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Léthargique, l’économie mauricienne à la merci du chamboulement mondial

9 mars 2022, 15:01

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Léthargique, l’économie mauricienne à la merci du chamboulement mondial

Si la pandémie de Covid-19, suivie du conflit Est-Ouest, nous a démontré une chose, ce sont bien les inconvénients d’une économie ouverte sans base solide. L’inflation passe à 9 % en glissement annuel, le déficit commercial pour 2022 devrait dépasser les 30 % du PIB et nos exportations stagnent, dépendant de la dépréciation de la roupie pour gonfler les chiffres de revenus. Face à une dépendance grandissante de la main-d’œuvre étrangère, une dette publique en hausse, des industries essoufflées et une note d’importation salée, quid des limites de l’interdépendance pour une économie locale affaiblie ? Voyons cela de plus près. 

Chaque nouveau séisme international prend des airs d’urgence économique à Maurice. Après les rafles du Covid-19 sur notre économie peu diversifiée, nous devons affronter les conséquences du conflit entre la Russie et l’Ukraine. À l’approche du 12 mars, chaque Mauricien se prépare à célébrer l’Indépendance du pays, mais quid de notre marge de manœuvre économique face aux tribulations internationales ? Maurice étant une petite économie et un petit État insulaire, avoir une économie ouverte est le modèle adapté. Oui, produisant peu, nous sommes de facto dépendants de l’étranger et avons également besoin d’exporter nos produits et d’attirer des investissements étrangers. 

L’économiste Rajeev Hasnah indique, par ailleurs, que nous avons l’avantage que la plupart des compa- gnies opérant dans le pays sont des entreprises locales, qui lutteront à chaque crise au lieu de mettre la clé sous la porte. Mais quelles sont les limites de cette dépendance face à une structure économique locale dépassée ? Comment l’orienter pour la rendre moins vulnérable aux chamboulements actuels du commerce mondial et aux chocs exogènes ? Les solutions existent, mais fautil encore se lancer. 

Commençons par le commerce. Les années passent et les discours s’enchaînent, pourtant nos ambitions de renforcer notre sécurité alimentaire deviennent chimères. Le déficit commercial pour 2021 était de l’ordre de Rs 133,1 milliards, avec une note d’importation de pas moins de Rs 215,2 milliards. Pire, les prévisions pour 2022 ne sont pas meilleures, le déficit commercial devant passer à Rs 160 milliards, soit plus de 30 % de notre PIB. En attendant, l’inflation grimpe toujours, affichant un taux de 9 % en glissement annuel, selon les dernières estimations de Statistics Mauritius. 

Le déficit commercial se creuse davantage d’année en année.

Alors que la globalisation s’efface pour faire place à la régionalisation, Maurice importe toujours ses produits de marchés éloignés, à l’instar de la Chine, l’Inde, les Émirats arabes unis et la France, l’Afrique du Sud étant heureusement dans notre top 5. Nous ne sommes pas seulement dépendants des importations pour notre survie, mais nous sommes aussi sujets aux facteurs exogènes, tels le prix du fret et les coûts de production à l’étranger, entre autres, alors que nous avons une roupie fortement dépréciée. Or, le Covid-19, l’arrêt ou le ralentissement de la production mondiale et la fermeture des frontières nous ont pourtant appris l’importance de l’investissement dans l’autosuffisance alimentaire pour réduire notre dépendance justement des produits étrangers. 

Les solutions existent : investir davantage dans l’Agritech pour rendre l’agriculture plus performante et compétitive, mieux organiser les plantations, promouvoir la production locale et se rapprocher de l’Afrique continentale pour l’importation ou même la production, entre autres. Dans un contexte où les devises étrangères se font rares, réduire la note d’importa- tion est primordiale. «Notre agriculture n’est certainement pas à la hauteur de nos besoins en termes de production de légumes, de viande, et pire de produits de la mer, alors que nous avons un vaste territoire maritime à exploiter. Pour ce qui est de l’élevage, pourquoi ne peut-on pas faire avec le bovin ce qu’on a réussi à faire avec le poulet ? Pourquoi les terres agricoles non utilisées ne sont-elles pas mises à profit pour la sécurité alimentaire ? Quid de rentabiliser les terres non utilisées avec le cannabis médical, par exemple ? Générons des devises avec notre terre et la mer. Les sucres spéciaux nous rapportent des devises, mais quid des energy canes pour la production énergétique ? Pourquoi les autres îles de la République ne sont-elles pas incluses dans nos plans ?», se demande l’économiste Pierre Dinan. 

Justement, le prix du pétrole Brent passe à USD 127 le baril, avec des répercussions sur le prix de l’essence à la pompe, le tarif de l’électricité et la consommation en général. Pourtant, accélérer la transition énergétique vers l’énergie verte serait une solution à long terme pour réduire notre note d’importation de carburants. Cela pourrait à terme amoindrir l’impact des chamboulements du cours mondial pétrolier sur notre taux d’inflation. 

Le manque de devises sur le marché se fait aussi ressentir. En effet, selon le taux change indicatif de la State Bank of Mauritius (SBM), le dollar s’échange maintenant à Rs 43,70. En effet, depuis le début de la pandémie, la banque centrale n’achète plus de devises sur le marché, mais se retrouve dans l’obligation d’en vendre, comme le démontrent les quatre dernières interventions de la BoM, qui a vendu USD 45 millions sur le marché depuis janvier. Pourtant à travers nos importations, nous continuons à dépenser de plus en plus de devises, alors que nous en recevons de moins en moins du tourisme, des exportations et des investissements étrangers. Nous sommes aussi dépendants de la croissance de nos partenaires commerciaux étrangers pour investir chez nous, n’ayant pas beaucoup progressé dans la chaîne de valeur pour de nombreux produits et services, à l’exception de cer- taines entreprises manufacturières. Nos exportations restent très peu compétitives et pas suffisamment diversifiées, nos recettes d’exportation se chiffrant à Rs 82,1 milliards en 2021, sujettes à la dépréciation de la roupie. 

Le manque de devises sur le marché a aussi un impact sur notre capacité de remboursement de la dette publique, plus particulièrement la dette extérieure qui est de 23,4 % du PIB, la dette publique totale affichant Rs 413,5 milliards. Avec les taux d’intérêt en hausse dans le monde, rembourser les dettes étrangères devient plus lourd alors que notre marché des changes est toujours sous perfusion. Ici, sortir du schéma des promesses de développement de nouveaux piliers et de nouveaux hubs, passant de la bio- technologie, au pétrole, au bunkering, à la finance, incluant le Fintech, et j’en passe, pour agir dans le concret et développer une nouvelle industrie à potentiel de croissance économique, à l’instar de l’économie bleue, serait un pas dans la bonne direction. 

Autre que notre dépendance au tourisme, au global business et aux investissements étrangers, entre autres, pour ramener des devises, diversifier et privilégier les secteurs d’avenir devrait être en haut de notre agenda économique, si nous voulons stimuler et atteindre nos objectifs de croissance dans la durée. Atteindre 6,5 % de croissance en 2022 serait une bonne chose, mais construire une croissance durable à travers de nouveaux secteurs serait encore mieux pour réduire notre dépendance excessive de quelques piliers traditionnels, comme le tourisme et le textile, qui nous rendent vulnérable aux changements actuels du commerce mondial. Restructurer la dette, afin qu’elle ne soit pas au détriment de l’investissement dans des projets à potentiel de croissance, est tout aussi important. 

Nos lacunes en formation dans les nouveaux métiers et le manque d’innovation dans certains secteurs en- couragent une autre forme de dépendance économique, le besoin d’avoir recours à la main-d’œuvre étrangère. La résilience économique inclut aussi la capacité de production. Nos entreprises dans certains secteurs, faute de main-d’œuvre qualifiée disponible, se tournent vers les travailleurs étrangers, alors que nous devrions commencer à identifier les secteurs ayant un besoin urgent de formation. Encore une fois, pourquoi ne pas appliquer la réussite de notre modèle touristique à d’autres secteurs. Les offres de notre système éducatif doivent se réadapter aux besoins de notre marché du travail et des tendances pour les années à venir, afin que nous puissions recruter localement pour nos secteurs productifs émergents, surtout dans les métiers techniques et technologiques. «Cela prend du temps, mais il est impératif d’investir dans la formation de la main d’œuvre. Nous ne pouvons continuer à miser sur les études académiques, telles qu’elles sont maintenant. Les programmes doivent s’adapter à l’intégration technologique et ces métiers techniques doivent être mieux reconnus et rétribués», ajoute Pierre Dinan. 

Il est donc clair que nos solutions palliatives et à court terme ne fonctionneront pas de manière efficace pour la suite. Il nous faut un plan économique et des réformes visant le long terme dans tous les secteurs, incluant l’éducation. La plateforme public-privé devrait aussi servir à cela, la préparation d’un plan économique à long terme, mais aussi un plan d’urgence pour s’attaquer à nos lacunes, dont la sur-dépendance à l’importation et l’inflation. Finalement, la création d’une entité s’attaquant à nos défis économiques ne pourrait pas mieux tomber, avec un plan macroéconomique cohérent et une perspective à moyen et long termes. 

 

 

 

 

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