Les droits des femmes sont des droits humains (7)

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Droits et Responsabilités

Le 10 décembre approche et nous allons clôturer cette série qui nous a permis de rappeler que normalement, nous jouissons des droits civils et politiques, mais aussi des droits économiques, sociaux et culturels. Dans tous les cas, ce sont les femmes qui sont le plus souvent affectées quand un droit n’est pas respecté. De plus, en cette période de large mobilisation mondiale sur l’élimination de la violence contre les femmes, les médias parlent d’un féminicide atroce qui nous a une fois de plus fait prendre conscience des limites des solutions proposées jusqu’ici.

Revenons donc à l’essentiel. Quels sont nos droits et pourquoi ne pouvons-nous en jouir sereinement ? Comment avons-nous acquis – ou non – ces droits ? Qui est responsable de s’assurer que nous puissions exercer ces droits sans discrimination aucune ?

Un droit humain est inhérent et dans la plupart des cas, il existe parce que nous vivons dans un monde civilisé. Prenons l’exemple du droit à la vie, qui est un principe fondamental de toutes les grandes religions. C’est le socle même de la civilisation. Le cannibalisme a probablement disparu partout dans le monde. Mais la peine de mort existe encore dans beaucoup d’États qui se proclament démocratiques. Chez nous, elle existe encore techniquement dans la Constitution, mais pas dans nos lois. Le pire, c’est qu’à chaque fois qu’un crime atroce est commis, il y a encore des gens qui réclament sa réintroduction en pensant à tort que c’est une forme de dissuasion efficace. En fait, les statistiques montrent le contraire. De plus, l’État ne peut être un bourreau qui risque de tuer un innocent.

Depuis le 10 décembre 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme énumère les droits humains que tous les pays membres de l’Organisation des Nations unies doivent respecter. Déjà à l’époque, certains ont rechigné, surtout en ce qui concerne les droits des femmes et – avant l’abolition de l’apartheid – des noirs. Par la suite, les deux Pactes internationaux sur les droits civils et politiques et les droits économiques, sociaux et culturels, adoptés en 1966, n’ont été applicables qu’à partir de 1976, en attendant que les pays concernés acceptent de prendre les mesures voulues pour respecter ces droits fondamentaux. C’est dire que les États ne sont pas pressés de prendre leurs responsabilités pour que leurs peuples bénéficient de tous ces droits.

À Maurice, les libertés comme celles d’opinion, d’expression, d’association, de mouvement, etc., sont pourtant très importantes. Elles sont garanties par la Constitution, mais on sent de temps en temps un petit glissement. Pendant la pandémie, il a évidemment fallu suspendre la liberté de mouvement, par exemple. C’est d’ailleurs prévu par la Constitution, qui précise quand on peut suspendre certaines libertés. Mais même chez nous, on a connu des excès comme l’emprisonnement politique pendant l’état d’urgence, qui a duré jusqu’en 1976.

Malheureusement, les droits économiques, sociaux et culturels ne figurent pas dans la Constitution, qui définit tout de même Maurice comme un État souverain et démocratique. Les articles précédents de cette série ont décrit ces droits trop souvent bafoués. Il s’agit du droit à l’éducation, à la formation adéquate, à un emploi décent, au logement pour tous, à la santé, à la nourriture, à l’eau, etc. Il est important de continuer à réfléchir sur ces droits, leur importance, et comment on peut s’assurer qu’ils soient respectés de manière «scrupuleuse», pour reprendre le mot employé par le président Mitterrand pendant sa visite ici. Il y a encore trop de Mauriciens qui ne peuvent jouir de ces droits, même s’il existe de nombreuses mesures destinées à atténuer les effets de la pauvreté – aussi longtemps qu’on n’aura pas réussi à nous forcer à démanteler le Welfare State.

Certains continuent à dire que le coût d’une bonne politique sociale est trop lourd et qu’il faut produire la richesse avant de la distribuer. Mais pouvons-nous encore tenir de tels de propos aujourd’hui quand on sait que c’est toujours de haute lutte que les citoyens ont pu arracher les droits les plus élémentaires qu’on ne leur aurait pas accordés autrement. C’est quand même grâce à une grève de la faim des militants de gauche qu’une compensation salariale (appelée COLA) a été introduite dans les années 1970. Et le salaire minimum existe aujourd’hui grâce à la grève de la faim d’une syndicaliste. Il faut saluer tous ceux qui ont su agir et mener ces combats.

Certains ne jurent que par les Objectifs du développement durable, mais fait-on ce qu’il faut pour les atteindre ? Les prix flambent et les pauvres ne mangent pas à leur faim. Faut-il qu’un gréviste meure pour qu’on l’entende et qu’on pense à la manière de réajuster la politique économique et sociale ? Veut-on abandonner à leur sort ceux qui suivent l’exemple du Mahatma Gandhi ?

Non ! Soyons réalistes. Celui qui tient le manche du poêlon sait combien de temps il en supportera la chaleur. Mais ceux qui souffrent sont désespérés. Dans notre «paradis», il est impensable qu’on soit jusqu’auboutiste et qu’on se moque des droits humains. Il faut donc des actions, pas des discours. Dans démocratie, il y a demos (peuple, en grec) et non «des mots».

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