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Des Archives bicentenaires toujours à l’usine !

19 mai 2015, 10:54

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Des Archives bicentenaires toujours à l’usine !
Cela fait trente ans que les Archives nationales sont dans une ancienne usine à Coromandel, dans un lieu qui ne se prête guère à la préservation de documents anciens. À quand des locaux appropriés ?
 
Alors que le ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo célèbre le 200e anniversaire des Archives nationales à l’Unesco à Paris, et que, selon les statistiques du Mauritius Examinations Syndicate, très rares sont les étudiants à choisir l’Histoire en SC/ HSC, il importe de rappeler que ces Archives se trouvent toujours dans un vieux bâtiment industriel à Coromandel, après avoir transité par l’hôtel Sunray ! Et cela dure depuis trente ans ! Avec des containers à gauche et des fourgons à droite, on a l’impression d’entrer dans une usine, sauf qu’une enseigne nous rappelle que nous sommes bien aux «National Archives» ! À l’intérieur, on ne trouve aucun distributeur automatique de thé ou de café. Comme on est loin du premier supermarché de Coromandel, les chercheurs, surtout étrangers, qui y viennent apportent leurs bouteilles et leurs sandwiches…
 
Pourtant, trouver un terrain sur lequel construire un immeuble pour abriter les Archives nationales n’est pas une mission impossible. L’ICAC dispose déjà d’un immeuble flambant neuf à Réduit, non loin de la clinique Apollo Bramwell.
 
C’est tant mieux, mais est-ce à dire que la corruption est plus importante à Maurice que l’Histoire ? Pourquoi pas, alors, un immeuble à Réduit pour les Archives nationales ? La meilleure «célébration» du bicentenaire, me semble-t-il, serait de poser la première pierre de cet immeuble et de commencer les travaux !
 
Fort heureusement, les documents aux Archives nationales sont en première phase de numérisation. Mais il faut souligner que rien ne remplace le support papier. Voir le manuscrit du Serment de Strasbourg de 822 – le texte fondateur de la langue française – ou un manuscrit de Baudelaire ou de Proust, ce n’est pas la même chose que de le voir sur l’écran d’un PC ou d’une tablette ! Idem pour les précieux manuscrits de nos Archives.
 
Donner un immeuble digne de ce nom aux Archives nationales et y organiser des activités régulières, comme à l’étranger, serait un moyen d’encourager les jeunes à s’intéresser davantage à l’Histoire.
 
Prenons l’exemple de la France d’où nous vient le modèle de notre «ministère des Arts et de la Culture», les États-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne n’en ayant pas. Parmi les expositions qui sont organisées en ce moment par les Archives nationales de France (www.archivesnationales.culture.gouv.fr): «4 résistants (Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon & Jean Zay) au Panthéon», «Voix cheminotes : une histoire orale des années 1930 à 1950» et «Mésopotamie, carrefour des cultures : Grandes heures des manuscrits irakiens (XIIIe-XIXe siècle». Dans un registre plus éducatif, les Archives nationales de France proposent, sous la rubrique «Ressources pédagogiques», «des dossiers et publications qui ont pour objet de vous aider à préparer vos cours et à vous accompagner dans vos projets pédagogiques : classes à projet artistique et culturel, parcours d’éducation artistique et culturelle, travaux personnels encadrés, enseignements d’exploration».
 
Elles proposent également des ateliers pédagogiques «qui sont déclinables pour l’ensemble des niveaux scolaires», l’équipe du service éducatif étant «à votre disposition pour élaborer, en cohérence avec votre projet pédagogique et dans un délai minimum de deux mois, de nouveaux ateliers non inscrits au catalogue». Par ailleurs, les Archives nationales organisent des Journées d’étude, colloques et conférences. En ce moment : Comment faire l’histoire des sciences sociales, Archives et histoire du communisme et Des sources aux données : numérisation, exploitation, édition, publication.
 
Force est de reconnaître que nous sommes à des années-lumière de ce bouillonnement d’activités bien que nous ayons depuis 1982 un ministère des Arts et de la Culture qui est le ministère de tutelle de nos Archives nationales ! Pourtant, les fonds ne semblent pas faire défaut. On a dépensé plus de 40 millions de roupies en 2010 pour la célébration du bicentenaire de la bataille de Grand-Port et plus de 60 millions de roupies pour une Commission Justice et Vérité -- combien d’argent payé à chaque «Commissaire» ?-- pour ensuite ranger son Rapport qui a été déposé en 2011! On m’apprend que 44 millions de roupies ont été dépensées pour le rebranding de «Maurice c’est un plaisir» et 40 millions de roupies pour une seule soirée à la Citadelle…
 
Dans cette situation, il n’est guère étonnant que le choix de l’Histoire au SC/ HSC oscille entre 0,01 et 0,36 %, que 57 étudiants (sur 15 890) aient choisi l’Histoire en SC/O Level en 2013 et seulement une étudiante (sur 10 287) en HSC (Principal). Et que Vijaya Teelock, enseignante d’Histoire à l’université de Maurice pendant plusieurs décennies et maîtresse d’oeuvre de la Commission Justice et Vérité, avoue, au bord de la retraite, que «les chauffeurs de taxi sont les plus compétents pour parler d’Histoire» et que «la majorité des étudiants en Histoire» est venue vers cette discipline «parce qu’ils n’ont pas été admis à d’autres cours» !