Charm el-Cheikh ET la bataille du pétrodollar

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Située à la pointe sud du Sinaï, Charm el-Cheikh est une ville balnéaire égyptienne avec de beaux récifs coralliens en mer Rouge. Ces jours-ci, on y retrouve les intervenants les plus importants de la planète qui tentent de prévenir les dérèglements climatiques découlant des gaz à effet de serre produits en quantités prodigieuses par l’humanité.

Les cinq pays les plus pollueurs actuellement sont la Chine, avec 26 % du total de CO2 rejeté dans l’atmosphère, suivie des États-Unis (13 %), l’Union européenne (7,5 %), l’Inde (7 %) et la Russie (5,5 %). Par contre, ce ne sont certainement pas seulement les gaz à effet de serre produits actuellement qui comptent, mais bien le cumul de tous les gaz du genre émis depuis ces dernières décades. Notamment parce que le CO2 produit aujourd’hui peut rester dans l’atmosphère pendant parfois 200 ans, alors que le méthane, pourtant bien plus ‘réchauffant’ immédiatement, se dégrade, lui, en seulement 9 ans. Sur ce plan, les plus grands responsables sont les États-Unis d’Amérique qui, depuis 1750, ont émis presque 400 milliards de tonnes de CO2, soit 25 % du total, suivis par les 28 pays de l’UE avec 22 % du total, la Chine avec 12,7 % du total cumulé. Suivent la Russie avec 6 % et le Japon avec 4 %. L’Afrique entière ne contribue que 3 % du total et l’Afrique du Sud couvre presque la moitié de ce chiffre…

Si Biden et la grande majorité des leaders européens vont être présents à Charm el-Cheikh, il y aura des absences notoires, notamment celles de Poutine, de Xi Jinping et de Modi, dont les pays représentent pourtant presque 40 % du CO2 actuellement rejeté dans l’atmosphère et qui vont probablement augmenter leur contribution à ce problème, ne serait-ce qu’à cause du poids de leur population qui aspire, tout à fait légitimement d’ailleurs, à de meilleurs niveaux de vie… De telles absences n’augurent rien de bon pour ce qui est, pourtant clairement, le problème le plus important de l’humanité, déterminant même éventuellement les termes de sa survie et celle de nombreuses espèces.

En effet, le dernier rapport de l’UNFCCC souligne que loin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, ces émissions sont toujours en augmentation de 1,2 % pour la période janvier à mai 2022, comparativement à 2019 ! Ce n’est pas rien quand on est à la recherche du ‘net zéro’ pour bientôt !

L’autre aspect inquiétant de cette COP 27 concerne la nature des discussions et des discours qui s’y tiennent. En effet, ceux-ci ne se concentrent plus sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais tendent plutôt à évoquer les approches alternatives possibles pour les «offsets» de carbone, les marchés financiers du carbone, quelquefois les subventions à enclencher pour plus rapidement intégrer les solutions solaires et éoliennes dans le ‘mixte’ de certains pays, mais aussi le débat sur les compensations payables aux pays ayant enregistré des «dommages et pertes» réelles à cause de l’appétit industriel des pays plus grands et plus riches.

Sur ce dernier item, on peut déjà voir, en filigrane, des discussions sémantiques compliquées sur la notion même de ces «dommages et pertes» qui donnent à penser que les riches voudraient cacher le porte-monnaie que les pauvres pays victimes souhaiteraient, bien sûr, pouvoir ouvrir. En effet, à la COP 21 de Paris, parmi la foultitude de compromis concédés pour arriver à un accord, les pays riches ont, dans l’article 8, semble-t-il réussi à faire inscrire que les notions de «responsabilité et de compensation» sont exclues de la question de «dommages et pertes», alors que ce n’était pas le cas dans le traité d’origine de l’UNFCCC en 1992.

Voilà de quoi on peut finalement débattre à satiété en ces lieux où, à lire Trip Advisor, l’eau utilisée pour boire ou pour laver la salade n’est pas celle qui est dessalée, trop saumâtre ; mais bien l’autre, qui est importée, comme la salade et tout le reste aussi d’ailleurs. Sauf pour les chameaux et le poisson… Pas de quoi se vanter sur le plan du symbole écologique, n’est-ce pas ! Il serait, par ailleurs, intéressant de comprendre ce qui reste d’utile dans le concept de «dommages et pertes» quand on y a enlevé la «responsabilité et les compensations» ; à part les gémissements des personnes lésées qui alimenteront de beaux documentaires de bonne conscience sur les chaînes de télé des pays les plus fortunés…

Ce qui nous mène gentiment aux réalités géopolitiques du moment. Car les trois grands absents de Charm el-Cheikh (Russie, Inde, Chine), qui forment les BRICS avec le Brésil et l’Afrique du Sud, auraient ces jours-ci été approchés par de nouveaux membres potentiels. La première touche vient de l’Argentine, ce qui ne pourrait émouvoir personne, pas même les BRICS. Par contre, l’intérêt de l’Arabie saoudite, dûment signalé par le président Ramaphosa de l’Afrique du Sud, c’est tout autre chose, car cela pourrait même remettre en question la primauté du pétrodollar !

Le scénario se lit comme suit. Depuis la guerre d’Ukraine, la Chine et l’Inde sont les principaux acheteurs des hydrocarbures russes, avec une décote de 30 à 40 %. Comme la Russie subit des sanctions économiques importantes, notamment des Américains, et qu’elle est largement bannie du système transactionnel de SWIFT, elle n’a que faire de vendre en dollars. Le commerce avec l’Inde et la Chine, ses deux plus gros acheteurs, se passe d’ailleurs bien plus en roubles (qui s’est même apprécié de 45 % face au dollar depuis janvier ! (*), en roupies indiennes ou en yuans. Au 14e sommet des BRICS en juin dernier, tenu virtuellement sous la présidence de Xi Jinping, Poutine proposait une idée révolutionnaire : celle de lancer une nouvelle devise de réserve, les Brics, équivalent ‘non-dollar’ du SDR du FMI. Les BRICS, qui représentent 41 % de la population mondiale, 24 % du PIB planétaire et 16 % du commerce international, pèseraient assez lourd pour le concrétiser…

Si, en plus, l’Arabie saoudite rejoint les BRICS, c’est le cœur de l’accord qui les lie aux USA qui disparaîtrait ! La vente du pétrole saoudien en dollars date de 1945, mais, en juin 1974, à la sortie de la guerre du Vietnam et à la fin de Bretton Woods, Nixon, mettant alors fin à la convertibilité du dollar en or, les Américains signent, en contrepartie de leur soutien militaire, un accord qui confirme les ventes de pétrole exclusivement en dollars et la canalisation des surplus vers des bons du Trésor américains. Cet arrangement dure depuis maintenant presque 50 ans, mais il a été mis à l’épreuve récemment, d’abord par 09/11, puis par l’affaire Khashoggi et, plus proche de maintenant, par la décision des États-Unis de ne plus soutenir la guerre saoudienne contre les houthis au Yémen. Depuis, les USA ont aussi reproché à l’Arabie d’avoir ‘aidé’ la Russie en réduisant sa contribution de pétrole à l’OPEP de 2 millions de barils, ce qui va contribuer à garder des prix élevés ! Pour en rajouter, trois démocrates du Congrès introduisaient même une résolution demandant de réduire les troupes et les armements déployés en défense de l’Arabie et de l’UAE ! Des princes saoudiens auront mal pris ces menaces et ont même évoqué le ‘jihad’ après le discours de Biden qui invoquait des ‘conséquences à venir’ pour leur pays.

D’évidence, ça chauffe !

Quoi qu’il en soit, si l’Arabie sort de son pacte de pétrodollars, c’est sûrement le rôle du dollar comme monnaie de référence qui va en prendre un sacré coup ! Tout ça ne peut pas se faire sur le coup, mais il y a clairement des forces considérables mises en œuvre par certains pour tenter de se libérer de l’hégémonie du dollar. Une nouvelle monnaie de référence pointe-t-elle à l’horizon avec l’or convertible en soutien ?

Watch this space !

(*) https://www.cbsnews.com/news/russia-ukraine-ruble-currency-russian-economy-sanctioms-2022/

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