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Hubert Raffray, Group Chief Executive Officer de Forges Tardieu Group : «Pour 2014-2015, 80 % du chiffre d’affaires de Forges Tardieu est réalisé en Afrique»
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Hubert Raffray, Group Chief Executive Officer de Forges Tardieu Group : «Pour 2014-2015, 80 % du chiffre d’affaires de Forges Tardieu est réalisé en Afrique»
■ À quoi doit-on l’initiative du conseil d’administration du groupe Forges Tardieu consistant à revoir son image ?
Après 165 années d’existence, il était temps de revoir l’image de marque de la société. Et pour cause, Forges Tardieu n’est plus cette simple fonderie qui, petit à petit, s’est imposée comme l’atelier mécanique de référence de l’industrie sucrière. Elle a subi une véritable transformation pour devenir un groupe qui réunit treize sociétés offrant des services dans divers domaines d’activités économiques et qui évolue sur le marché global.
Il fallait marquer cette transition en déclinant une identité visuelle moderne correspondant à l’image réelle et actuelle du groupe. Nous sommes en quête de nouvelles aventures tant sur le continent africain que sur le plan global, y compris les marchés d’Amérique latine que nous sommes en train de prospecter. Nous avons un carnet bien fourni de contacts et de clientèle à travers le monde.
Notre progression sur le marché extérieur, nous la devons également à l’apport de nos partenaires. Ceux-ci peuvent être des clients ou des cabinets d’études basés en Afrique du Sud, en Europe, aux États-Unis, en Australie. Il était nécessaire de renforcer notre visibilité et notre flexibilité à la fois dans la région et sur le plan international.
■ Jusqu’ici, Forges Tardieu était surtout connu comme l’opérateur indiqué pour l’exécution de travaux de grosse mécanique. Sur quoi repose ce profond changement que vient d’amorcer le groupe ?
Les activités de Forges Tardieu ont été regroupées autour de cinq différents pôles, à savoir l’ingénierie, les services, le commerce, l’agriculture et l’investissement. Les activités entreprises par ces segments sont toutes axées sur l’ingénierie liée aux domaines de la canne, du pétrole et de l’industrie dans son ensemble. Chaque pôle regroupe à son tour des métiers spécialisés.
Nos activités comprennent une panoplie de services : la commercialisation d’équipements d’ingénierie, la conception et la fabrication d’équipements par notre propre atelier de mécanique, le montage financier, la gestion de sociétés sucrières, le traitement des eaux usées, la mise en place de projets d’investissement dans les secteurs sucrier, pétrolier et gazier, ou encore le repérage de compétences spécialisées et leur placement dans les sociétés où elles sont demandées. Bref, nous nous sommes positionnés comme un prestataire de services moderne dans autant de domaines que nos moyens et notre ambition nous le permettent.
■ Quelle est la nature de votre incursion dans l’industrie gazière et pétrolière ?
Nous évoluons dans ce secteur depuis près de vingt ans au niveau de la région. Les premiers contrats que nous avons décrochés concernaient la fabrication de deux réservoirs pour Madagascar. Les pièces ont été fabriquées à Maurice. Et elles ont été montées sur le chantier. Nous travaillions déjà pour des sociétés telles que Shell, Total ou Esso. Nous avons beaucoup investi, avec pour objectif de renforcer notre savoir-faire et nos compétences dans l’art d’exécuter des ouvrages sur les terminaux pétroliers.
Depuis quelque temps déjà, nous avons opté pour un renforcement de notre présence dans ce secteur. Une démarche qui a atteint son apogée cette année. Nous avons décroché un contrat pour la fabrication de deux réservoirs pour le compte d’opérateurs locaux. Nosoffres pour la réalisation de travaux à l’aéroport de Maputo ont en outre été acceptées. Nous sommes en train de finaliser un contrat pour des travaux dans le nord du Mozambique. Nous sommes de plus en plus sollicités par des clients qui évoluent dans ce secteur.
Le savoir-faire acquis par Forges Tardieu dans ce secteur nous permet désormais de concevoir, de mettre en chantier et de gérer des projets de grande envergure,tout en offrant une panoplie de services en termes de consultance ou de remise aux normes des dépôts de produits pétroliers et gaziers.
Nous offrons aussi des services dans le domaine de la gestion de terminaux pétroliers. Tout récemment, nous avons travaillé sur un vaste projet de mise en place de structures pour le stockage de produits pétroliers et gaziers au Cameroun. Ce projet élaboré sous la formule EPCM comprend les phases suivantes : l’exécution des ouvrages d’ingénierie, la fourniture d’équipements, la réalisation des travaux de construction, la gestion et enfin, la livraison du projet complet au client. Il faut ajouter à cette liste tout le volet génie civil que nous entreprenons avec nos partenaires français.
■ En examinant de près la composition du nouveau comité exécutif de Forges Tardieu, on constate la présence de sang nouveau. Est-ce une rupture par rapport au mode de gestion adopté jusqu’ici ?
Pas de rupture mais plutôt et surtout la continuité d’un parcours vieux de 165 ans. La continuité du patrimoine dont nous disposons déjà est dans la logique des choses. Finie l’époque où les compétences évoluaient les unes à côté des autres sans trop de possibilités de s’harmoniser. Les compétences évoluent désormais dans une parfaite harmonie, comme un seul homme.
En raison des ambitions que nous nous sommes données, il a fallu passer d’un modèle pyramidal et bien hiérarchisé à une formule où toutes les compétences évoluent au même niveau dans un élan commun. Puisque nous voulons voir évoluer notre présence sur le plan global, il a fallu adapter notre mode de gestion selon les exigences de cet environnement commercial.
■ Depuis un certain temps, on constate que vous êtes davantage visible sur le plan international que local. Comment expliquez- vous cela ?
Aujourd’hui, la proportion de notre chiffre d’affaires réalisé à l’étranger comparativement à celui provenant de notre engagement à Maurice est de 80 %, contre 20 %. S’il est vrai que nous ne nous sommes pas limités aux perspectives du marché local, il est aussi vrai de noter que notre compétence et notre savoir-faire dans le domaine des ouvrages d’ingénierie peinent à obtenir la reconnaissance qu’ils méritent sur le plan local. C’est dommage. C’est vraiment triste.
■ Si une telle situation résultait du faible niveau de votre compétitivité, n’est-il pas plus judicieux de corriger votre handicap à ce niveau ?
Loin de moi l’idée de suggérer de près ou de loin qu’il faudra éliminer la compétition internationale lorsque des appels d’offres pour de gros travaux à Maurice sont lancés. On constate tout simplement que la grille de critères ne tient pas toujours compte du fait que pour certains travaux, nous disposons déjà de la compétence à Maurice même.
Prenons l’exemple de cuves pour le stockage de produits pétroliers. Chez Forges Tardieu, nous avons le savoir-faire pour concevoir, fabriquer, installer et assurer la mise en oeuvre de tels ouvrages. Mais malheureusement, l’existence de certains critères, comme par exemple celui de la capacité financière du soumissionnaire, ne semble pas avoir pris en compte la spécificité des participants mauriciens.
■ Le recours à une multiplicité de soumissionnaires ne permet-il pas de repérer les offres les moins chères ?
Si vous voulez dire qu’une des raisons susceptibles d’inciter les responsables de projets à Maurice à ne passe limiter à des compétences rares mauriciennes, c’est leur possible cherté comparative, je n’en disconviens pas. Prenons notre exemple, la qualité de nos services et des produits qui sortent de nos bureaux et de nos ateliers, de même que la garantie que nous offrons à notre clientèle, qui est notre marque de fabrique, tout cela a un prix.
On ne brade pas les offres rien que pour épater les responsables de projets sur des coûts comparativement moins élévés. Il semblerait qu’en ce qui concerne les appels d’offres
qui sont également ouverts à des soumissionnaires internationaux, cela soit discriminatoire envers les sociétés mauriciennes en général.
■ Le groupe de sociétés associé à Forges Tardieu a enregistré une baisse de 27 % pour l’exercice financier 2014. Dans quelle filière précisément les choses ne se sont-elles pas déroulées selon le plan établi ?
C’est sans conteste la filière ingénierie, principal pôle d’activités de la société mère qu’est Forges Tardieu. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette performance. Il s’agit entre autres de notre concentration entre 2000 à 2010 sur des travaux de rénovation de certaines sucreries, tant à Maurice qu’à l’étranger, à la rareté de projets nécessitant le recours à l’ingénierie, à la récession mondiale, à notre implication dans un vaste projet de réorganisation de notre groupe.
Les deux dernières ont été plus difficiles que les autres années. Nous en avons profité pour sortir de terre la nouvelle Forges Tardieu. Ça va définitivement mieux en 2015. Nous avons eu recours à cet exercice de restructuration pour être encore plus visible et accessible sur le marché international.
■ Quelles ont été les mesures arrêtées pour atténuer les effets de cette baisse de performance sur le plan du développement futur de la société ?
La révision de notre modèle d’entreprise nous a permis de placer les activités dans le cadre de cinq segments. Nous récoltons déjà les bienfaits de cette approche. Nous ouvrons nos propres structures au Mozambique, au Rwanda, au Sierra Leone, en Nouvelle Calédonie et en Chine. Ces structures opèrent soit directement sous l’égide de Forges Tardieu soit de ses subsidiaires. Nous sommes dorénavant présents dans vingt-cinq pays africains et en Asie.
■ Votre société fait partie de cette liste restreinte d’entités mauriciennes qui n’ont pas attendu la ruée vers le continent noir pour y investir. Avec l’ouverture de ses frontières à de nouveaux venus, l’Afrique représente-telle toujours un espace d’opportunités d’affaires pour Forges Tardieu ?
Nous sommes en Afrique continentale depuis 1961. Un des premiers contrats que nous y avons décrochés concernait le déplacement des installations de la sucrerie de Labourdonnais au Zimbabwe, la Rhodésie à l’époque. Nous connaissons bien l’Afrique. C’est notre terrain de jeu. L’Afrique se développe certes mais je m’abstiendrai de dire que c’est l’Eldorado. L’Afrique, est dure. C’est une mine d’opportunités, certes, mais avec les risques à la hauteur de ces mêmes opportunités.
Notre histoire avec l’Afrique porte ses fruits. Pour l’exercice 2014-2015, 80 % de notre chiffre d’affaires est réalisé en Afrique. Il apparaît clairement que dans les années à venir, la
proportion de notre marché international dans notre segmentation sera encore plus conséquente qu’elle ne l’est aujourd’hui.
■ Votre présence en Afrique ne comporte pas seulement des risques au niveau des résultats financiers mais également sur le plan de la santé. Tout récemment, il y a eu des cas de maladies associées à l’épidémie Ebola. Comment ces risques ont-ils été gérés ?
Notre approche est de travailler de préférence avec des sociétés internationales. Elles ont un cahier des charges extrêmement rigoureux en matière de santé et de sécurité. Ce qui implique une connaissance de tous les risques liés à la santé. Toutes les mesures préventives ont été prises selon les normes établies par les sociétés internationales que nous accompagnons dans l’exécution des contrats. C’est ce qui nous a permis de terminer le projet dans lequel nous étions déjà engagés depuis 2013.
La décision de poursuivre les travaux ou de rentrer revenait à un chef de chantier d’origine mauricienne, de concert avec l’administration centrale de Forges Tardieu. Nous avons suivi rigoureusement les termes du protocole mis en place par le ministère de la Santé au moment où les Mauriciens qui travaillaient au Sierra Leone sont rentrés au pays.
Tout projet, avant d’être validé, passe par l’examen scrupuleux des membres d’un comité chargé de mesurer tous les risques inhérents, tels que ceux liés à la santé, à la situation politique du pays, etc.
■ Beaucoup d’hommes d’affaires mauriciens font montre de réticence lorsqu’il s’agit d’évoluer sur la carte globale des affaires où les risques, autant que les gains, peuvent être conséquents. Quels sont les ingrédients indispensables pour opérer sur le marché global sans y laisser des plumes ?
La concurrence la plus difficile à vaincre reste celle pilotée par des sociétés privées où l’État agit entant que garant et sponsor. C’est l’approche favorisée par la Chine et l’Inde. Fini le temps où les responsables chargés de la diplomatie et de l’économie se regardaient en chien de faïence. Elles font cause commune sur le terrain. L’intérêt de la nation transcende ces barrières. S’il est vrai que nous sommes relativement plus chers, notre force se situe au niveau de la réputation qui accompagne notre nom, notre bilinguisme, le niveau de notre crédibilité, les garanties que nous offrons au niveau de la qualité de nos services, de nos produits et de nos ouvrages.
■ Autour de quels projets d’envergure la nouvelle identité de Forges Tardieu va-t-elle donc s’articuler ?
La réorganisation à laquelle nous avons eu recours nous a préparés à répondre aux besoins de notre clientèle pour les dix à quinze prochaines années. Déjà, nous avons décroché plusieurs contrats importants tels que celui d’une raffinerie en Zambie, de l’installation de lignes hydrantes pour alimenter les réservoirs d’avions en Jet A 1 à l’aéroport international de Maputo au Mozambique, pour ne citer que quelques exemples. Mais le meilleur reste à venir !
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