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Jury prudence
Le Premier ministre et le commissaire de police sont unanimes. L’enquête sur le meurtre de la touriste irlandaise Michaela Harte a été rondement menée par la Major Crimes Investigation Team. Avinash Treebhoowon et Sandip Moneea disculpés à l’unanimité par un jury aux Assises, Dhun Iswur Rampersad dit respecter cette décision.
Mais quand le chef de la police exhorte ses hommes à obtenir, dorénavant, des preuves scientifiques sur les lieux d’un crime afin de confondre les accusés, c’est parce qu’il sait que le juré d’aujourd’hui ne va plus se contenter d’aveux. Mis devant les avancées scientifiques dans les enquêtes modernes grâce aux séries télévisées telles que « Bones », « Cold Case », « Les Experts » ou « NCIS », le nouveau juré veut que les experts de la police lui en mettent plein la vue.
Ce phénomène, découvert par Dhun Iswur Rampersad en 2012, fait débat aux Etats-Unis depuis une décennie. Le 8 juin 2004, le journal USA Today soulignait que les jurés veulent davantage de preuves scientifiques lors des procès criminels à cause de l’effet « Les Experts ». Il commentait alors l’acquittement du millionnaire Robert Durst pour le meurtre de son voisin, Morris Black, au Texas.
Le fait que la tête de la victime n’ait pas été retrouvée dans le cadre de cette enquête policière a poussé la défense à soutenir que le contraire aurait pu prouver que Robert Durst avait agi en état de légitime défense. Le jury a alors prononcé l’acquittement. Au grand plaisir du consultant Robert Hirschhorn, recruté pour choisir les jurés. Il avait découvert que des 500 candidats potentiels, 70 % étaient férus de la série « Les Experts ».
Même si parfois, les techniques mises en scène dans cette série ne sont que pure fiction, le juré veut qu’on lui explique de manière scientifique ce qui lie l’accusé au crime. USA Today faisait ainsi le récapitulatif des procès ayant été remportés par la défense et de la grogne de la poursuite publique à l’effet que même dans les cas où les preuves scientifiques n’étaient pas nécessaires, le jury en réclamait.
A Phoenix, en Arizona, en avril 2004, des jurés réclamaient les résultats d’un test ADN sur le manteau maculé de sang de l’accusé bien que ce dernier ait avoué le crime. Le juge a alors dû trancher : les jurés ont bien appris leur leçon à la télé mais ne savent pas encore quand il faut obtenir les résultats.
Dans un autre procès en 2001, à Richmond, des jurés ont réclamé un test ADN sur un mégot de cigarette trouvé sur le lieu d’un crime. Les tests sont tombés, l’accusé a été acquitté.
Depuis, de nombreux représentants de la poursuite publique aux Etats-Unis ont décidé de revoir leur stratégie : ils expliquent aux jurés potentiels qu’ils ne doivent pas s’attendre à ces expertises vues à la télé. D’autres font produire des résultats scientifiques, même si elles sont négatives – d’où leur surnom, « negative evidence » –, afin de démontrer que tout a été fait au cours de l’enquête de police.
La police mauricienne ne faisait, jusqu’ici, pas dans du « Columbo » ou du « Matlock ». Pour certains, il était plutôt question de « L’inspecteur Harry ». Elle devra se réinventer en se mettant de plain-pied dans le XXIe siècle.
 
 
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