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Covid 19: Repenser le futur

10 avril 2020, 04:04

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Covid 19: Repenser le futur

Ce n’est pas pour minimiser la gravité de l’heure mais il serait une nouvelle grave erreur, je pense, que de ne pas mesurer que l’après Covid 19 risque d’être encore plus traumatisant que le moment présent.  

On voit combien l’Etat, dans l’urgence, parfois dans le bricolage, souvent dans les contredits, se démène malgré tout pour apporter des soins et des aides à ceux nombreux qui en expriment le besoin. Il pare au plus pressé. C’est sans doute ce qu’il convient de faire en la circonstance. Et au fond, les mesures que le gouvernement annonce quotidiennement donnent quand même le sentiment d’un pays plutôt organisé, réactif et résilient. En particulier l’administration hospitalière s’est montrée à la hauteur de la situation. Elle mérite la reconnaissance de la nation.

Mais, au vu de l’expérience des pays affectés, il semblerait qu’il est bien trop tôt, et même contre-indiqué, de parler de la fin du confinement encore qu’il reste à savoir ce que sera le calendrier de sa mise en application. 

 En revanche, il n’est pas trop tôt pour commencer à se poser la question de savoir comment, avec quels moyens financiers et qu’elle science gestionnaire, ce gouvernement plutôt inexpérimenté, doublement inexpérimenté - faible expérience gouvernementale et pratiquement nulle pratique entrepreneuriale chez les décideurs - comment ce gouvernement va-t-il gérer, demain, un pays disloqué et exsangue. 

Et pourtant le chantier qui va s’ouvrir est titanesque même si la reconstruction n’est pas insurmontable. Il ne fait pas de doute que le pays a aujourd’hui besoin, pour y faire face, d’un Conseil économique et social dédié, regroupant les compétences les plus pointues du pays, sans considération partisane, sans clivage public-privé, capable de proposer au pays une méthodologie consensuelle de sortie de crise.  Sans ce consensus, le gouvernement devra se préparer à des bouleversements sociaux de grande ampleur provoqués par la récession et le chômage. 

De ce point de vue, au-delà des mesures de court terme, il est possible de se hasarder à quelques propositions de moyen et de long termes: 

La première : Ce que Covid 19 nous rappelle, mais nous le savions déjà, c’est qu’il n’est pas intelligent de continuer à importer, et de contrées les plus lointaines, ce que nous pouvons produire ou fabriquer sur notre propre sol. Le pire, c’est de déléguer à l’importation nos denrées alimentaires, y compris notre nourriture de base. Un Land Resources and Suitability Map, établi en 1975, avait identifié, par exemple, une superficie de 9 200 arpents, dans la région  nord-ouest du pays, pouvant se prêter à la production de 30 000 tonnes de riz !  Qu’avons fait ? Continuer à importer notre riz et à subventionner le producteur étranger. Déjà, à l’époque, la démonstration avait été faite qu’il était plus profitable de planter du riz que de la canne. Au prix actuel du sucre à l’exportation, cette proposition mérite certainement d’être revisitée. Il y va de notre souveraineté alimentaire. 

Mais si des spécialistes devaient conclure que produire du riz à Maurice reste quand même problématique, malgré les nouvelles techniques biotechnologiques, que les terres adaptées ne sont plus disponibles, alors il faudrait reprendre le vieux débat de bon sens du changement alimentaire. Covid 19 est une nouvelle alerte : c’est pure folie de déléguer à l’étranger la production de sa nourriture de base. D’autant plus qu’au plan mondial, la guerre du riz est annoncée.

Il n’y a pas que le riz. Le potentiel de production vivrière locale a encore été mis en exergue, en 1982, quand le gouvernement d’alors institua un Select Committee pour recenser les terres de l’Etat encore disponibles. Le Report of the Fact-Finding Committee on Crown Lands, publié en 1985, dresse une cartographie de toutes les terres appartenant à l’Etat, leur superficie, leur emplacement, leur potentiel agricole. Aucune exploitation n’a été faite de l’étude sinon un délit d’initié qui a produit un « festival de la terre », une distribution irrationnelle des terres à des petits copains. Quand je pense que nous importons de l’ail de la Chine…

Mais en revanche, le Mauricien ne se préoccupe plus aujourd’hui de savoir s’il y a suffisamment de farine dans le pays pour lui fournir son pain quotidien ou son farata. Nous le devons à la volonté politique de soutenir le projet de minoterie locale, dans les années 80, alors qu’il était possible d’acheter de la farine étrangère, vendue moins cher. Des pays exportateurs de farine avaient d’ailleurs exercé une forte pression pour pousser à l’abandon du projet. Ce choix avait été un enjeu politique, les Moulins de la Concorde avaient failli ne pas exister.

C’est pourquoi, ne serait-ce que pour une question de sécurité alimentaire, il faut effectivement une Buy Mauritius Act qui serait une déclaration politique volontariste de soutien, et - n’ayons pas peur du mot -, de protection d’une production locale de substitution à l’importation. Je pense aussi au lait. Fut un temps, nous importions  nos vaches laitières par avion… Et puis, un jour un ministre a théorisé l’intérêt d’acheter de l’étranger du lait en poudre moins cher pour le profit du consommateur, et nous avons tué ainsi notre industrie laitière. Ainsi de suite, ainsi de suite.

Il faut revenir en arrière ; il faut aujourd’hui s’appuyer sur l’excellent résultat de la campagne Made in Moris, une véritable révolution quand on se souvient de l’ancienne défiance publique à l’égard du produit mauricien. Depuis quarante ans, l’appel à l’autosuffisance est un cri dans le désert.  Plût au Ciel qu’il ne soit pas aujourd’hui un cri dans le cimetière !

Autre secteur clé :  le tourisme. C’est une industrie paradoxale et contre-intuitive. Elle est extrêmement fragile, la première à courber sous le premier vent, la première aussi à se relever. Elle est sans doute le secteur qui a les plus grandes capacités de redressement. Mais pas dans les mêmes conditions. 

Il y a, dans notre industrie touristique, trois composantes distinctes mais interconnectées. La première, c’est la connectivité aérienne. Malgré ses faiblesses, dues pour l’essentiel à l’ingérence politique, il faudra sauver Air Mauritius de la faillite. Le rebond de l’industrie du voyage, qui n’est pas pour demain, sera largement tributaire de la capacité des compagnies aériennes à conserver et à reconstituer leur réseau. Au plan mondial, plusieurs faillites sont annoncées ; les accords existants entre compagnies sont devenus caducs, il n’y a pratiquement plus de coopération dans l’industrie aéronautique.  

Presque aussi crucial que des appareils respiratoires dans nos hôpitaux, il faut urgemment prévoir d’oxygéner le haut management d’Air Mauritius, cela passe par la nomination, dans les meilleurs délais, de son directeur général, fût-ce l’actuel intérimaire ; il est peut-être l’homme de la situation. Par ces temps de grandes turbulences, il n’est acceptable que la compagnie nationale d’aviation soit dirigée longtemps par un directeur de passage.

Pareillement, l’industrie hôtelière est au bord du gouffre, elle est terriblement endettée et donnait déjà des signes de graves affaiblissements avant que l’épidémie ne fasse fuir encore plus de voyageurs. Et ils ne sont pas prêts de reprendre l’avion. Les prévisions les plus optimistes prévoient une reprise qu’en 2022 ! 

Cette pause forcée doit être l’occasion d’une réflexion sur notre offre hôtelière et notre positionnement touristique. Ce serait une erreur de penser, qu’une fois le Covid 19 jugulé, les voyageurs et les touristes reprendront, sans réfléchir, leurs mêmes comportements. Il ne serait pas étonnant que le voyageur se montre désormais encore plus exigeant sur la qualité sanitaire des offres, leur hygiène collective, la salubrité de l’environnement, le niveau de pollution de l’air, la pureté du lagon, la protection des plages.  Sur tous ses sujets, Maurice s’est attiré des critiques régulières dans la presse internationale ces derniers mois. Notre environnement s’est effectivement beaucoup dégradé du fait de l’indiscipline des citoyens et du laxisme des autorités.

Il faudrait un vrai sursaut et pas seulement pour satisfaire des exigences touristiques, Maurice doit trouver son Monsieur ou Madame Ecologie, responsable de promouvoir et de faire respecter une culture écologique exigeante capable de nous protéger du virus d’un incivisme criminel.

Il se fait tard, les caisses de l’Etat et des entreprises sont vides, la reprise s’annonce longue et hasardeuse. Le seul effort exigé du citoyen ne peut pas s’arrêter à son confinement !

 

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