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Arrivée de travailleurs indiens à Maurice: triple variant, double crainte

25 avril 2021, 11:30

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Arrivée de travailleurs indiens à Maurice: triple variant, double crainte

Face à la détection du triple variant indien, plusieurs pays ont fermé leurs frontières aux passagers provenant de la Grande péninsule. Pourtant, le 28 avril un vol d’Air Mauritius atterrira sur le tarmac de l’aéroport de Plaisance avec à son bord un contingent de 100 travailleurs indiens. Selon les spécialistes, le triple variant s’avère plus contagieux… Fera-t-il ‘escale’ chez nous ?

Le gouvernement mauricien prend-il un risque en permettant à ces travailleurs de Larsen&Toubro (L&T) de venir à Maurice ? Ces travailleurs étrangers viennent prêter main forte à leurs compatriotes pour compléter les travaux de la phase 2, entre Rose-Hill et Curepipe. Or, la situation dans la Grande péninsule ne cesse d’empirer de jour en jour. Selon les statistiques de Worldometers, à hier, l’Inde comptabilisait quelque 190 000 morts du Covid-19 et environ 17 millions de contaminés. Le pays fait désormais face à une pénurie d’oxygène.

Ce rebond de l’épidémie est fulgurant dans ce pays de 1,3 milliard d’habitants. Il est en partie imputable à l’émergence d’un nouveau variant, le B.1.617. Ce variant intrigue. Avec ses multiples mutations, il fait aussi peur. Le variant se présente en trois clades – trois déclinaisons avec des différences mineures mais qui restent essentiellement génétiquement similaires. Au début, ce nouveau variant présentait une double mutation. Puis, un séquençage avancé a permis d’en détecter une troisième. Cette fois-ci, il s’agirait d’un variant «triple mutant». Ce qui signifie qu’un nouveau variant s’est formé après que le B.1.617 et deux souches différentes du Covid-19 se sont rencontrés. Ce qui le rend notamment plus contagieux.

Quelle est la virulence de ce triple mutant ? Le Times of India rapporte que les scientifiques ne savent pas encore grand-chose sur ce nouveau mutant, mais il aurait déjà été détecté dans les États de Delhi, du Maharashtra, du Bengal-Occidental et de Chhattisgarh. Madhukar Pai, un professeur d’épidémiologie á l’université McGill, a dans une interview accordée à la chaîne indienne NDTV, affirmé que ce variant était «plus transmissible». Mais pour l’heure pas d’informations s’il est plus dangereux, plus mortel.

Gavin Vuddamalay, immunologue mauricien basé en France, explique qu’il existe peu d’information sur ce triple variant. Selon lui, même le rapport hebdomadaire de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) n’en fait pas mention. «Cette découverte date de quelques jours seulement avec une localisation restreinte au niveau de quelques régions en Inde. Du coup, il faut attendre les données épidémiologiques et de séquençage supplémentaires pour commencer à évaluer ce nouveau variant.»

Mais le variant indien présente des mutations connues: le L452R, le P681R et le E484Q.La mutation L452R a été identifiée pour la première fois en Californie. Selon des analyses en laboratoire, il rend le virus 20 % plus transmissible. Le P681R, lui, a été noté en amont sur le variant britannique et est aussi associé à un taux de transmission plus élevé. La dernière mutation, E484Q, est nouvelle et toujours à l’étude. Pour l’instant, cette mutation, contrairement aux autres, n’est pas associée à un quelconque changement dans la manière dont le virus s’attache aux cellules. Son incidence sur la transmissibilité n’est pas encore établie, contrairement à la mutation E484K qui a été retracée sur les variants brésiliens et sudafricains. En l’absence de données scientifiques, il reste quand même indirectement mortel car il se propage facilement. Du coup, les plus vulnérables sont susceptibles d’être infectés.

21 jours de quarantaine

Plusieurs sources s’accordent à dire que variant ou pas, les gestes barrières ont une importance primordiale. Les célébrations religieuses et rallyes politiques récents en Inde, qui ont vu la participation de dizaine de millions de personnes, ont été des sources de transmission. D’ailleurs, la transmission en masse, comme partout, favorise l’apparition des variants. Cependant, il faut faire ressortir que la présence d’un variant ne mène pas automatiquement à une situation chaotique si les protocoles préconisés par l’OMS sont respectés. L’exemple cité par la communauté scientifique est l’Afrique du Sud et l’Angleterre. Le nombre de cas a chuté dans ces deux pays malgré la présence de variants.

Quelles sont les nouvelles mesures de précautions qui seront appliquées à Maurice ? Le gouvernement mauricien a pris la décision d’étendre la quarantaine aux travailleurs étrangers qui débarqueront le 28 avril. Intervenant lors de la conférence de presse du National Communication Committee (NCC) en début de semaine, Soodesh Callichurn, le ministre du Travail, a annoncé qu’au lieu de 14 jours plus les 7 jours d’auto-isolement, les travailleurs indiens seront confinés 21 jours dans un centre de quarantaine. «Avec le nouveau variant, on ne peut pas prendre le risque dans un moment pareil, de les laisser dans la communauté après 14 jours. Si on leur demande de poursuivre leur quarantaine dans leur dortoir, il n’y aura pas de contrôle», a expliqué le ministre. Les 100 travailleurs indiens seront dirigés dans un hôtel de l’Est.

Dans un précédent article, Nausheen Aullybux, responsable de communication chez L&T, a tenté de rassurer, face à l’émergence des variants en Inde. «Il y a un protocole sanitaire à respecter en Inde. Une fois sélectionnés, les travailleurs observent une mini-quarantaine. Ils font leur PCR avant le départ. Quand ils arrivent à Maurice, L&T collabore avec le ministère de la Santé pour que les mesures sanitaires soient respectées. Nous leur donnons même l’historique médical de chaque travailleur.»

Des explications qui ne convainquent pas le Dr Vasantrao Gujadhur, directeur des Services de santé à la retraite. «L’avion doit être bloqué. Nous ne sommes pas à l’abri d’une contamination car le variant indien est très contagieux. Il n’y aucune garanti qu’il n’affectera personne ici. Le risque est présent à l’aéroport, dans le véhicule qui transportera les travailleurs pour la quarantaine et à l’hôtel. Imaginez si l’un d’eux est infecté.»

Si le gouvernement mise sur une révision du protocole sanitaire pour barrer l’entrée au variant indien, il est bon de signaler que ce variant est déjà présent dans d’autres pays, notamment au Royaume-Uni, à Singapour, en Australie, aux États-Unis et en Guadeloupe.