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Quel est donc le message que passe un Premier ministre en manoeuvrant systématiquement pour ne pas répondre aux questions qui lui sont posées (103 questions restées sans réponses sur les 11 dernières séances parlementaires, avant la présente session), quand, en plus, le speaker ne semble pas très intéressé à être impartial dans sa gestion des échanges parlementaires, et que, une fois encore, l’on s’active à annuler les séances de mardis de l’Assemblée des députés, qui sont pourtant les seules séances où l’on peut poser des questions aux responsables de l’argent public que sont nos bons ministres ? En effet, depuis la reprise du Parlement, le 18 octobre dernier, on aura annulé quatre séances de mardi sur les six mardis disponibles jusqu’au 22 novembre.

Vous croyez aux coïncidences et à la bonne foi ou à la manoeuvre plus que transparente qui consiste à se blottir dans les brumes confortables de l’opacité ? Et donc à une préférence marquée pour cacher, dissimuler, camoufler, receler, balayer sous le tapis, enfouir, masquer, planquer et tenir secret au maximum ? 

C’est souvent d’ailleurs comme cela que le pire commence ! 

*** 

Alors que la sècheresse va encore frapper, que les réservoirs se vident, que 24/7 ne veut plus du tout dire 24/7 et que les coupures d’eau vont s’accélérer, combien parmi nous fermons le robinet de la douche pendant que l’on se savonne ? Combien ferment le robinet du lavabo alors qu’ils se brossent les dents et que l’eau qui s’écoule alors est forcément… gaspillée ? Sommes-nous nombreux à démontrer un certain niveau de civisme dans ce pays ? Ou est-ce que nos «droits» (réels ou pas) ont immanquablement le dessus sur notre devoir ? Comme illustré d’ailleurs par une île qui est de plus en plus polluée et salie par ses propres citoyens… qui ont, pourtant, la prétention d’accueillir correctement des visiteurs ; touristes, investisseurs et résidents éventuels ?

*** 

On ne présumera pas de l’innocence ou de la culpabilité de Bruneau Laurette, mais ayant été arrêté, il paraît un peu bizarre que l’enquêteur principal parte en vacances, que la vidéo faite par la police ne soit toujours pas disponible – ni à la cour, ni aux avocats de la défense et que l’analyse des drogues saisies se fasse attendre. En cour vendredi, 15 jours après son arrestation, Laurette apprenait qu’il aurait la possibilité d’être confronté à la vidéo précédant son arrestation en présence de ses avocats. Mais dans l’après-midi, la projection annoncée de la vidéo tant attendue n’a pas eu lieu, car un des policiers chargés de l’exercice était… souffrant. Bizarroïde, vous ne trouvez pas ? Ce qui ne va pas, évidemment, arranger la crédibilité de certains ? 

*** 

Le Qatar, après avoir pourtant signé un accord avec la FIFA pour vendre de la bière près des stades, a décidé, vendredi, de renier cet accord et de ne permettre que la vente de bière sans alcool. Cela va évidemment déplaire aux «fans» déjà passablement embêtés par les restrictions diverses, les coûts et les grandes chaleurs (33 degrés à l’ombre). Le sponsorship de 75 millions de dollars de Budweiser va sans doute écoper aussi. Le clash culturel a été clairement sous-estimé ! 

*** 

Les Madres de la Plaza de Mayo sont un groupe de mères argentines dont les enfants militants ont disparu, invariablement assassinés pendant la «guerre sale» livrée par la dictature militaire entre 1976 et 1983. Depuis le 30 avril 1977, ces mères courage effectuent des rondes hebdomadaires sur la place de Mai, foulards blancs sur la tête, face au Parlement argentin, exigeant de savoir ce qui s’est passé pour leurs enfants et le demimillier de leurs petits-enfants, généralement nés en prison, et kidnappés pour être confiés à des familles dûment approuvées par l’État. L’espoir était, sans doute, d’éradiquer leurs «mauvaises graines»… ?

Les historiens et les «mères de la place de Mai» estiment à 30 000 le nombre de «disparus» et à ce jour, seuls 11 000 parmi eux ont été retrouvés et identifiés par l’État argentin et l’armée. De très nombreux disparus ne seront jamais physiquement identifiés, ayant souvent été embarqués dans des avions pour des «vols de la mort», ces opposants à la dictature étant alors tout simplement largués en mer… d’une hauteur suffisante ! Il faut savoir que ces mères courage se sont elles-mêmes fait assassiner à leur tour en décembre 1977 quand un commando dirigé par le colonel Alfredo Astiz a tué plusieurs des fondatrices, ainsi que des religieuses qui les avaient rejointes. 

Comprenant cependant qu’il leur était difficile de réprimer ce mouvement frontalement et avec violence, ce gouvernement dictatorial, soutenu par les États-Unis jusqu’en 1982 et jusqu’à la guerre des Malouines, décidait de les décrire comme les «folles de la place de Mai». Cette expression fit le tour du monde, mais à l’inverse de l’effet recherché par l’État argentin, elle devint un nouveau synonyme de résistance pacifique et d’héroïsme revendicatif ! Ces mères «folles» obtenaient d’ailleurs le prix Sakharov des droits humains en 1992.

La présidente de cette organisation rebaptisée les Abuelas (*) de la Plaza de Mayo, Estela Barnes de Carlotto, déclarait dans une interview en 2016 que leur groupe, qui marche toujours, réclame «de ranger sous un même drapeau tous ceux qui ont compris que la mémoire, la vérité et la justice sont les piliers sur lesquels nous nous devons de construire, jour après jour, une démocratie meilleure». Simple et vrai ! Le 5 août 2014, elle avait annoncé avoir retrouvé son petitfils, Guido, né de sa fille Laura, arrêtée le 26 novembre 1977 à Buenos Aires, alors qu’elle était enceinte de deux mois et demi. Après avoir été torturée, Laura a été assassinée en prison après son accouchement.

Les tentations totalitaires d’Argentine trouvent leurs racines chez les Péronistes eux-mêmes, Juan Perón étant élu pour la troisième fois en 1973, avec son épouse Isabel comme… vice-présidente. Elle lui succède donc, héritière dynastique, après sa mort en juillet 1974 et c’est contre elle que l’armée se rebiffe et fait un coup d’État en 1976. Souhaité par les élites locales et aidé en cela par Pinochet, homme fort du Chili, Kissinger et la CIA du président Ford.

C’est comme cela que ça se termine généralement quand la démocratie n’est pas soignée et s’effrite, faute de démocrates engagés et pratiques… 

*** 

Il faut vraiment de tout pour faire un monde !

Si l’on vous disait que le Professeur émérite Timothy Jay avait étudié la question pendant les dernières 40 années de sa carrière, que le National Geographic Magazine a publié un long article sur le sujet (**) et que plus de 200 documents de recherches ont été publiés sur ce thème dans des publications scientifiques, souvent réputées, vous vous direz sans doute que la question est d’importance ? Peut-être bien que si… 

On parle ici d’études sérieuses sur le juron et sa valeur thérapeutique (***). 

Depuis des siècles, les bonnes moeurs suggèrent qu’il ne faut pas jurer et nos mères aimantes nous apprennent à éviter les gros mots. Eh bien, dites-vous que cette masse de papiers scientifiques publiés sur la question suggère que le juron peut être bon pour la santé, la performance physique (pensez à John Mc Enroe) et qu’il peut même être un signe d’intelligence. Quoi ? Vous êtes sûrs ?

Il est vrai que quand vous vous donnez un coup de marteau sur le doigt en tentant d’enfoncer un clou dans une planche pourtant sans défense, vous avez tendance à au moins dire : «Merde !». Pour éviter de balancer de très (très !) gros mots qui souvent, on ne sait pas pourquoi, visent la gent féminine que l’on ne connaît pas du tout personnellement, mais alors pas du tout ; certains parents prennent la tangente et inventent des phrases qui sont clairement reconnaissables comme des jurons, mais qui sont suffisamment soft pour être socialement acceptables. C’est ainsi que mon coup de marteau raté produit, dans mes jours les meilleurs, un «caca de boeuf malgache !» plus ou moins sonore, selon les oreilles présentes. Si la journée était déjà empoisonnée, le juron sera forcément plus saignant ! Les psychologues qui ont étudié la question sont presque tous d’accord : jurer quand on souffre produit un effet analgésique non négligeable. Plus on souffre, plus le juron sera généralement salé ! 

Qui veut parier que les jurons seront préférés au cours des mois à venir plutôt que la thérapie du rire, par exemple…

(*) Abuelas = grand-mères
(**) https://www.nationalgeographic.com/science/article/science-swearing-profanity-curse-emma-byrne
(***) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S002438412200170X?via%3Dihub#!

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