Libre circulation des personnes

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La libre circulation des personnes est aussi essentielle à la bonne marche des économies nationales que celle des marchandises et des capitaux. C’est d’autant plus vrai pour une île géographiquement loin des centres du monde qu’elle n’a que des ressources humaines à faire valoir. Lorsqu’un tel pays est confronté à un manque de main-d’œuvre aigu, il paraît absurde que le gouvernement ferraille avec les opérateurs économiques sur la pertinence d’accélérer le recrutement de travailleurs étrangers.

Malgré sa taille et sa population, l’île Maurice n’est pas assez petite pour craindre de s’ouvrir toute grande aux gens qui désirent venir y travailler. Le nombre de salariés expatriés ne représente que 3 % de la population, alors qu’il est de 40 % à Singapour et de 80 % à Dubaï ! Au-delà du sophisme de ceux qui font croire que les ouvriers bangladais peuvent faire basculer les résultats d’une élection, les étrangers qui ne sont pas citoyens du Commonwealth n’ont pas le droit de vote. Leurs enfants qui naissent à Maurice pourront certes voter, mais il faut être frappé d’un complexe obsidional pour penser qu’ils changeront le profil démographique du pays.

Lorsque la population vieillit et que l’économie entre dans une stagnation séculaire, les avantages de la libre circulation des personnes sont particulièrement importants. Une économie caractérisée par le vieillissement démographique, telle que Maurice, est de nature à créer des emplois qui ne sont pas au goût de ses propres travailleurs. Dans les secteurs qui manquent de main-d’œuvre, il faut des migrants pour desserrer les goulets d’étranglement.

Libéraliser la migration peut enrichir l’humanité bien plus que libéraliser le commerce. Les pays développés, menés par le Canada et l’Australie, ont longtemps compris que le marché des talents est mondial et compétitif. Ils s’activent à attirer des migrants hautement qualifiés, dont des Mauriciens, en leur proposant des salaires élevés.

On rétorquera que Maurice n’offre pas les mêmes niveaux de salaire, mais tout est relatif. Les migrants vont là où ils reçoivent un meilleur traitement que dans leur pays d’origine, soit un salaire réel supérieur. Réel signifie «au coût ajusté», c’est-à-dire quelqu’un ayant un faible salaire dans un pays à bas coût peut jouir d’un plus haut niveau de vie que celui gagnant un fort salaire dans un pays à coût élevé. Les syndicalistes disent que la présence de travailleurs étrangers déprime les salaires des Mauriciens. Rien n’est plus faux : au fil des années, l’afflux des étrangers fait monter les salaires des travailleurs locaux.

Autre contre-vérité : les salariés expatriés prennent la place des Mauriciens. Plus d’employés étrangers, c’est au contraire le signe que les entreprises du pays sont génératrices d’emplois. On devrait s’inquiéter d’une baisse du nombre de travailleurs étrangers, synonyme d’une moindre capacité à créer des emplois. Si les Mauriciens laissent les postes à bas salaire aux étrangers, c’est qu’ils peuvent trouver mieux !

Il se peut que pour le même travail, les étrangers acceptent d’être moins rémunérés que les Mauriciens. Il s’agit des jobs à valeur ajoutée si faible que l’employeur ne peut pas payer plus pour attirer les travailleurs locaux. Mais les bénéfices économiques pour les nationaux, ce sont les opportunités d’affaires et les emplois qui sont générés par la croissance des firmes rendue possible par le travail des étrangers. De plus, en permettant une production moins coûteuse de biens et services consommés localement, celui-ci contribue au pouvoir d’achat des Mauriciens. Et il rend compétitif les produits qui sont exportés.

Les étrangers constituent un bassin de compétences. Ils apportent de nouvelles idées, de nouvelles façons de faire des choses. Ils représentent pour le pays un test de son sentiment d’être, amenant ses citoyens à définir leurs valeurs. Ils servent d’aiguillon concurrentiel, obligeant les nationaux à se surpasser. Bref, ils lubrifient les rouages d’un marché du travail sclérosé.

Contrairement à ce qui se passe dans les pays occidentaux, les salariés expatriés à Maurice ne profitent pas de la générosité de l’État-providence, à part la gratuité des hôpitaux publics. Bien qu’assujettis à la contribution sociale, ils ne bénéficieront pas de la pension de vieillesse. En tant que consommateurs, ils paient plus de taxes que ce qu’ils coûtent au Trésor public. Ils ne menacent pas la sécurité nationale, ni n’attisent des sentiments xénophobes ou racistes.

L’étranger est justement un bouc émissaire pour ceux qui vivent mal leurs vieux jours, pour ceux qui deviennent conservateurs avec l’âge, pour ceux qui ne connaissent pas d’autres horizons, pour ceux qui ne cultivent pas ce que Kant appelle «la pensée élargie» (penser en se mettant à la place de tout autre). Ce sont ces électeurs qu’il séduit que le gouvernement actuel doit convaincre que la main-d’œuvre étrangère est dans leurs intérêts. Car elle fait tourner l’économie.

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