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Coomara Pyaneandee: «Il faut inclure la non-discrimination envers les handicapés dans la Constitution»
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Coomara Pyaneandee: «Il faut inclure la non-discrimination envers les handicapés dans la Constitution»
Où en est Maurice quant à l’intégration sociale des handicapés? «Le pays est un mauvais élève. On a pourtant les moyens de mieux faire», réagit Coomara Pyaneandee, membre du comité des Nations unies sur les droits des personnes handicapées.
Que pensez-vous du jugement de la Cour suprême qui a ordonné un nouveau procès dans le cas de Hewlett Nelson, qui avait poursuivi le directeur de la discothèque Paradox pour lui avoir refusé l’entrée?
Dans l’absolu, le législateur a certaines raisons d’avoir pu instaurer un cadre où l’intérêt des deux parties est respecté. Nous ne demandons pas l’impossible. Il y a certes des infrastructures qui ne pourront pas être modifiées. Je cite, entre autres, les bâtiments historiques qui nécessitent qu’on respecte leur cachet original. Il y a certainement des situations où la modification d’une infrastructure dans son état actuel peut constituer une charge injustifiée, voire insupportable, pour le propriétaire d’un bâtiment. (NdlR, l’argument mis en avant par le directeur du Paradox était qu’il ne pouvait pas apporter des changements à la structure de ses locaux pour accommoder des personnes à mobilité réduite car il n’est que locataire).
Ce qui en ressort cependant, c’est qu’il y a nécessité que les autorités fassent un état des lieux de tous les bâtiments du privé et du public susceptibles d’être fréquentés par les individus handicapés. Cela, afin de déterminer lesquels de ces bâtiments peuvent être modifiés. Dans les cas où des changements ne peuvent être introduits, il faudrait solliciter les propriétaires afin de trouver une alternative. Il n’y a pas d’excuses pour les autorités qui permettent la construction de grands bâtiments tant publics que privés sans s’assurer que les facilités d’accès aux personnes handicapées y sont introduites.
Diriez-vous qu’il y a un manque de législations en faveur des handicapés?
Le procès intenté contre le directeur de cette discothèque témoigne de la nécessité pour notre pays de créer toutes les conditions pour permettre l’inclusion totale des personnes handicapées dans notre société. Nous sommes bien loin d’un tel objectif. Notre législation se doit d’être en conformité avec les normes internationales en matière de respect des droits des handicapés. Les dispositions des articles 23 (2) et 23 (3) de l’Equal Opportunities Act relatifs au «unjustifiable hardship», sont, à mon humble avis, une licence pour pratiquer la discrimination ouvertement et sans aucune sanction.
Nous sommes signataires de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées. Nous devons passer à la prochaine étape, qui consiste à ratifier le protocole permettant aux personnes handicapées de saisir le comité des Nations unies portant sur leurs droits.
Il est de notre devoir de montrer notre volonté à nous conformer aux exigences de cette Convention. Cela, afin de permettre aux individus handicapés de jouir de toutes les libertés fondamentales indispensables à leur pleine intégration dans la société. De plus, l’article 16 de la Constitution de Maurice doit être amendé afin d’y inscrire une provision qui préconise la non-discrimination à l’égard des personnes handicapées.
Quelle pourrait être la répercussion sur la réputation du pays si les Nations unies devaient conclure que Maurice n’en fait pas suffisamment pour soutenir les personnes à mobilité réduite?
Maurice est déjà perçue, selon l’édition 2015 du rapport du comité des Nations unies sur les droits des personnes handicapées, comme étant le mauvais élève de la classe. Cela, dans plusieurs domaines, dont celui de l’éducation inclusive et l’accessibilité.
En matière de législation, il nous a été reproché de n’avoir pas pris les dispositions nécessaires pour harmoniser notre politique d’insertion des personnes handicapées. Tout cela est considéré comme étant des cas de violations de la dignité de la personne humaine.
On n’a pas le droit moral de laisser durer des situations susceptibles de conduire le monde extérieur à nous ranger parmi les pays où l’on est réticent à venir à bout des préjugés à l’égard des personnes handicapées. On a les moyens de mieux faire.
Il nous faut être innovateur en adoptant une approche proactive. Il n’est pas interdit de penser que Maurice, en tant que destination touristique et terre d’accueil des investissements étrangers directs, puisse subir les effets d’une perception que nous pratiquons la discrimination à l’égard des personnes handicapées. Un article posté sur les réseaux sociaux par un touriste handicapé qui aurait vécu une mauvaise expérience à Maurice fera beaucoup de tort à Maurice. Alors mieux vaut prévenir que guérir.
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