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Chômage-fiction
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Chômage-fiction
DIMANCHE 3 FÉVRIER 2069. Maurice était sous la menace d’un cyclone tropicale intense, nommé Étienne, le cinquième formé dans la région depuis le début de l’année. «Ce foutu dérèglement climatique va finir par avoir notre peau», soupira Alexandra Rumjhee, la Première ministre. La jeune femme de 37 ans se leva de son siège et, mains derrière le dos, se mit devant les grandes baies vitrées de son bureau situé au 16e étage du centre administratif. Wooton affichait grise mine sous l’alerte cyclonique de niveau un. La Première ministre était passée au bureau afin d’expédier un dossier urgent. Son travail terminé, elle demeurait pensive. Une chose la préoccupait : le taux de chômage galopant chez les jeunes.
Son parti avait remporté les élections de février 2065 sur la promesse du plein-emploi. Maintenant, à une année de la prochaine échéance électorale, elle devait s’avouer que la situation était loin d’être reluisante. Le vieillissement de la population, depuis les années 2040, était accompagné d’une chute très inquiétante du taux de natalité. Et ces jeunes, dont la plupart étaient diplômés, préféraient quitter le pays pour aller tenter leur chance à l’étranger.
Surtout en Russie, dont l’économie florissante écrase le monde depuis le crash de celles des États-Unis et du géant chinois. Faut dire qu’après les deux mandats catastrophiques de Donald Trump à la Maison-Blanche, dans les années 2020, la grande Amérique était entrée en récession. L’Europe, qui ne comptait plus que 15 pays au sein de l’Union, avait d’autres chats à fouetter, tels que la montée du nationalisme et du terrorisme. Maurice, quoi que bénéficiant de l’appui indien, surtout dans le secteur de l’économie océanique, n’était pas sorti indemne de ces remous socioéconomiques. D’où la montée de la courbe du chômage.
«Que faire ?» se demanda Alexandra. Les jeunes qui sont restés au pays veulent tout avoir sans faire d’effort, comme pour ne pas déroger à la tradition. Le monde local de l’emploi s’était beaucoup diversifié ces dernières années, avec l’émergence de nouveaux secteurs économiques. L’éducation académique, tout comme la formation professionnelle, avait heureusement suivi les besoins du monde du travail. Le «mismatch» était chose du passé. Mais certains Mauriciens refusaient toujours de faire des jobs qu’ils estimaient dégradants.
Le pays s’était longtemps reposé sur une main-d’œuvre bon marché, venant principalement du sud-est asiatique, dont le Bangladesh. Mais ce pays a pu s’en sortir, économiquement, ce qui fait que la source de travailleurs serviles et peu chers s’est tarie. Résultat : beaucoup de sociétés et de conglomérats locaux ont dû déménager à l’étranger, faute de maind’œuvre et parce que Maurice devenait trop cher. Le gouvernement avait épuisé toutes ses cartes, celles qui servaient à attirer les investisseurs dans le pays. Où trouver des travailleurs qui accepteraient des salaires de misère pour des tâches parfois très difficiles ?
Alexandra Rumjhee n’en savait absolument rien. La récession n’allait pas tarder à frapper le pays. Et elle sentait que son gouvernement allait être balayé du pouvoir lors des élections de février 2070. Ses adversaires, dont l’ancien Premier ministre Trishan Sadhien, sentaient bien que le vent tournait en leur faveur. Ils multipliaient les attaques contre le gouvernement, tombant rapidement dans une démagogie facile et faisant, à leur tour, des promesses qui n’engageaient que ceux qui les écoutaient. Bref, une situation de fin de règne.
Pourtant, elle s’était démenée pour apporter du changement dans la vie de ses concitoyens. De grands projets avaient été réalisés. Elle avait pu remanier le secteur de la santé publique de fond en comble. L’éducation publique avait été obligée de changer de calendrier scolaire, avec un réaménagement des heures de cours réels et virtuels. Les congés scolaires ont été réduits alors que le nombre de jours de travail, à l’école, a été augmenté. La réforme, en vigueur depuis trois ans, portait déjà ses fruits, en termes d’augmentation du pourcentage de réussite aux contrôles et autres examens.
Mais les jeunes diplômés faisaient toujours la fine bouche lorsqu’il s’agissait de débuter leur carrière professionnelle. C’était un cercle vicieux et Alexandra Rumjhee savait qu’elle allait perdre les élections si son gouvernement ne venait pas avec LA mesure qui allait inverser la courbe du chômage et assurer le retour au plein-emploi. «Comment faisaient mes prédécesseurs ?» se demanda-t-elle, en retournant s’asseoir…
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