et sont d’avis que c’est la COP de la dernière chance Maurice joue gros.

Pravind Jugnauth avec le président seychellois, Wavel Ramkalawan, lors du transit vers Glasgow.

À quoi sert la COP26 ?

Depuis 1995, les dirigeants à travers le monde se réunissent annuellement, ou presque, pour déterminer comment contrer, de façon collective, le changement climatique. Hier, a débuté à Glasgow en Écosse, la 26e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Outre les dirigeants des pays, des ONG, des scientifiques, des diplomates et des journalistes y participent.

Le lien avec l’Accord de Paris ?

Encore une fois, il sera question de faire le point sur les progrès réalisés dans le cadre de l’Accord de Paris et de, surtout, savoir qui n’a pas respecté ses engagements. Pour rappel, en 2015, un accord avait été trouvé pour contenir l’élévation moyenne des températures «nettement en dessous de 2˚C» en comparaison avec l’ère préindustrielle. Il était aussi question de limiter la hausse à moins de 1,5˚C. Un objectif qui semble ambitieux, puisque le monde s’est déjà réchauffé de plus de 1˚C.

Les enjeux pour Maurice

Les petits États insulaires en développement (PEID) constituent un groupe distinct de 58 pays insulaires, dont Maurice, considérés comme étant très vulnérables et souvent touchés par des phénomènes météorologiques extrêmes.

Selon Sunil Dowarkasing, cadre chez Greenpeace, il s’agit «très probablement» de la COP de la dernière chance pour Maurice et pour cette génération. «Il revient surtout aux pays du Groupe des 20 (G20) de sauver la planète car ils sont responsables de 80 % de nos émissions.» Les dirigeants des PIED ont déclaré que leurs pays sont confrontés à une menace existentielle si les pays riches ne tiennent pas leurs promesses d’inverser le cours du réchauffement climatique.

Mobilisation de fonds

Pravind Jugnauth et Kavy Ramano participeront aujourd’hui au lancement du World Leaders Summit. Demain, ils interviendront, lors du lancement de l’Infrastructure Resilience Project for Small Island Nations (IRIS), en compagnie des dirigeants de l’Inde, de l’Australie et du Royaume-Uni. Il est attendu que ces derniers accordent 10 millions USD chacun pour financer les initiatives des îles, les aidant à être plus résilientes. Soulignons que l’IRIS est une initiative conjointe de la Coalition for Disaster Resilient Infrastructure et des PEID en vue de promouvoir un développement résilient, durable et inclusif de l’infrastructure.

Lors de la COP15, les pays riches avaient promis de verser 100 milliards de dollars aux nations moins riches d’ici 2020, pour les aider à mieux s’adapter au changement climatique et à atténuer la hausse des températures. La délégation de Maurice participera justement au sommet dans le but de réclamer des fonds pour réduire notre émission de dioxyde de carbone de 40 % d’ici 2030 (selon nos ambitions affichées dans le Nationally Determined Contributions – NDC). Selon le ministre Ramano, Maurice réclamera à hauteur de Rs 300 milliards pour réaliser cet objectif, alors que quelque Rs 100 milliards seront allouées par le gouvernement et le secteur privé.

Sunil Dowarkasing estime toutefois que Maurice a entamé ce sommet sur une mauvaise note car l’Offshore Petroleum Bill est actuellement débattu au Parlement. «L’extraction du pétrole est la base même de tout ce qu’on veut défendre. Comment est-ce que la délégation arrivera à concilier l’urgence climatique et l’introduction de ce projet de loi ? Le temps nous le dira.»

Émission de gaz à effet de serre : l’effort collectif souhaité

Souvent, les doigts sont pointés vers la Chine et les États-Unis car ils sont, sur le plan global, les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre. Mais ils ne sont pas les seuls responsables. Ces dernières 20 années, les émissions totales de dioxyde de carbone ont augmenté de plus de 50 %. Selon un rapport alarmant de l’ONU en 2019, chaque pays doit réduire ses émissions de 7,6 % par an. Maurice ne fait pas figure d’exception. L’auteur Jean-Luc Wilain le décrit d’ailleurs clairement dans son livre L’Indépendance en 2068. Si l’on considère tous les facteurs qui participent à l’effet de serre, Maurice est un plus gros émetteur par habitant, en comparaison avec l’Inde, même si sa contribution globale de dioxyde de carbone s’élève à 0,11%, soit le pays au 128e rang mondial des «réchauffeurs». En 115 ans, Maurice a doublé ses émissions de gaz à effet de serre. «50 % des émissions dépendent des choix souverains et 50 % des choix individuels», explique Jean-Luc Wilain dans son livre (voir graphiques). L’auteur concède que la communauté internationale, y compris Maurice, a échoué à prendre les mesures nécessaires jusqu’à présent. C’est la raison du pessimisme pour la COP26.

Succès ou échec ?

Sunil Dowarkasing explique que les États sont encore «très loin» des objectifs fixés pour 2030. «De 2010 à 2020, les températures ont augmenté de 16,3 %. En lisant les NDC, on ne peut qu’être inquiet par rapport à notre futur.» Répondre aux exigences sera un défi immense à relever.

Alok Sharma, président de la COP26, l’a bien résumé. «Ce qu’ils ont fait à Paris était brillant, c’était un accord-cadre. Sauf qu’une grande partie des règles détaillées a été laissée pour l’avenir. Pour la COP26, c’était comme si nous étions arrivés à la fin de l’examen et qu’il ne restait que les questions les plus difficiles.» Le succès de la COP26 dépendra donc de ce que les négociateurs pourront finaliser dans le peu de temps qu’il leur reste.

D’après la vision classique, globalement, Maurice, étant un tout petit pays, n’émet guère de gaz à effet de serre, représentant un point sur la carte mondiale. Si l’on calcule la production par habitant, le pays monte à 3,8 tonnes de CO2 par habitant par an (la moyenne mondiale est à 4,5). Mais si l’on prend en compte les importations, donc la consommation, nous émettons 4,7 t/hab/an, plus que la Chine, à 6 t/hab/an.

L’Offshore Petroleum Bill : Protestation symbolique à Port-Louis

Rezistans ek Alternativ en collaboration avec la General Workers Federation, les jeunesse-citoyens écologistes et le Centre for Alternative Research and Studies (CARES) organisent une protestation symbolique à Port-Louis le samedi 6 novembre. À travers cette manifestation, le retrait immédiat de l’Offshore Petroleum Bill, une «politique mortelle», est réclamé.

Pétrole : l’Inde lance sa mission Samudrayan

Alors que Maurice envisage l’exploitation du pétrole dans sa zone maritime exclusive à travers l’Offshore Petroleum Bill, l’Inde vient de lancer sa toute première mission de l’exploration de l’océan profonde intitulée Samudrayan. Une initiative axée sur les zones économiques exclusives et le plateau continental de l’Inde. Le lancement officiel a eu lieu vendredi. L’Inde a pour objectif d’envoyer trois personnes en haute mer jusqu’à une profondeur de six kilomètres dans l’océan Indien dans un submersible indigène d’eau profonde ayant une autonomie de 72 heures. D’aucuns s’interrogent si c’est à cause de cette mission que les autorités mauriciennes se sont empressées d’introduire l’Offshore Petroleum Bill, soit quelques jours à peine avant la COP26.

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