Recherche boussoles désespérément

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Le monde est sérieusement perturbé ces jours-ci. Le double impact de la pandémie de Covid suivi de la guerre de l’Ukraine fait que nous sommes englués dans un monde largement imprévu et désormais parsemé d’imprévisibles. Le plus menaçant à terme, ce sont les conséquences du réchauffement climatique qui n’ont certainement pas disparu, et même se précisent. Tout semble bouleversé. Les prix des commodités ont explosé, même s’il y a des indications de tassement et de baisse face aux menaces de la stagflation (*). Le prix du fret, selon la compagnie de logistique Freightos, est maintenant 45 % moins cher que l’an dernier, mais reste presque 4 fois plus cher qu’avant la pandémie ! L’inflation mine donc toutes les économies mondiales. Kim Jong-un lance toujours ses missiles comme autant de confettis. Poutine menace de le rejoindre avec du nucléaire ! On pollue la mer et on la vide de vie. On fait des putschs contre des putschistes au Burkina. Terra accorde ‘full salary compensation’, avec l’accord de ses clients ?  Un parapluie jaune à Hong Kong mène directement à la prison. Taïwan… Arménie… Mali… Sans beaucoup d’exagération, la folie semble être partout à la fois, mais ce seront, comme d’habitude, les plus vulnérables qui vont boire la tasse… On tente de trouver des solutions, mais elles se contredisent souvent et n’échapperont pas au constat qu’il faudrait avant tout arrêter la guerre, qui ne semble pourtant pas près de l’être !

Parlons du combat contre le réchauffement de la planète. Si, pour un temps, la pandémie et ses longues périodes de confinement avaient ralenti l’activité économique mondialement au point de réduire, pour la première fois depuis des lustres, la contamination de l’atmosphère par des gaz à effet de serre, la «reprise», depuis fin 2021 n’a été que plus douloureuse ! En effet, la planète émettait 17 % de CO2 en moins au cours du premier trimestre de 2020, comparativement à 2019. Pour l’année 2020 dans sa globalité, la baisse était cependant réduite à 4,6 %. En 2021, malgré les réductions obtenues en Europe et en Amérique du Nord principalement, la planète produisait un record absolu de 13 000 millions de tonnes métriques d’équivalent CO2, soit 6,4 % de plus qu’en 2020, grâce notamment aux besoins énergétiques accrus de l’Inde et de la Chine.

«D’un bout de la planète à l’autre, les boussoles semblent déréglées. Sans aucune surprise, chez nous, ce n’est pas bien différent»

La guerre d’Ukraine est, depuis, venue sérieusement compliquer la donne. Du moins à court terme. Si de nombreux pays, notamment en Europe, ont pris la résolution de dépendre moins du pétrole et du gaz russes, la conversion vers de l’énergie renouvelable que cela provoque n’affranchit pas totalement des hydrocarbures et va prendre du temps ! La conséquence immédiate est que c’est le grand retour du charbon ! Les importations de charbon par l’Europe, par exemple, notamment en provenance de l’Afrique du Sud, explosent en conséquence, soit +720 % pour les 6 premiers mois de 2022 ! Les prix du charbon suivent la demande, passant, selon la Banque mondiale, de 95 $ la tonne en 2021 à 330 $ la tonne ces derniers mois ! L’ironie veut que ces mêmes Européens qui importent le charbon sud-africain vont, lors de COP 27 en Égypte à la fin de l’année, confirmer mettre 8,5 milliards d’euros à la disposition de l’Afrique du Sud pour assurer sa transition énergétique vers du renouvelable et lui permettre ainsi de s’éloigner du… charbon ! Le Net zéro s’éloigne. Merci M. Poutine !

Mais il y a plus grave. Cela fait longtemps déjà qu’il n’y a pas eu autant de pays en situation de cessation de paiement sur leur dette souveraine. Au Sri Lanka, au Liban, en Argentine, il faut désormais rajouter la Russie, engluée, il est vrai, dans une nasse de sanctions diverses, ainsi que Belize, la Zambie et Suriname. L’agence Bloomberg invite à croire que les prochaines difficultés viendront du Ghana, d’El Salvador, du Pakistan, de la Tunisie et de l’Égypte. Un phénomène plutôt généralisé en pleine pandémie aura vu de nombreux pays avec des ‘besoins exceptionnels’ se tourner vers les marchés de la dette internationale ; les liquidités étant alors copieuses et les taux d’intérêt étant particulièrement bas. Nous assistons maintenant au refrain de la chanson alors que la Federal Reserve augmente les taux d’intérêt pour combattre l’inflation, ce qui a pour effet additionnel de faire le dollar coûter plus cher ! On appelle ça un «double whammy» !

Le résultat en est qu’environ un quart des pays ayant une dette souveraine ont déjà des endettements qui se vendent en décote, que le marché des assurances contre les défauts de paiement des pays coûte plus cher et que l’effet ‘boule de neige’ prévisible suit. Les gestionnaires de fonds en pays ‘émergents’ commencent donc à prendre peur de (et à causer…) l’effet domino. Ou l’effet ‘mouton’, c’est comme vous le voulez… En juin, ils ont ainsi retranché 4 milliards de dollars des marchés obligataires et boursiers des pays émergents. Vous serez heureux d’apprendre que Maurice n’apparaît pas dans la liste de Bloomberg des 50 pays les plus vulnérables sur leurs dettes souveraines ! Trop peu exposé…

Au Royaume-Uni, celle qui fut choisie par les quelque 150 000 membres payants du parti conservateur (0,3 % de la population, plutôt riches, plutôt vieux, plutôt ruraux !) pour remplacer Boris Johnson ; Liz Truss, a rapidement accouché des promesses qui lui valurent d’être sélectionnée en lieu de Rishi Sunak. Parmi, une baisse de la taxe pour les plus fortunés qui sont surreprésentés parmi les membres du parti conservateur. Le cadeau fiscal représentant 70 milliards de sterling/an sera entièrement financé par de l’emprunt. Ce qui a fait dégringoler le sterling et, par contrecoup, tout de suite rajouté à l’inflation importée et ainsi augmenté un plein d’essence de 5 livres sterling ! Ce coup de poker au nom de la théorie du «trickle down economics», pourtant largement désavouée par les faits, sanctionne du coup la politique des conservateurs des 10 dernières années… Le FMI, mettant de côté sa retenue usuelle, fulmine. Les inégalités, déjà criardes, vont s’accroître avec les bonis de banquiers qui seront désormais sans plafond ! Si Liz Truss recule, le mal est déjà largement fait !

L’Italie et la Suède évoluaient politiquement vers l’extrême droite cette derniere semaine et rejoignent ainsi 6 autres pays européens dérivant vers l’autocratique et donnant déjà du fil à retordre à Bruxelles. L’Iran s’enflamme pour un hijab apparemment mal porté ayant mené à mort de femme. Voilà, peut-être, qui va doucher nos velléités nationales de commercer avec les Perses qui persé…cutent leurs citoyens ? La Banque mondiale estime que la Chine va connaître sa pire année de croissance, à 2,8 %, en 2022, grâce aux effets combinés de sa politique de zéro-Covid et de l’état de déliquescence de son marché immobilier. Par contre, l’Inde respire la forme et même si Fitch et Moody’s réduisent matériellement leurs projections de croissance pour 2022, on ne prévoit pas moins qu’une croissance de… 7 % ! Planétairement pourtant, 2023 pourrait être une année de stagflation voire de récession, précisément le genre de scénario qui va nous secouer puisque nos ‘réserves’, et bien au-delà (notamment les Rs 158 milliards de la BoM) sont déjà utilisées. (**)

Au Brésil, il y a des élections ce mois-ci et Bolsonaro, prenant exemple sur son ami Trump, pourrait ne pas reconnaître le résultat des élections, si défavorable, bien entendu (***). En Ukraine, pas de ‘copier-coller’ de la méthode Trump, mais de l’innovation pure. Du jamais-vu, en fait. Poutine a, en effet, composté un nouveau système référendaire : on envahit des régions choisies chez le voisin avec des tanks, de l’artillerie et de l’infanterie, on regarde fuir ceux qui n’aiment pas cela pendant des semaines et puis, avec ceux qui restent, plutôt russophones de toute manière, on pose une question simple, principalement lors d’un porte-à-porte, souvent accompagné de soldats armés : «Vous nous aimez, ou pas ?». Il paraît que la réponse a été positive…

Tous ces bouleversements n’augurent rien de bon. D’un bout de la planète à l’autre, les boussoles semblent déréglées. Sans aucune surprise, chez nous, ce n’est pas bien différent. Cela vous rassure ? Pas moi !

(*) Par exemple, Index Mundi souligne que si son indice des prix pétroliers a baissé de 8,9 % ce dernier mois, il est toujours de 29,6 % plus cher qu’au début de l’année et de 52,6 % plus cher qu’il y a 12 mois !

(**) Comme rappelé par Moody’s dans son FAQ plutôt «upbeat» du 23/09/22, qui prévient pourtant des risques d’une récession pour nous, alors que nous n’avons plus de bouée de sauvetage.

(***) https://www.theguardian.com/commentisfree/2022/sep/28/brazilian-voters-jair-bolsonaro

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