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Suresh Munbodh: «Le pays va sombrer si on ne promeut pas la formation professionnelle»
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Suresh Munbodh: «Le pays va sombrer si on ne promeut pas la formation professionnelle»
Suresh Munbodh, le fondateur de l’Industrial and Vocational Training Board (IVTB) est, depuis deux semaines, le conseiller technique en formation professionnelle au ministère de l’Éducation. C’est l’occasion de revenir sur le parcours de cet homme qui a presque disparu de la scène locale depuis 20 ans. Il nous livre ses impressions et sa vision sur la filière préprofessionnelle.
Vous voici au-devant de la scène 20 ans après. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?
Quand j’ai quitté l’IVTB, j’ai eu plusieurs offres d’emploi sur le plan international que j’ai refusées dans un premier temps. Je ne voulais pas quitter Maurice; je suis patriote, même si j’ai reçu de meilleures offres à l’étranger. Alors, des organisations m’ont demandé si j’étais disposé à aider d’autres pays. J’ai ainsi travaillé pour la Banque mondiale, l’UNESCO, la Banque africaine de développement, l’Organisation internationale du travail et pour plusieurs pays encore. Récemment, j’ai cessé les consultations et je me suis concentré sur mon centre : Global Learning. Il y a deux semaines, la ministre de l’Éducation a fait appel à moi et j’ai accepté car j’aime relever les défis. C’est une passion.
Quel constat faites-vous de la formation pré-professionnelle actuelle ?
Chacun a sa vision. Je ne suis pas là pour critiquer.
Le Pre Voc ne fait pas l’unanimité…
Le nouveau gouvernement veut phase out le Pre Voc car on n’a peut-être pas eu les résultats escomptés. Dans le Nine-Year Schooling (NYS) il n’y aura plus de Pre Voc. À travers le NYS, on est en train d’améliorer la qualité de l’éducation. Avec le Remedial Education à partir du Std 1, il y aura des classes de rattrapage et on parviendra à diminuer le nombre d’élèves qui n’arrivent pas à compléter le cycle éducatif. Après neuf ans d’instruction, ils auront un choix à faire entre les filières académique et technique.
Malgré tout, le Pre Voc a une connotation négative à Maurice…
Ce n’est pas comme si on canalisait ceux qui n’ont pas une bonne performance vers la filière technique. Jusqu’à l’heure, on n’a pas encore inventé une paire de mains intelligentes. Si quelqu’un peut bien travailler, ça veut dire qu’il a du potentiel. On change la façon de faire l’éducation. Pourquoi le Pre Voc a-t-il une mauvaise connotation ? Il n’y a pas grand-chose pour ces élèves après le Pre Voc. Ils ne voient pas vraiment d’avenir. Avec le NYS, il y aura désormais les lycées techniques, les polytechniques, les universités. Dès la Form III, les élèves pourront choisir où ils veulent se diriger. Vous savez, c’est un peu comme le Certificat d’aptitude professionnelle (CAP) en France. Après le CAP, les élèves deviennent des ouvriers spécialisés. Quand on leur a dit «maintenant vous pouvez faire le BAC», beaucoup ont très bien fait. Ce n’est plus une impasse. Quand les élèves savent qu’ils peuvent aller plus loin, cela les motive.
Il semble qu’à Maurice, les parents sont plus centrés sur le côté académique. Qu’en pensez-vous ?
Les parents ont un rôle important à jouer. Ce n’est pas parce que les enfants ne travaillent pas bien à l’école qu’on leur dit : «Je vais t’envoyer en polytechnique !» On veut faire de ce pays un high-income country. Pour pouvoir payer plus, il faut produire plus. Cela demande une bonne formation. Et pour arriver à cela, il faut une bonne base d’éducation. Maintenant, cela demande un peu plus que le Certificate of Primary Education. Prenons l’exemple d’un plombier. Auparavant, pouvoir fixer quelques tuyaux était suffisant pour dire qu’on est plombier. Actuellement, les plombiers sont appelés à faire des installations dans des bâtiments de plusieurs niveaux. La formation est plus spécifique, il faut un peu de physique et un peu de mathématique pour cela. Et plus on est instruit, plus on comprend, plus on assimile.
Comment changer les mentalités ?
Vous savez, quand j’ai commencé le lycée à l’époque, j’avais changé le projet initial et fait ce que je pensais être bon pour le pays. J’emmenais les employeurs potentiels là où les mécaniciens, électriciens, menuisiers, etc. étaient formés. Je voulais qu’ils voient par eux-mêmes comment les élèves travaillaient, comment ils sont formés. Les enseignants touchaient Rs 2 700 mais après avoir vu la qualité du travail, les employeurs ont proposé Rs 3 500 comme salaire de base.
La réponse à votre question, c’est qu’il faut valoriser la formation professionnelle, pas le bricolage qui se fait un peu partout à Maurice au nom de la formation. Mais valoriser une formation de qualité. Ce n’est qu’alors que les gens respecteront les produits. Et on ne peut avoir de bons produits sans former nos formateurs. Le taux de naissances baisse drastiquement, nous avons besoin de la contribution de tous pour amener le développement économique. Si on ne promeut pas la formation professionnelle, le pays va sombrer.
«Après neuf ans, les élèves pourront choisir une filière académique ou technique»
Que faut-il pour relancer le Mauritius Institute of Training and Development ?
Il faut avant tout développer un curriculum (programme d’études) adapté. Il y a plusieurs façons de le faire. Certaines écoles de pensée privilégient l’avis de conférenciers. Souvent dans ces cas-là, l’on utilise uniquement 10 % de ce que l’on a appris. Mais le système américain ne fonctionne pas ainsi. Les Américains choisissent de donner la parole aux gens de métier, et ils développent le curriculum en fonction de leurs expériences. Cette méthode a fait ses preuves. Vous prenez ce qu’ils vous disent pour développer un programme. Il faut aussi mettre à jour ce programme sur une fréquence régulière. Les Américains sont des smart workers, ils ont été formés pour. Nous avons déjà une équipe et des gens compétents pour travailler sur ce projet. Mais il nous faut encore et toujours des formations faites par des étrangers, des Mauriciens…
Qu’en est-il du marché du travail ?
Aujourd’hui, on a besoin de gens qui sont capables de réfléchir. Alors qu’avant, avec la grosse mécanique, l’on avait surtout besoin de personnes solides pour soulever des poids lourds, des moteurs par exemple. Ces gens-là sont devenus mécaniciens. Maintenant les compétences que l’on demande sont différentes. Dans le cas d’une voiture électrique, par exemple, on a besoin de personnes qui réfléchissent. Je n’ai pas fait d’étude mais les secteurs émergents sont tous des Knowledge-Based Sectors. Il y a, entre autres, l’économie bleue, les TCI, la finance… Il faut plus de gens dans le système d’éducation générale. Les écoles polytechniques qui verront le jour bientôt fourniront une formation spécialisée.
A-t-on les ressources nécessaires pour opérer ces polytechniques?
Les polytechniques offriront plus de hands-on experience. Elles devraient être opérationnelles l’année prochaine. Nous avons des gens compétents mais j’insiste encore sur le besoin de former les formateurs. Nous devons nous tourner vers des experts étrangers, mauriciens, le secteur privé… Les formateurs doivent eux-mêmes bénéficier d’une formation de pointe. Quand j’étais le directeur de l’IVTB, j’avais sollicité la Banque mondiale afin d’obtenir un prêt pour financer la formation. Elle m’avait dit que nous étions le second pays au monde à contracter un prêt pour les besoins de formation. Le premier à le faire était le Japon.
Êtes-vous confiant quant à l’avenir de la formation professionnelle ?
Oui, je le suis toujours. Le Premier ministre y croit, la ministre de l’Éducation aussi. C’est une passion pour elle, elle s’y dévoue. Nous avons une bonne équipe. Si nous décidons de faire le miracle, nous y parviendrons.
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