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Convention UNESCO - Patrimoine: faites l’amour pas la guerre
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Convention UNESCO - Patrimoine: faites l’amour pas la guerre
Réveil brutal. Vendredi, le Conseil des ministres a annoncé que Maurice va soumettre son premier rapport d’évaluation dans le cadre de la Convention de la Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (1954). Convention ratifiée par Maurice en 2006. Pour un premier rapport après 15 ans.
Mieux vaut tard que jamais. Qui dit protection du patrimoine, dit patience mise à rude épreuve. Vendredi, le Conseil des ministres a annoncé que Maurice va bientôt soumettre son tout premier rapport d’évaluation dans le cadre de la Convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé. Une convention que Maurice a ratifiée en 2006. Donc, il y a 15 ans.
Que s’est-il passé pour que Maurice décide de se manifester ? Quelle bombe – à retardement – a enfin eu de l’effet ? La déflagration poussera-t-elle les autorités à aller plus loin que les discours ressassés ? Peu de réponses au ministère des Arts et du patrimoine culturel. Si ce n’est qu’en une précédente occasion, au ministère de l’Éducation – qui est en lien avec l’Unesco –, on aurait répondu que Maurice n’est pas «diretement concernée» par cette convention.
Jusqu’en 2018. Cette année-là, du 26 novembre au 1er décembre, Maurice accueille la 13e session du comité de sauvegarde du patrimoine immatériel. Instance qui décide quels patrimoines immatériels seront classés patrimoines mondiaux. C’était au centre de conférences Swami Vivekanada. L’invitée d’honneur est la directrice de l’Unesco, Audrey Azoulay. C’est l’année où le reggae devient patrimoine mondial.
À l’époque, Maurice est en pleine procédure pour faire inscrire le séga tambour Chagos au patrimoine mondial. Ce qui sera chose faite l’année suivante, en 2019. Selon des sources, la convention de La Haye aurait été mentionnée lors de la session à Maurice. Le premier rapport qui sera soumis couvre la période 2017-2020.
Ce nouveau rapport laisse sceptique Thierry Le Breton, de SOS Patrimoine en péril. «Le plus dérangeant, c’est que les définitions du patrimoine culturel en temps de guerre telles que données par cette convention ne sont même pas appliquées à Maurice en temps de paix. C’est à la protection en temps de paix qu’il faut œuvrer avant de s’inquiéter des cas de conflits éventuels.»
En 2006, quand Maurice ratifie cette convention, Philippe Lahausse de La Louvière est président du National HeritageTrust Fund, prédécesseur du National Heritage Fund. Il est aussi membre de l’exécutif du Conseil international des monuments et sites (ICOMOS), instance de l’Unesco. Il se souvient avoir «beaucoup milité» pour que Maurice ratifie cette convention. «Elle traite des conflits mais aussi des troubles civils. Il y avait eu les émeutes de février 1999 et le Vagrant Depot avait été touché.»
Sur le plan international, c’est l’époque des destructions de patrimoine culturel par l’État islamique en Iraq, en Syrie et en Libye. Trois pays signataires de cette convention de La Haye. Sauf que cela n’avait pas sauvé des sites millénaires, dont ceux de Palmyre et de Mossoul. «À l’ICOMOS, il y a eu beaucoup de pression pour voir ce que cette convention couvrait exactement. Mais surtout comment protéger le patri- moine dans ces situations.»
Quinze ans plus tard, après avoir fourni des efforts pour que Maurice signe le premier protocole de cette convention, Philippe Lahausse de La Louvière dit seulement : «Je suis content que l’on aille dans cette direction.» Il se souvient aussi que suites à des bombardements en Iraq, «les dirigeants cherchaient des lieux sûrs pour mettre à l’abri des artefacts. J’avais suggéré au ministre des Arts et de la culture de l’époque que Maurice qui est loin des zones de conflits pourrait servir d’abri au patrimoine en danger à cause de la guerre».
Une affaire classée sans suite. Mais qui donne envie de dire merci inertie quand on fait le tour de la situation du patrimoine classé. Pire encore des sites ayant une histoire mais qui ne sont pas officiellement reconnus.
«Presque un demi-milliard de roupies pour le patrimoine»
«Presque un demi-milliard de roupies a été dépensé pour la réhabilitation du patrimoine au cours des cinq dernières années.» Déclaration d’Avinash Teeluck, ministre des Arts et du patrimoine culturel, le 20 juin, au Parlement, lors des débats budgétaires. Une somme qui interpelle. Mais ce que le ministre n’a pas dit, c’est quels sont les résultats concrets de cette dépense de fonds publics.
Pour se rendre compte que les sommes sont souvent allouées aux mêmes chantiers qui tournent en boucle, il suffit de jeter un œil aux dotations budgétaires accordées au patrimoine au cours des cinq dernières années. Et l’on aura vite dans les oreilles de vieilles rengaines.
Ironiquement, le Budget 2016-2017, présenté par Pravind Jugnauth, ministre des Finances à l’époque, s’intitule «A new era of development». Pour qui ? Pour quoi ? Pour le patrimoine, il faudra repasser. Cette année-là, le Budget prévoyait Rs 105 millions pour le bâtiment qui regroupera les Archives nationales et la Bibliothèque nationale sous un même toit, à Moka. Pas plus tard que le 20 juin, le ministre a encore une fois mentionné ce projet. En disant que les documents d’appels d’offres seront bientôt envoyés à Exim Bank, qui finance ce projet via une ligne de crédit de l’Inde. La même qui a financé la nouvelle Cour suprême.
En 2017, le Budget s’intéresse à la Batterie de l’Harmonie. En promettant que ce patrimoine national serait transformé en village des artistes. Il est pour le «village» de voleurs de pierres taillées et de vandales.
En 2018-2019, on promet la rénovation de l’ancien hôpital de Grande-Rivière-Nord-Ouest (ex-Borstal) pour y aménager les locaux de la National Art Gallery et du National Heritage Fund. Un projet tombé aux oubliettes.
Le Budget 2019-2020 finance les travaux préliminaires du Musée intercontinental de l’esclavage. Un musée qui entre actuellement dans sa seconde phase, celle de l’aménagement.
Si on ajoute les sommes dépensées pour rénover le théâtre de Port-Louis (à court de fonds après une première phase de travaux) et le Plaza (empêtré dans des procédures judiciaires), on grimpe vite au «presque demi-milliard». Sans que ces lieux n’aient retrouvé leur vocation. Si on y ajoute aussi l’hôtel de ville de Curepipe, un autre chantier qui s’éternise, le compte est bon...
École Beaugeard, le retour
Encore un vieux dossier qui refait surface. Celui de l’école Beaugeard, rue Edith Cavell, à Port-Louis. Le site connaît un peu d’animation en ce moment. Avec nettoyage et constructions. Il s’agit d’un bâtiment datant du 19e siècle où ont vécu Adrien d’Epinay, Onesipho Beaugeard et Robert Edward Hart. Placé sous la responsabilité du ministère de l’Éducation, le bâtiment – non classé – avait été condamné à la démolition. Mais à partir de 2006, des associations (l’Amicale France-Maurice, SOS Patrimoine en péril, la Société de l’Histoire, Friends of the Environment) avaient demandé l’arrêt des travaux en Cour suprême. Le site est retombé dans l’oubli jusqu’à ce que l’affaire soit rejetée. L’un des fervents défenseurs de l’école Beaugeard n’est plus. Au ministère des Arts et du patri- moine culturel, on indique que ce site serait sur la liste provisoire des travaux à venir.
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