Publicité
Produits festifs: les importations sauvées de justesse
Par
Partager cet article
Produits festifs: les importations sauvées de justesse
Cette année, le Covid-19 joue les trouble-fêtes. Mais les importateurs ne lâchent pas prise. Depuis des mois, ils ont mis les bouchées doubles pour l’approvisionnement en spécialités alimentaires de Noël et du Nouvel an, jouets et pétards. Cependant, face aux coûts additionnels, certains prix seront impactés. Dans d’autres cas, des alternatives locales et l’achat en ligne seront sollicités.
Pas de pénurie de jouets, pétards et produits alimentaires de fête prévue. Anticipant les effets du Covid-19, les opérateurs se sont activés pour l’importation de ces articles. «Nous travaillons avec des fournisseurs de longue date et de génération en génération. Cependant, certains décalages sur les dates peuvent survenir faute de place sur les bateaux», déclare Alain Fok Chak, Marketing Manager des magasins Chong and Sons, qui importe des jouets, décorations de Noël, pétards entre autres produits d’Asie.
Normalement, explique-t-il, un conteneur arrive en 21 jours. Avec la pandémie, un retard d’une semaine peut survenir. «Cela prend plus de temps que d’habitude. Nous avons placé les commandes avec trois à quatre mois d’avance», affirme Pascal Tsin, directeur général de Super U, enseigne qui gère parallèlement le magasin de jouets Toy City. L’approvisionnement se fait à travers leur centrale d’achat en France. Selon lui, le volume pour les produits réguliers reste inchangé. En revanche, pour l’ultra-frais importé par avion, dont des yaourts, fromages, charcuteries et crustacés importés sur une base hebdomadaire, il se peut qu’il n’y en ait pas autant. «La clientèle pour ces produits n’est plus là, à l’exemple des touristes et expatriés qui sont repartis», ajoute-t-il.
Une préoccupation partagée par Michael Fries, directeur de la boutique Quartier Gourmet. En sus de la perte des étrangers rentrés dans leurs pays respectifs et la réduction des dépenses des entreprises, la dévaluation de la roupie par rapport aux autres devises pèse lourd dans la vente des produits festifs. «Depuis les trois derniers mois, le pouvoir d’achat des Mauriciens a baissé. Les revenus sont plus bas. Aussi, on ne pourra pas faire venir tous nos produits habituels», déclare-t-il. À ce titre, des gâteaux de Noël comme le Stollen d’Allemagne, des spécialités italiennes comme le Panettone et d’autres biscuits sont toujours importés par voie maritime alors que le coût n’est pas plus élevé. Par conséquent, il maintiendra les prix pratiqués depuis cinq ans.
Cependant, l’importation des produits frais et fragiles tels que le pain d’épice, les chocolats entre autres ne sera pas profitable comme ils nécessitent un transport par avion. Or, les prix sont bien trop élevés en l’absence de passagers à bord. «Si on les importe, les prix seront élevés et ne trouveront pas preneurs», confie Michael Fries.
Mais rien n’est perdu. Le responsable de Quartier Gourmet recourra à la fabrication locale de ces douceurs de Noël au lieu des versions internationales. Les premiers arriveront la semaine prochaine. De son côté, Hélène Boute, Head of Brand Management chez Scott and Co Ltd, soutient que depuis de nombreux mois, l’importation des produits festifs a été anticipée. «Nous avons prévu plusieurs coffrets promotionnels et des vins d’exception qui seront également disponibles sur notre site de commerce électro- nique. 2020 est une année remplie de défis que nous tentons de surmonter par anticipation et créativité», indique-t-elle.
Or, comme pour la plupart des opérateurs, certains retards sont à noter au niveau de la livraison avec des détours via Colombo pour les navires. Ceci implique deux à quatre semaines sur les importations habituelles, ce qui est critique en cette période festive tant attendue, explique notre interlocutrice. «De plus, il y a des retards de production liés aux restrictions multiples en raison du Covid-19 comme le confinement, la limitation du nombre d’employés, entre autres, le manque de matières premières ou encore la hausse du coût de ces dernières en raison des fluctuations monétaires. Nous nous attendons à une baisse des achats de 10 à 15 % que nous avons répercutés sur nos importations», précise Hélène Boute. Elle mentionne également la hausse du coût du transport maritime. Un élément sur lequel Alain Fok Chak s’aligne. «Le fret a augmenté. Il y a moins de gros bateaux de la Chine à Maurice. Et comme il y a moins de place à bord, cela coûte plus cher», déclare-t-il.
Dépréciation de la roupie
Quel sera l’impact sur les prix des produits festifs ? «Rien qu’avec les taux de change qui sont majorés, on tâche de minimiser mais c’est pratiquement impossible. On est obligé de passer les frais additionnels sur les prix», poursuit Alain Fok Chak. Même son de cloche du côté de Pascal Tsin. «Forcément, il y aura une incidence sur les tarifs. Déjà, l’euro a augmenté par plus de 15 %. Maintenant, il faut y rajouter le fret», constate-t-il. Selon Hélène Boute, l’entreprise est en négociation permanente avec les fournisseurs pour tenter de maintenir des prix attrayants pour les consommateurs. Néanmoins, les éléments majorant les coûts de production, d’importation et de distribution se répercuteront inévitablement sur le Mauricien. «Et ce, sans compter le doublement de la taxe sur les boissons non-alcoolisées qui intervient à un moment tristement dur pour nous et les citoyens», confie-t-elle.
Face à ces facteurs internationaux, la note festive risque fort d’être salée cette année. Pour Claude Canabady, secrétaire général de la Consumers’ Eye Association, les prix des produits festifs vont certainement prendre l’ascenseur. Selon lui, cela sera mis sur le dos de la dépréciation de la roupie vis-à-vis du dollar/livre sterling/ euro et l’augmentation du fret. «Ce sont des facteurs percutants à prendre en considération», précise-t-il. Cela dit, il confie sa préoccupation quant à une majoration pour plus de profitabilité. Claude Canabady est d’avis que malgré ce temps difficile lié au Covid-19 et une situation financière en déclin, les consommateurs dépenseront plus pendant la période festive. «Car pour les Mauriciens, il s’agit d’une fête de famille où l’on veut être généreux, une tradition. Ce sera comme tous les ans même s’il faudra se serrer la ceinture en janvier 2021», confie-t-il.
Jouets et pétarades toujours de la partie
La hotte du Père Noël ne désemplira pas cette année. Les jouets habituels et quelques nouveautés seront au rendez-vous. «Les jouets changent tout le temps. On a dû commander davantage en avance. On va normalement à des salons pour les choisir en début d’année avant l’approvisionnement», explique Pascal Tsin. De son côté, Alain Fok Chak a effectué ses commandes via catalogue et les supports existants pour des jouets qu’il connaît déjà. «Cette année, on n’a pas pu partir dans les usines avec lesquelles on travaille. Habituellement, on passe entre 15 et 21 jours en Chine pour les démonstrations, la performance et le rapport qualité-prix des jouets. On s’y est pris suffisamment tôt pour être sûr qu’il n’y ait pas de rupture.» En l’absence de grosses demandes de plusieurs pays pour les nouveaux jouets, les versions habituelles seront en rayon. «Leur élaboration nécessite des moules entre autres procédures de production. Puisque les fournisseurs ne peuvent être certains des tirages auprès des revendeurs, ils ne peuvent pas investir», ajoute notre interlocuteur. Quant aux pétarades, les versions habituelles seront disponibles sur le marché mauricien.
Publicité
Publicité
Les plus récents